D'un amour douloureux
En ces jours où monte jusqu'à soi l'orage et où les bruits de la rue parlent tout haut, d'une voix solitaire, des fragments d'envie, de luxure, de vulgarité, viennent frapper mon sens de l'ouïe. Je perds peu à peu conscience du fait que je coexiste à tout cela, que je m'avance réellement, entendant mais voyant à peine. Je me sens à l'écart, étranger, incertain. Je me surprends presque à vouloir crier, car je m'enfonce dans un océan. En de tels moments de terreur suprêmement silencieuse, je ne sais plus ce que je suis matériellement, ce que je fais habituellement, ce que d'ordinaire je veux, je sens et je pense. Je me sens perdu pour moi-même, comme hors d'atteinte. Mon aspiration fiévreuse qui veut produire une chose que pour l'instant je ne comprends pas (même si en fait je la comprends, je m'en souviens parfaitement) et que j'appelle la beauté - tout cela ne me paraît même pas digne d'être pensé, mais inutile, ...