Lumière pour tisser
Il est des jours où la lumière se prête particulièrement à l'art du tissage. On ne sait pas pourquoi. Il y a comme un appel quand les rayons viennent caresser la trame du métier à tisser. Et la musique aussi. Je mets sur la platine la sonate n°2 (1936) de Paul Hindemith interprétée au piano par Sviatoslav Richter, et c'est parti... La suivante est bien aussi, plus enlevée, surprenante : Ludus Tonalis. Hindemith est mort en 63, ça me fait penser - tout en tissant - qu'aujourd'hui, j'ai perdu un ami : je viens de terminer lecture de Kronos, journal privé de Gombrowicz, et la "dernière année", 1969, est épouvantable...
65 ans, il souffre, s'engueule avec sa femme, 35 (qu'il épouse in extremis), griffe sur la page ses déboires éditoriaux et ses débuts de succès qu'il ne verra pas, il le sait... la liste des médocs, interminable, fait le point sur sa déchéance. Le pauvre; ça m'a rendue vraiment triste. Au début, hier soir et ce matin, je ne savais pas ce que j'avais. Pourquoi la tristesse m'était tombée dessus comme ça en 24h. C'était à cause de la fin de ce livre. Heureusement, il me reste le Journal, le vrai, celui publié de son vivant, sous son aval, qui ne gratte pas comme ça les fonds de tiroirs où on le voit si malheureux, en colère, parfois mesquin, près de ses sous qu'il compte et recompte, et sa terrible hypocondrie... Cela fiche la trouille.
Après, ayant terminé, j'ai dormi une heure, dos au soleil, en chien de fusil, cheveux tout propres recouvrant mon museau; à un moment j'ai ouvert les yeux "bon sang ! où suis-je ?", "chez toi, voyons"... et me suis rendormie. Au réveil, lavée de tout, oublieuse des problèmes des autres (de tous ordres) je suis allée m'acheter trois petites ficelles aux olives (vertes et noires) pour mes trois petits apéros des jours à venir, marchant d'un pas léger, mes sandales Birken Stock aux pieds, cheveux attachés en couette sur le dessus de la tête balançant comme la queue d'un cheval ravi d'être en promenade et je me suis dit que, peut-être, cette journée du 7 août allait se terminer meilleure qu'elle n'avait commencé.
En effet.

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