Entre nous (19)
Jeudi 24
déc. 1992 Rue de l'Ind. une
demi-heure, nous nous offrons "notre cadeau" (+ un livre de Serge
Daney qu'il m'offre)
- Je suis
nul.
- Bon on
ne va pas passer le réveillon là-dessus. Je te rappelle que nous ne disposons que d'une
demi-heure...
- Si, écoute. Après, je n'en parle plus. Je suis
un intellectuel doublé d'un religieux et qui plus
est mystique. J'ai pensé à ça.
-
Qu'est-ce que tu racontes...
- Rien.
C'est très important pour moi de te
voir dans le miroir.
- Tu
sais, après avoir vu hier l'émission sur les fans... ceux qui consacrent vingt, trente
ans de leur existence au culte de leur idole, je me suis dit que cela nous
ressemblait. Cette folie est la nôtre aussi un peu. Ce qui est étrange chez le fan, c'est que l'amour qu'il voue à son idole est à sens unique et qu'il s'en
fiche. Il ne cherche rien en retour. Même,
il ne doit pas y avoir d'amour en retour...
- Cela te
fait penser à moi ?
- Non, à moi. Je t'aime comme ça d'une certaine manière... Je ne cherche pas la réciprocité.
- Moi
aussi je t'aime comme ça. L'un et l'autre nous
cherchons, nous voulons avoir le droit et la possibilité d'aimer l'autre comme bon nous semble.
- Nous
sommes chacun fan l'un de l'autre. Bon Noël.
- Bon Noël à toi aussi. Laisse-moi des
messages pendant ces trois jours. J'en aurai grandement besoin.
Vendredi
25 déc. Messages (sur Memophone)
12h30
Bonjour. Alors as-tu passé un bon Noël ? J'espère que tu n'étais pas trop fatigué. Tu dois dormir encore à cette heure. J'ai passé
une bonne soirée. Nous nous sommes couchés à minuit. Les enfants ont
ouvert leurs cadeaux et sont heureux. Je t'embrasse.
19h30
Voilà. Je sors de chez ma mère. Oui, je me suis couché
très tard hier. Oui, j'ai dormi
toute la matinée. J'ai quand même fait du vélo pour me remettre en forme.
J'ai eu mon cadeau de Noël. Tu le connais. Je t'aime.
26 déc. Samedi Messages
11h10
Bonjour. Bon alors tout semble bien aller pour toi. Moi aussi je vais bien. Je
ne sais comment les choses vont se passer les jours qui viennent mais je crois
que nous pourrons nous voir. Je t'embrasse. À
plus tard.
16h50 Je
sors du bois, comme le loup. Je viens de faire du vélo avec sur la poitrine des papiers journaux pour me protéger du froid. Je les ai pris dans la pile de mes journaux
non lus... Je pense des choses essentielles à
ton propos, à notre propos. Et la seule chose dont je me souvienne, là, maintenant, c'est que je t'aime. Je t'embrasse.
Dimanche
27 déc. Messages
12h15 Bonjour. Je viens d'écouter ton message d'hier.
Merci pour "l'essentiel". Cela me fait plaisir. Je pense la même chose. Passe une bonne journée, et à demain.
21h30 Bon
alors voilà. Comme d'habitude je sors de
chez ma mère. J'espère aussi que l'on pourra se voir lundi, mais OÙ ? car il ne va pas faire chaud... J'ai mon passe-montagne sur
la tête. Ne t'inquiète pas, je n'ai pas froid. Je t'embrasse. À demain, chérie.
Lundi 28
déc. Thé, à la maison (2 livres de poche, pour mon Noël)
- Et si
je restais là, dans ta maison, sur cette
chaise, pour ne pas que tu partes...
- Oui. Je
serais drôlement embêtée...
- Tu n'as
que ça comme petits gâteaux ?
- J'en ai
d'autres mais ils sont au chocolat.
- Non.
Pas de chocolat. Tu ne m'as pas fait de crêpes ?...
- Rhooo... on
dirait mon fils... Voudras-tu que je t'écrive ? C'est presque trop
court, une semaine, avec le 1er janvier au milieu en plus, pour que ma lettre
arrive avant moi...
- Écris.
- Poste
restante ou chez toi ?
- Chez
moi. Mais il faut que tu mettes une double enveloppe, celle de l'intérieur marquée à mon prénom et fermée.
- Que
crains-tu ?
- Qu'on
ouvre mon courrier par inadvertance.
- Compliqué... Alors, ce sera poste restante. Je suis bien avec la
poste restante, maintenant. Je m'y suis faite. Je me sens libre pour le contenu
de la lettre et en plus je sais que tu dois faire une démarche pour aller la récupérer. Je trouve ça romanesque. Tu ne l'as que
si tu te donnes un peu de mal. Et elle ne s'impose pas à toi.
Mercredi
30 déc.
11h30 Déjà mercredi et seulement aujourd'hui je trouve un moment pour
t'écrire la lettre "poste restante" promise...
L'excuse
: la famille m'a jusqu'alors distraite, puis envahie, et enfin dissoute...
La raison
: (puisqu'il y en a une) je ne sais
rien de toi. J'en suis là, et que là. Autant dire que je ne vais pas résoudre, par une simple lettre, ce vaste problème qui resurgit par périodes...
Tu ne vas
pas être d'accord ni content. Mais ça ne fait rien. "Au fond, je ne sais rien de lui"
est la seule phrase sensée qui se forme en moi par
instants brefs, au cours de ces jours un peu plats. Mais ce ne sont que
fantaisies dues à l'ennui, parce que je t'aime.
J'ai aimé te voir avant mon départ, pour un thé. Et pouvoir glisser mon pied sous la table entre
tes deux cuisses. Il était bien au chaud. J'ai aimé que tu passes ton doigt autour de mes yeux "pour y
croire", comme tu dis. Pour toucher et caresser.
Ne pense
pas à moi, comme l'année dernière à minuit, 31 décembre...
Tu es mon
seul. Mon unique.

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