Le Roman et la philo


Le roman p.100 Le dernier amour, Danièle Sastre...
et la philo... p. 361-372 L'irréversible et la nostalgie,  Vladimir Jankélévitch

Un mois est passé. Doucement, souplement et petit à petit, j'ai pu sinon retourner au moins passer dans les lieux où nous avions l'habitude (ça vient vite, les habitudes) de nous retrouver, emprunter certaines rues, passer devant Notre-Dame (juste après la séparation, je faisais un détour pour l'éviter), regarder son banc - vide - où il dessinait. Pour chaque endroit, plutôt que de regrets, je me suis appliquée à me souvenir des petits pincements au cœur, agacements ressentis avec lui, à certains moments : une maladresse, un silence pesant, une connerie qu'il avait pu dire... Mais combien de fois m'avait-il vexée, exactement ? j’essayais de faire le décompte. Jamais blessée, en tout cas. J'ai pu progressivement, en faisant bien attention et prenant des mesures de précaution telle une grande malade en tout début de convalescence (ne pas vouloir aller trop rapidement) élargir la zone géographique dans laquelle, seule, je pouvais à nouveau m'aventurer. Ne pas y éprouver le vide, le manque. Se souvenir au contraire de chaque détail, d'une lumière, des saisons (il n'y a eu que le printemps, saison la plus propice paraît-il aux amoureux, auquel notre amour, lui, n'a pas eu droit) sans ressentir ni amertume, ni la petite morsure de l'absence (en même temps, ces choses-là ne se commandent pas, mais on peut tenter de faire l'effort).
"La nostalgie est un mal irradiant, diffluent, migrateur. A patrie métaphysique, retour métaphysique. Le retour renvoie au départ, et de nouveau le départ au retour. Le poète de l'amour lointain , écoute les oiseaux lointains qui lui parlent de la princesse lointaine. Tout mon corps est en mal de vous. L'absence est un régime chronique favorable à la délectation morose. Chaque escale est un danger de sommeil et d'oubli, un obstacle autant qu'une étape."
Commencer alors par retrouver un seul des moments de la vie vécue, en colorant l’expérience de ce passé personnel par la profondeur inépuisable et insondable des souvenirs, de l’humeur de l’âme, du tonus alors de notre corps, par un souffle de vent ou une tiédeur de l’air, par une pluie soudaine qui fait rire puis grelotter de froid, et par toutes les circonstances encore du décor, de l’éclairage et de la température, d’où dépend en nous la réfraction intérieure, unique, irremplaçable et qui nous est propre, de cette remémoration.
Il était tellement là, partout ! Et moi avec lui, alors que j'étais seule ! Définitivement seule, et j’avais conscience que je le serais dorénavant toujours, même en étant accompagnée. Par qui d'autre ? Qui allait pouvoir à présent se frayer un chemin jusqu’à moi ? Je n’en avais aucune idée, et aucun espoir, pour ainsi dire. Aucune prétention, non plus.
Je me faisais vieille ; c’était arrivé pendant que je regardais ailleurs.
A suivre...

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