Le gros-gros livre, Le Dossier M


J'en passe, et des meilleures (oui, passeke, là, pour ceux qui ne l'auraient pas (encore) lu, c'est la suite de mon billet d'hier, la fin, intitulée Parenthèse). 
Mais je m'arrête car je ne veux pas pratiquer le "giclage" de tout ce qui "sort" - à chaque page - comme le fait le "au demeurant excellent" auteur, Bouillier Gustave (ah non, pardon, Grégoire) dans son épais et amusant livre "Le Dossier M". Je veux dire tout ça, le giclage permanent... (et des fois à le lire c'est l'impression qui en ressort) pour, des pages, en remplir des milliers... Dans un style alerte, certes, mais à la 127ème (de page), "Partie III" (ah bon, déjà ? J'ai "fait" deux parties alors sans me rendre compte de rien... mais qu'est-ce qu'il s'est passé, au juste, avant ? = aucun souvenir, à part peut-être le suicide de Julien, dont l'auteur nous rebat les oreilles depuis 127 pages, même que j'ai remarqué, qu'à force, (à force d'en parler dans tous les sens et redire tout le temps la date (du suicide) : 27 novembre 2005), il se trompe (p120) et la transforme en "29" (29 nov.2005) et moi, je ne sais pas pourquoi, je suis comme lectrice assez à cheval sur les dates, et sur les détails, en général. Je n'aime pas qu'on me roule là-dessus ("ah ben, elle fera pas attention, c'est pas ça qui compte, hein") si, ça compte, et ça compte même beaucoup... Sinon on a l'impression que celui ou celle qui écrit "fait des kilomètres", et se relit pas... mais, oui, donc, à la 127ème page, les 126 autres ne m'ayant laissé aucun souvenir j'ai dû avaler les lignes en les oubliant au fur et à mesure (peut-être un ton, un "son" est resté, même pas une musique, ah ! une tonalité, oui, c'est cela, le mot juste), je commence de me lasser (un peu) et réalise ("voyons voir à la fin du bouquin") qu'il y en a, de pages, 872 !!! Bon sang ! 872 moins 127........ ça veut dire qu'il m'en reste.... (je voulais calculer de tête... un chiffre qui finirait par 5 donc, car 7 ôté de 12, ça fait bien 5, mais avec les retenues, tout ça, j'ai préféré "poser" l'opération sur un petit papier, à côté, pour pas saloper cette page vu que je ne la recopierai pas sur l'ordi, Dieu m'en garde !) ... au vu du résultat final de l'opération et si je ne me suis pas gourée, la grosse, l'énorme, quantité de 745 pages (745 !) à lire encore pour parvenir à la fin du Dossier M. (j'ai rien demandé, moi, mais il est vrai, j'ai acheté le livre, et ne le regrette pas, au fond, c'est assez "instructif" de ce qui se publie aujourd'hui, et a "droit", surtout, à une double page dans l'Obs... : ont les moyens chez Flammarion...) Et ce faisant (ce calcul, mes états d'âme de lectrice à relater - en chemin, en "route", devrais-je même dire, toutes ces parenthèses, ouvertes, refermées... ces phrases décousues où une chienne y retrouverait pas ses chiots), je ne peux que constater que je suis, là, moi-même - exactement-tout pareil - en train de FAIRE DU BOUILLIER!!!

Et ça me décourage un tout petit peu, ce n'est pas une bonne nouvelle - voyez-vous - (Bouillier aussi parle à UNE lectrice = "toi"... donc "moi"... oh, c'est tellement compliqué, cette manière d'écrire, aujourd'hui... il a pourtant "mon âge", à quelques années près... mais qu'est-ce qu'ils ont tous, à vouloir faire jeune ou en tout cas "pas classique"... à faire tout le temps "l'intéressant", comme ça ?), ça me gêne, donc, d'être aussi influençable question style, de m'imbiber sans pouvoir rien faire de celui des autres, et là, dans ce cas, après "seulement" 130 pages lues !... Qu'est-ce que ça va être à la cinq-centième ? (car j'irai jusqu'au bout, j'ai remarqué en effet qu'à partir de la page 133 jusqu'à la fin de la Partie III, c'est déjà plus intéressant)... ça va me coller aux pattes, et à la plume.... J'entends sa voix (moqueuse) en permanence derrière moi, déjà maintenant. Mais en lecture, il faut savoir persévérer. Et apprendre aussi à en sauter, des pages (celles notamment où il parle de foot, ses longues listes de citations qu'on connaît déjà, où il raconte, Grégoire, des films, qu'on a vus nous aussi, des expériences pratiquées sur les singes, et nous livre en vrac des extraits de ses carnets...). Là, quand on accepte l'idée (de sauter des passages), ça va déjà considérablement plus vite. On peut prendre un bon rythme. Trouver le sien en tout cas. 

