Articles

Sujet du livre 6

Image
  Libéré du mythe littéraire et de l’ordre social qui encadre l’esprit, mon Journal réalise le degré zéro de l’écriture. Sec et journalistique, comme son titre l’indique, sans toutes les fioritures venues orner les arrangements avec la vie, c’est un bloc d’abîme , qui prendra fin avec moi. Bien entendu. Cela va de soi. Le journal (écrit au jour le jour , dans le temps saccadé et long de la quotidienneté) s’égare parfois dans l’accident de parcours journalier, et se détache d’une configuration finale que serait celle d’un “récit de vie”. Un journal ne raconte rien (le récit en est quasi absent, seuls les effets du récit entrent en ligne de compte = les émotions – les réflexions – les associations d’idées – les pensées qui se bousculent au portillon quand il y en a qui viennent…). Le journal ne cherche pas l’unité narrative qui pourrait conduire à l’expression et la réalisation d’une identité personnelle. Il y a en lui énormément de répétitions liées à la quotidienneté du lieu et...

Sujet du livre 5

Image
  Pendant très longtemps, la littérature française a été écartelée… a été même prise on peut dire, dans une fausse contradiction entre ce qu’on appelle la forme et le contenu. D’un côté il y avait le contenu, c’est-à-dire l’idéologie, qu’on appelle aujourd’hui de façon pudique « le narratif » (pour moi l’idéologie est bien plus que le narratif : ‘narratif’, c’est juste ce que le livre raconte), et de l’autre côté la forme, assez mystérieuse, pur jaillissement mental, c’est-à-dire non pas se référant à l’écriture, ça c’est quelque chose qui est complètement tabou – on ne parle pas de bien écrire ou de mal écrire – où l’écriture demeure quelque chose de spontané, qui doit rester secret, privilégié, pas à la portée de tout le monde ; c’est le privilège de l’écrivain, et on ne demande pas à l’écrivain de rendre compte de son idéologie, active ou sous-jacente, pas plus de se positionner sur « le contenu » de son écrit. Cela est lié au statut social de l’écr...

Sujet du livre 4

Image
  Ce que nous écrivons de mieux, nous ne le cherchons pas. Seulement, pour que ça vienne, il faut être en condition et s’être échauffé auparavant. Or « s’échauffer » c’est avant tout lire, lire d’autres auteurs, et vivre.   Ce qui est à vivre, la plupart du temps, éconduit la plume. On n’a plus loisir de libérer sa pensée. Mais vient une époque où on vous laisse un peu tranquille, et alors le corps, moins fatigué, l’esprit moins occupé à des choses passagères qui n’auront plus d’importance le lendemain, l’on se trouve rendue à l’intelligence plus libre, et alors des étendues illimitées de pensée s’offrent à vous. Quel bonheur renouvelé quotidiennement, si on le veut ! Et quel sentiment d’absolue liberté !     Écrire, c'est avoir rendez-vous. Plein plein de rendez-vous ; il y en a sans doute de manqués. Certains jours nous avons la pensée, sans les mots ; et d'autres, que des mots pour penser – tous de trop. On dirait. La réalité est déjà,...

Sujet du livre 3

Image
  L’écriture me dépasse , mais je sais au moins une chose : pour moi le processus doit rester clos, aussi personnel et intime que mes pensées intérieures, rien ne doit sortir, car je sais que la moindre fuite impliquerait l’arrêt. C’est inévitable. Rien ne doit être révélé, avant que tout soit terminé.   Besoin-envie de ce que la littérature rend éternel, et rejet de ce que la vie défait.   Écrivain, ce qui peut nous conduire à persévérer, certains jours, c'est de ne pas savoir ce que nous écrirons demain .                                                                          ∞     "Tiens, tu ...

Sujet du livre 2

Image
    Sur quoi porter mon regard maintenant, si ce n’est sur le chemin parcouru. Après tout, c’est chose naturelle quand on sait qu’on ne sera jamais rendu à destination. (… Deviens sans cesse celle que tu es )   J’ai pour moi l’expérience de l’échec, pas vraiment de l’échec, cuisant, mais celle du surplace, oui, très certainement, le sentiment aussi de ne guère avancer, et cette expérience recommande de ne pas s’en laisser conter par ce qu’on dit de vous – comme par surprise et de manière positive. Quand ça arrive . N’ayons garde d’oublier que l’orgueil, s’il reste toujours privé, au sens de “à l’intérieur de nous”, mais aussi à celui de frustré de n’avoir pas quelques satisfactions tout de même, devient vite le pire ennemi, quand il se croit tout à coup restauré, rétabli pour un moment, et est capable alors de nous aveugler sur nous-même, et, au bout du compte, de tout fausser . Gare aux éloges et encouragements. On devrait ne pas en avoir besoin.   Je m...

Sujet du livre 1

Image
  Concrètement On s'en fiche, n'est-ce pas, du temps qu'il faut à un écrivain pour faire une phrase. Du reste, ce sont des choses qui ne regardent pas le lecteur ; elles lui brouilleraient même plutôt le jugement, et d'ailleurs il n’en a rien à faire.   Concrètement, j'ai "écrit" mon dernier livre en deux mois, je m'en étonne moi-même, d'habitude, c'est plutôt dix-huit ... mais il y a derrière plusieurs années de lectures en lesquelles il me semblait peu à peu pouvoir tirer un fil. La lecture à outrance, pas celle faite de manière appliquée et studieuse mais en scrutant et dévorant pas à pas chaque page, chaque chapitre de ceux des grands maîtres dont j’étais sûre d’avoir à rapporter quelque chose de ma quête (est-ce qu’on est neutre, lorsqu’on lit ?), ceux et celles qui m’ont accompagnée ces dix dernières années : c’est-à-dire, outre les auteurs que j’ai cités en fin du livre sur la notion du Consentir entrevue à travers quelques grands ...

Ecrire à deux

Image
  Correspondance écrite à "quatre mains", de 2011 à 2022.  Auteurs S.H.Alison & Danièle Sastre  Publié en septembre 2023, "L'@rt de la Lettre", est une suite ininterrompue de courriels, de textos et de messages WhatsApp, mais est aussi parcouru de récits, rendez-vous donnés, rendez-vous manqués, silence, reprise de la parole, querelle de mots, réconciliations... absence, retours... qui viennent relier entre eux, Marianne et Jamil, faisant de ce recueil d'échanges écrits - par tous les moyens existants aujourd'hui - un genre littéraire ancien : l'éloge de l'amitié.  Deux personnages, que rien ne prédestinait à se rencontrer, luttent ensemble contre la dictature du présent, à l'aide de mots, de films et de lectures... Car, ainsi que pensait Saint Augustin, celui qui se perd dans sa passion, perd moins que celui qui perd sa passion. Ici, la nostalgie ne détru it aucunement le présent.