Entre nous (64)



Lundi 28 nov. 1994  13h30, dermato pour opération. Café Le Taine (les moments "forts" de son week-end : tous "télévisuels"...)
"Depuis vendredi", il va bien.

Mardi 29 nov.  Bercy (cadeaux pour fiston, en prévision Noël, hors cohue). ORL pour oreille bouchée = à 16h30 > Libérée!
Je "jouis" de l'entendre, enfin : mais il ne parle que de sa mère... C'était peut-être mieux avant, quand je n'entendais pas bien, je me dis. Je me laissais bercer par le ronron de sa voix...

Mercredi 30 nov. Repos. Bibli Fontenay (pour dossier GATT)
Il n'est pas rasé. On dirait bien qu'il a rechuté.

Jeudi 1er déc. Matin : Paquets cadeaux. Ménage dans studio. L'ancienne "présidente" (celle que mes filles appelle "la commandante"), Mme Violland, me propose pour être la nouvelle (prendre sa place, lui succéder) au conseil syndical de co-pro (j'hésite à dire oui). Lettre de refus Gallimard pour 2ème manuscrit. Après-midi : rue de l'Ind. (pas concernée). Bords de Marne. Mon naevus sur le front, enlevé récemment (refaire le chemin de son inquiétude, vite désamorcée : "ça pourrait bien être un cancer, faut encore attendre les résultats d'analyse, tu sais pas après tout"...)

- La proximité entre l'homme et la femme, même dans l'amour (au moment de l'acte) est toute relative...
- C'est toi qui dis ça... Ah ben!...
- Je parle en général, là. Pas de toi et de moi. Encore que... Je veux dire que son engagement à lui sera toujours plus ambigu, et son œil vagabond. C'est biologique. Dès que c'est fini, il se détourne. Bye. Alors qu'elle se fait nourrir, lui se vide. Et pour s'échapper (et récupérer) il s'empresse ensuite de regarder ailleurs. Il prend le large, même si temporairement. Il doit  la laisser. C'est comme ça.
- Oui, mais c'est juste pour souffler. Se retrouver soi-même. En soi-même. La femme ça ne lui fait pas ça peut-être ?
- Non. La femme lui en veut de cet abandon soudain, quand elle vient, elle, de tout donner.
- Alors il culpabilise, lui, de devoir la laisser...
- Mais son instinct d'homme lui dicte de s'écarter quand même...
- Oui, pour se réaffirmer ensuite. Pour la suite.
- S'il y en a une...

Vendredi 2 nov. Marché. Banque. Prisunic (vêtements enfants). Biblio Fontenay. Auchan. Bords de Marne (mollement, on parle de sexualité). Millepages soir, où par hasard on se retrouve (livre S. Daney).

- Tu caricatures pas mal, non ? C'est ton côté féministe qui ressort... Les choses ont tout de même changé dans l'ensemble. Les femmes ne veulent plus être le "deuxième sexe", seulement.
- Entre ce qu'elles veulent et ce qu'elles sont vraiment...
- Mais par contre, ce en quoi je suis d'accord avec toi, c'est qu'en ce qui concerne le couple, rien n'a changé. Regarde-toi, d'ailleurs...
- Ah ah ah. Oui, c'est pas faux. L'homme a toujours plus d'autorité, "plus de crédit" et plus d'autonomie. Y'a rien à faire. Que ce soit socialement, économiquement, dans le mythe, le fantasme ou les faits... C'est comme ça. Ça bouge pas. Et pour ce qui est de la sécurité dite "affective", les femmes n'en trouvent pas plus qu'avant. Elles s'en accommodent mieux peut-être... La seule sécurité possible pour la femme ce serait de se détourner des hommes, de faire autre chose que de les attendre, les idéaliser, les espérer, vouloir les faire changer, en acceptant de s'en détacher, mais là, ce serait mourir un peu...
- Oh, c'est bien pareil pour nous, non ?...
- Oui enfin, pas tout à fait. Il y a de grosses différences, dans la réalité des choses. Déjà, et sans parler du couple officiel, qui lui est un schéma de vie difficile à accorder avec quoi que ce soit, par exemple moi j'ai beau râler contre eux, les hommes, et contre une certaine solitude dans la relation, sur laquelle j'ai l'impression de buter en permanence, cette solitude eh bien elle m'est aussi chère que l'idée d'une union choisie avec l'homme, avec les hommes, si tu préfères...
- Non, je préfère pas...
- ... et pour autant, même si j'adorerais pouvoir répartir ma vie entre mon travail et des ébats et des échanges amoureux, je conçois facilement que ce soit impossible, justement parce que je suis une femme.
- Et pourtant, c'est bien ce que tu fais, tu n'crois pas ?

Samedi 3 déc.
Message d'une cabine pour SL

Dimanche 4 déc.
Je ne trouve pas de message en réponse au mien de la veille. SH passe à la maison. Soir : 2 messages de SL. Il en aura mis du temps pour les pondre...

Lundi 5 déc. Bercy Carrefour (Guy Debord et autres...) Dermato (retirer fils), du coup re-Café Le Taine, à côté.
Ça se gâte entre nous. La parole divise - réellement. L'amour unit - illusoirement.

Juste avant la dispute :

- La sexualité pour moi, c'est toi : des mirages, des illusions, quelques vérités et de la magie, par moments. Quant à toi, tu considères que Guy Debord s'est suicidé par lucidité (à cause de sa "vision de la société"), et alcoolisme, dis-tu, peut-être... et aussi parce que parmi tous ces "grands hommes", beaucoup finissent par renoncer à la sexualité... Tu parles! si c'était que ça...
- Moi, je n'ai jamais renoncé. C'est pour ça que je suis encore en vie, et que je ne compte pas me suicider.
- Tant mieux alors...
- Mais pour moi, c'est différent, parce qu'il y a toi (tiens, j'oubliais, dans ma démonstration, qu'il y a toi...). C'est un hasard, une chance, appelons ça comme on veut, mais pas seulement. Il m'a fallu de la ténacité pour arriver jusqu'à toi, et aussi, être à la hauteur... Ne pas m'effondrer trop vite. Car ma pente naturelle, c'est celle-ci...
- Bon, jusque-là, d'accord... Et ensuite ?
- Et ensuite, eh bien il n'en demeure pas moins que j'ai du mal avec ton mode de vie rigide, intransigeant, extrêmement codifié...
- Parce que le tien ne l'est pas peut-être, codifié ?... Heureusement que je ne passe pas mes week-ends comme toi, vautrée devant la télé à regarder des émissions bavardes (Les Guignols de l'info, le Zérorama sur Canal+, le dimanche midi, et autres trucs du même genre que tu trouves divertissants, voire même "instructifs", et qui moi me paraissent d'insupportables morceaux choisis de la bêtise mise en scène, à destination de snobs voulant se faire passer pour intellos, sans avoir aucun effort à fournir... 
On en serait où, dis-moi, si je me laissais aller comme toi ?





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