Aussi, ouf !, une pause,  je vais reprendre mon Pessoa. Lui, au moins, il est sombre mais pas faussement, ça sent pas l'arnaque, ni la technique rendue système pour confectionner un gros-gros livre, faire feu de tout bois, de toute matière grise... Choper tout ce qui passe. Pessoa s'en fichait pas mal de ce que deviendraient ses fragments, même s'il en publiait quelques uns (dans des revues). Il se cache, lui, dans son coin pour pleurer (sans renifler, à longueur de pages), pour s'enfoncer sans témoins dans un désespoir à la fois monotone et grandiose, laissant sur son passage "des regrets inconnus"...

"Je n'ai jamais aimé que rien. Je n'ai jamais rien demandé à l'amour que de rester toujours un rêve lointain. Je n'aligne plus aujourd'hui, au fond de mes tiroirs, de bobines de fil aux tons multicolores, et ce que j'aligne maintenant dans mon imagination, tout à mon aise, ce sont des créatures qui habitent, de façon constante et parfaitement vivante, ma vie intérieure. J'ai tout un monde d'amis au fond de moi, dotés d'existences personnelles, réelles, bien définies et imparfaites. Je vis d'impressions qui ne m'appartiennent pas, je me dilapide en renoncements, je suis autre dans la manière même dont je suis moi. Vivre, c'est être un autre. Et sentir n'est pas possible si l'on sent aujourd'hui comme on a senti hier : sentir aujourd'hui la même chose qu'hier, cela n'est pas sentir - c'est se souvenir aujourd'hui de ce que l'on a ressenti hier, c'est être aujourd'hui le vivant cadavre de ce qui fut hier la vie, désormais perdue. Ce qui a été, demain sera autre, et ce que je verrai sera vu par des yeux recomposés, emplis d'une vision nouvelle.
J'ai duré des heures ignorées, des moments successifs sans lien entre eux. [c'est la première ligne que j'ai lue ce matin, m'éveillant : elle m'a estomaquée] 
Nous sommes ceux que nous ne sommes pas, la vie est brève et triste.
Que nous sommes nombreux à vivre, nombreux à nous leurrer !
Ce que l'on a perdu, ce que l'on aurait dû vouloir, ce que l'on a obtenu et gagné par erreur ; ce que nous avons aimé pour le perdre ensuite et constater, après l'avoir perdu et l'aimant pour cela même, que tout d'abord nous ne l'aimions pas ; ce que nous imaginions penser, alors que nous sentions ; ce qui était un souvenir, alors que nous croyions à une émotion.
Combien de choses nous sont suggérées par la musique, et nous séduisent parce qu'elles ne peuvent exister ! Combien de choses que la nuit évoque et que nous pleurons, alors qu'elles n'ont jamais été !
Une nausée physique de la vie tout entière m'envahit dès mon réveil. L'horreur de devoir vivre se leva de mon lit avec moi. Tout me parut creux, et j'eus l'impression glaciale qu'il n'existait aucune solution, pour aucun problème. 
28 mai 1930

Lundi, 16 octobre 2017 : A Mogadiscio, un terrible attentat met fin au "printemps somalien". Combien sont-ils, sous les gravats, transportés sur les brancards ou dans des morgues de fortune... d'abominable infortune... 150, 200, 250 ? Trois cents morts et trois cents blessés, aux "dernières nouvelles"...

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