Ranger vos bobinots
Rangez vos bobinots !
Le voyage s'est bien passé, comme on dit. Sauf qu'un gamin turbulent (une douzaine d'années) entrant dans le métro précipitamment avec toute sa famille (nombreuse) m'a écrabouillé le pied droit s'affalant dessus avec ses grosses baskets "de marque" (moi, pieds nus, mon vernis tout frais posé, en sandales légères) s'est même pas excusé pas même un oh pardon... J'ai eu mal sur le dessus du pied et aussi en marchant, pendant tout le trajet, et boitais avec mon très lourd sac à l'épaule. Me suis trompée de direction sur deux stations avant la gare lors du changement à Bastille, de ce fait. A cause du pied. Cette agression involontaire m'a contrariée. Dès le début du voyage... ça commence, les ennuis. Me sentais bousculée de partout. Faudrait pas sortir.
Puis le train, tranquille, en 1ère classe pour même prix qu'en seconde à 2€ près (je dis ça pour qu'on dise pas ah vouai... elle voyage en 1ère, la bourge, sort de chez elle qu'une fois par an mais en first class, please...), le train, donc, m'a fait penser que ça y était, j'étais partie. Je ne rechignais plus à m'en aller. Car il est vrai, je ne pars pas souvent. J'anticipe à l'avance tous les ennuis qu'il pourrait y avoir, c'est ça, le problème. Bon accueil à l'arrivée, belle soirée (pluvieuse) en terrasse (couverte et chauffée : on est dans l'Est...) dans le parc d'un restaurant "étoilé" où, entre le plat et le dessert, un client a fait un infarctus, toc!, direct, tombé de sa chaise (le deuxième qu'il faisait, paraît-il, en 15j., à 56 ans : sortait de l'hôpital... c'était pour fêter ça, avec les siens) nous a expliqué la Chef de cuisine et propriétaire du lieu, venue à chaque table "s'excuser" pour le dérangement... C'est la vie. On ne va pas continuer de bouffer tranquilles quand un homme est en train de crever sous nos jambes (il avait été mis en position de sécurité au centre de la salle, pour avoir de l'air). Les pompiers sont rapidement et discrètement arrivés, petit interrogatoire des proches, et l'ont emporté sur une civière encore plus discrètement, tandis qu'on l'entendait ahaner avec des râles profonds et rauques, réguliers. Les gens ont recommencé de manger. Cliquetis des fourchettes, on se parle entre soi, à nouveau, à la lueur des bougies. La pluie dans le parc a cessé de tourmenter les grands pins. L'incident est clos. Pour nous, tout du moins. Mais je n'ai pas cessé d'y penser.
Je saute un épisode (pour autre type de récit, voir photos sur demande) et, retour. De mon sac (bien composé pour cinq jours) je me suis servie de TOUT... sauf du maillot de bain. Et j'ai même dû me racheter au Décathlon d’Épinal quelques éléments-morceaux de vêtements spéciaux pour améliorer ma tenue de voyageuse à scooter : à l'arrière, même en partie protégée du vent et de la pluie par le pilote du X-MAX au large et épais blouson de cuir fauve, les rafales sifflaient, à plus de 110km/h (forcé...), s'enfilant à travers le petit col "mao" fermant pourtant bien de mon joli blouson Géox "coupe-vent" et aéré..., le tissu fin de mon pantalon ample en soie imprimée claquait sur la peau des mollets lui collant après en picotant, et je ne parle même pas du thorax qui lui me semblait devenu telle la maison de paille du petit cochon le moins équipé pour tenir face au souffle puissant du loup. Donc, chez décath, tour de cou noir en polaire (je ne sais pas pourquoi tous les accessoires de motard sont noirs, mais ça me va) que l'on peut resserrer à l'aide d'un bouton-réglage, autour du casque et remonter sur le menton et même la bouche; une casaque spéciale moto épousant le corps et descendant jusqu'aux fesses qu'elle enveloppe, à enfiler par dessus