Entre nous (47)
Dimanche
27 mars 1994 On vote (2ème tour). Promenade au bois, avec livre, seule.
"Un
oiseau s'est posé sur mon épaule et j'ai compris que c'était
la plus haute distinction que je puisse recevoir" (un certain Thoreau)
Au
retour, repassage. La fascination (bien masculine) pour une femme qui serait ce
qu'aucune de nous au fond, n'est : sage
comme une image. Même si certaines le cachent mieux que d'autres. C'est ainsi qu'il me regarde, celui avec qui je vis. Comme quelqu'un de sage, en train de repasser ses chemises. Là, dans l'instant, il est sûr que je resterai toujours, que je ne le quitterai pas.
Comme si l'éphémère de cette occupation (parmi
d'autres) garantissait une sorte d'éternité. Il y aura toujours du repassage. Dans n'importe quel
foyer. On n'y coupe pas. Donc celle qui le fait sera toujours là.
Ce par quoi malgré tout, à cette image nous pouvons échapper,
c'est que repasser du linge est un travail, c'est certain, celui ou celle qui ne le fait jamais peut bien dire le contraire,
qu'il en tâte un peu... il verra..., un
travail, donc une fatigue, mais la part somnambulique de ce geste permet à celle ou celui (plus rare) qui le fait, d'entrer aussitôt dans une méditation légère. Et celui qui n'a pas honte, que ça ne gêne pas le moins du monde, de faire
faire ce travail par celle qu'il a sous la main a tort de se rassurer à si peu de frais : qui repasse ses chemises à lui est au cours de ces, voyons, à peu près deux heures... à l'autre bout du monde, dans l'évasion de son cœur qu'il est impossible à quiconque de lui arracher, ou interdire... Essaie toujours.
Mardi 29
mars Porte Jaune, rue de l'Ind.
80% des
prostituées du Bois de Vincennes sont séropositives
Mercredi
30 mars Écrit
assez longtemps, pour un mercredi... Pas d'appel (il faut dire, je ne
suis pas là
)
Jeudi 31
mars Auchan Fontenay puis quelques pas bois
- J'ai
une question.
- Vas-y,
je t'écoute.
- Dans le
métier d'écrire, être homme ou femme, est-ce la même chose ?
- Oui, je
pense. Il n'y a pas grande différence. Tous les deux, on essaie de créer quelque chose à partir de rien. D'où d'ailleurs (souvent) une
angoisse extrême. Mais chez les femmes qui écrivent et sont reconnues pour telles, il n'y a pas comme
chez les hommes, ce qu'on pourrait appeler des "avantages en
nature"...
-
Explique-toi.
- Les écrivains-homme, pour des raisons de pouvoir, certainement,
d'un pouvoir qu'ils détiennent seulement en leur
qualité d'homme, ont souvent en
coulisse tout un cortège (ou quelques unes
seulement, quand ils ne sont pas très connus) de femmes qui les
attendent...
- Tu veux
dire des groupies ?
- Non,
pas forcément. Ça peut être des épouses en puissance, ou des futures maîtresses, des muses, aussi, pour ceux qui sont des créateurs, et surtout..., cela représente le gros de la troupe..., des infirmières... Ça, il y en a beaucoup... En toute vie d'homme, d'ailleurs.
Pas uniquement les écrivains ou les artistes. Et
pour ceux qui ont commis des délits, qu'ils soient graves ou
non, il y a toujours une flopée aussi de "visiteuses de
prison". Je n'ai jamais bien compris pourquoi, cet attrait particulier,
pour le détenu...
- Bon, je
vais faire un casse, alors. Puisque je ne suis pas capable d'écrire. Et plus, non plus, à
présent, de faire un film...
La paix
est revenue. Elle n'est revenue qu'en moi, mais je m'en contenterai. Il faut
avoir retrouver la paix, pour reprendre le chemin de l'amour.
De
l'amour, il n'y a proprement rien à dire. À présent que la sexualité n'est franchement plus taboue, la simple description ou
n'importe quelle "confession" sexuelle est à proprement parler bien ennuyeuse. Vous le prenez par la
main et vous le conduisez à la chambre de jouissance. Ce
n'est pas une chambre comme les autres. On n'y pourrait pas dormir, même si l'on pouvait, "après", y rester ensemble. On n'y pourrait pas rêver non plus. Ce n'est pas
chez vous. Ce n'est pas chez lui non plus. C'est nulle part. Un lieu d'abandon,
déserté par tout le monde. Les persiennes en sont toujours fermées. Et nous ne les ouvrons pas. La lumière est celle décidée par l'amour. Elle éclaire un visage ou un sexe.
Un sourire. Des paupières fermées. Pour vous, souvent, la lumière, pour lui, l'ombre. Et un chant, un chant qui vous
quitte et que vous lui offrez.
- Je ne
sais plus qui a dit : Une scène d'amour physique répand une lumière très forte qui révèle d'emblée l'essence des personnages et
résume la situation de leur vie.
La scène érotique est le point focal où
tous les thèmes convergent et où se situent les secrets les plus enfouis...
-
Kundera.
- Ah bon ?
Tu crois ?
- Oui.
Samedi 2
avril Lu Tolstoï (Histoire de la
journée d'hier) Le midi, plusieurs messages
Mardi 5
avril Ultra contents se retrouver... ("de
nouveau, nous sommes") Gibert
-St-Michel, puis Bercy
Mercredi
6 avril Messages, seulement
12h
"Bonjour"
16h
"Salut!"
19h
"Bonsoir"
Jeudi 7
avril Bercy grève métro. Du mal à revenir. Du monde sur le périph
Après, il faut repartir. De rien. Une douce chaleur vous
envahit le soir au souvenir - mais est-ce déjà un souvenir ? plutôt une réminiscence fugace - de l'abandon du corps dans les bras de
l'aimé. Du ventre, la chaude lumière venue des ténèbres remonte en vous jusqu'à
la poitrine : on dit le cœur, mais le cœur n'a rien à voir là-dedans. Ventre et poitrine. Le cœur et l'esprit n'y sont plus. Ils sont loin. Partis. Ils
n'y ont jamais été, si ça se trouve. Simplement, ils ont permis que ça arrive. L'abandon. Après,
discrètement, ils se sont éclipsés. Ont détourné la tête. Comme on est bien, sans eux ! Comme on était bien !... Car voilà : depuis la réapparition de la chaleur diffuse, soudain vous n'éprouvez plus rien. Clac!
C'est terminé. Vous attendez, mais rien. Le
"souvenir" ne viendra pas à votre secours. Vous vous
endormez.
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