Départ, retour d'exil
Witold Gombrowicz, qui a été consigné en Argentine du 22 août 1939 au 19 mars 1963, quelques jours avant son départ pour Berlin où il a été invité à venir passer une année écrit dans son Journal : "Je vis la fin qui arrivait. Percé du couteau de cette révélation, je mourus du coup, oui, en cette minute, tout mon sang m'avait quitté. Absent déjà. Déjà fini. Déjà prêt à partir. Le lien mystérieux entre moi et mon lieu propre venait d'être tranché. J'achevais les amis à coups de tendresse déjà disparue, j'expédiais sentiments et regrets plus vite, toujours plus vite. Et voilà qu'au gré de ces instants ultimes vinrent à mûrir avec violence des fleurs, des fruits inopinés, à s'épanouir ceux qui des années entières étaient restés en léthargie [il dit au revoir à ses amis], et je vis des larmes... mais déjà je n'en avais plus le temps et tout se passait comme si ces sentiments avaient longuement attendu de se réaliser, jusqu'au jour où moi je deviendrais irréel."
Et quelques pages plus loin, de son Journal toujours, il revient sur ce qui s'était passé "ici même" [en Argentine], il y a exactement dix ans, en avril 1953. (...) "Je pouvais par ce moyen [la prise de notes] aider la mémoire, faire d'un mois à l'autre [dans ce qui s'appellera un jour Kronos] un tour à travers le passé, mais à quoi bon ? Que pouvait-on, je vous le demande, tirer de cette litanie de détails notés ? Comment assimiler cette quantité d'évènements alors que chacun d'eux éclatait en un grouillement de faits minuscules qui finissaient par se vaporiser en brume... On se voyait cerné par des milliards de particules, dissous dans une impalpable continuité, et cela rappelait bien plutôt un son... Dès lors, comment voulez-vous parler de faits ? Moi, seul sur l'Atlantique avec mon départ... ou bien me fallait-il n'être plus qu'un bredouillement du chaos ?"
Douche. À 10h30 il fait déjà très très chaud. je me sens sale tel un soigneur qui aurait nettoyé tout un zoo, car j'ai dû préparer les oiseaux pour trois jours, partant en Picardie. Ce n'est pas loin, ce n'est pas L'Argentine, ni, depuis l'Argentine, l'Europe, mais eux, que je sois dans les Vosges ou à côté, dans l'Oise, ils n'en ont cure. Et "l'organisation" doit être parfaite pour qu'ils ne manquent de rien et que je puisse partir l'esprit tranquille...

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