les trois autres couches (quatre, si l'on compte le sous-tif en satin) que sont le top en soie Monop, le T-shirt en coton bio équitable "sensation double peau de luxe" Comptoir des Cotonniers, le mini-gilet ultra court à boutonner à partir du nombril, manches longues, de chez Rodier (63% soie et 37% coton), et pour les jambes, se glisser dans une sorte de collant épais, leggings plutôt, doublé à l'intérieur de polaire (eh mais, on est en AOÛT!... j'y pense), taille S (la vendeuse me toisant m'a dit "XS pour vous... ça correspond à 34-36", oui, c'est ma taille, mais faut pas pousser, à l'essayage je pouvais pas l'enfiler ou alors en forçant bien, mais je n'aurais jamais pu l'enlever ensuite, alors "S", svp) EKIDEN WARM TIGHT BLACK comme écrit sur l'étiquette où je ne lis que WARM, et cela me suffit. Cette étiquette, qui me gêne et que je n'ai pas pu retirer durant quatre jours n'ayant pas de ciseaux, sauf à l'arracher avec les dents... mais à l'intérieur de cet "ekiden-tight", mes cuisses et mollets, et chevilles, gaînés d'une double peau épaisse et élastique se sentaient bien au chaud et visibles sur la route, avec la barre fluorescente argentée qui sur les côtés externes longeait tout du long ou presque, la jambe. En route !
J'ai bouffé du vent, essuyé sous le casque quelques pluies, découvert, ébahie, au petit matin, descendant du scoot, jambes flageolantes, la brume se levant sur les cimes des crêtes depuis la route des Vosges, ces milliers de sapins noirs tendus vers les hauteurs de façon aléatoire ou rassemblés en masse sombre soigneusement délimitée sur un immense patchwork que la nature se serait amusée à coudre il y a bien longtemps, y ajoutant ou retranchant quelques morceaux, de temps en temps...
Que reste-t-il ? Que me restera-t-il demain ? Des images, des sons, les clochettes du troupeau de vaches, un silence qui par moments était parfait - un silence jusqu'alors inconnu, jamais "entendu" encore, quelques dizaines de photos enregistrées dans l'ordi, que je ne regarderai pas, deux vidéos déposées sur ma chaîne YouTube... J'ai lu un livre, aussi, durant ce voyage quand le soir on déposait (enfin) le casque, pour de bon (libération!) ainsi que tout l'équipement, et le matin avant de se réharnacher pour la journée : ce roman, d'Elena Ferrante, Les jours de mon abandon, puissant et riche, une belle écriture, une véritable folie aussi, de femme, de mère, d'amoureuse délaissée, d'ex-petite fille qui ne sait absolument plus où elle en est et cherche non seulement à se retrouver, mais surtout, à ne pas crever. Un livre d'auteur-femme comme j'en ai rarement lu. Une pas gnan gnan, qui appelle les choses par leur nom et ne se réfugie pas derrière les gosses, la maternité, pour exister, en nous soûlant à longueur de pages avec ça. Ou pire, dans le tourbillon factice des sentiments provoqués-arrangés-inventés autour de l'amour d'Un homme...
Moi, j'ai peu écrit. Griffonné une nuit (il est noté "2h30"), probablement la première, quelques mots à la lampe de poche si j'en juge par l'écriture maladroite avec par moments carrément la moitié d'un mot effacée par le stylo d'hôtel à encre sortant parcimonieusement (tout est cheap au "Beau Rivage"), sur un affreux petit carnet à spirales à la couverture vert chartreuse flashy acheté l'après midi au leader price de Gérardmer (prononcer "gérarmé": savais pas...) pour au cas où... on sait jamais, le "besoin" se ferait sentir... Parcourant ces mots, au retour, en défaisant mon sac, je n'y comprends rien ou pas grand-chose. Mais tant pis. Qui sait peut-être un jour à leur sujet les relisant, une petite lumière spéciale se fera...
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