En homme libre !




Le Journal de Witold Gombrowicz, qu'il a eu l'idée d'écrire en lisant, en 1952, celui de Gide, commence ainsi :

Lundi. MOI.
Mardi. MOI.
Mercredi. MOI.
Jeudi. MOI.
Vendredi...


Et puis, peu à peu, au fil des pages, il devient son propre commentateur de lui-même, son propre metteur en scène. Il est, comme Montaigne, le véritable "sujet de son livre". Et en guise de préface au premier volume, il précise : "Lundi. Moi. Mardi. Moi. Mercredi. moi. Jeudi. Moi."? Mais il s'agit d'un moi "en action", en relation avec ses lecteurs, pour qui j'invente les multiples incarnations d'un moi à la recherche de sa forme."

"Vendredi.
La présence du Temps sur ces pages est tellement poignante qu'elle réveille en nous une soif d'immédiat, une volonté de vie et de réalisation, fût-elle imparfaite [je souligne]. Mais la vie, elle, passe comme derrière une vitre - au loin, et tout paraît déjà ne plus nous appartenir, comme si on regardait le réel depuis un train en marche.
Ah! Si, dans ce royaume de la fiction passagère, on pouvait entendre une voix réelle! Mais non, ce ne sont qu'échos de voix.
Pourquoi rouvrir nos plaies? Ajouter encore aux malheurs dont la vie nous a déjà accablés? Et puis, ne faut-il pas rester bien sages maintenant qu'on a reçu une claque?
Que de vertus! Vertueux, nous le serions un peu moins si nous tenions plus solidement sur nos jambes.
Jusqu'à quel point cela peut-il être sincère? Toutes ces réflexions... 
Bon. mais face à ces problèmes, j'ai moi, une attitude différente et je considère qu'aucun des individus pris isolément n'est aussi borné que l'assemblée que nous formons ensemble et qui se gave des pires banalités et de poncifs suant la prétention et l'artifice. 
Chaque fois qu'un sentiment bien plus fort que nous vient nous submerger, nous agissons quasiment à l'aveuglette et ces instants-là sont d'une grande portée pour un artiste : alors s'élaborent en nous les bases d'un départ vers la Forme, alors se détermine notre attitude face à un problème brûlant.
Nous ne sommes guère les héritiers directs de la grandeur ni de la petitesse, de la sagesse ni de la sottise, de la vertu ni du vice : chacun de nous ne répond que de lui-même, et reste soi-même.
Quelle volupté! Parler non pas pour autrui, mais pour soi-même! Parler et chacune de tes paroles vient te confirmer en toi-même, ajoute encore à tes forces intimes, chacune te libère d'une quantité de calculs pusillanimes, et toi, au lieu de parler en esclave de l'effet escompté, tu parles en homme réellement libre!"
"fausse couverture" : mes enfants ont oublié une carte de Croque-Carotte sur mon livre...


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

A vif ou barricadée

L'appel du 7 mai

ciseaux de la critique