Entre nous (65)



Mardi 6 déc.1994  Auchan puis bords de Marne (son côté "badaud" s'exprime, il mate tout un tas de situations en dehors de nous, et du coup entre nous, ça patine...) Tél. le soir (enfin les choses se remettent peu à peu en place)

Notre relation, selon lui, serait un luxe indispensable... (?) Je sens qu'il dit ça pour se rattraper de l'après-midi. Ou pour dire quelque chose.

Mercredi 7 déc. Sapin de Noël. Tél. le soir

Dimanche 11 déc. Journée à Euro Disney av. 2 des enfants (5h sur place en tout!). Jacques Delors renonce à se présenter. 

Mercredi 14 déc. Attendu devant Classe Affaires. Auchan. Nogent, les ateliers d'artistes. Froid, fatigue (5h en tout, encore...)

Jeudi 15 déc. Fais des truffes au chocolat. Rue de l'Ind. (truffes, Banyuls...). Maussade(s?)

- C'est plus comme avant, inutile de se le cacher...
- Faut dire aussi, tu portes un pantalon de pépé... C'est ta femme qui t'habille comme ça depuis quelque temps ? Je t'ai pourtant dit que je n'aimais pas ces vêtements. Ce n'est pas ton style. Mais tu continues de les porter...
- Elle dit qu'ils sont chauds. Qu'avec, je risque pas d'attraper froid...
- Tu ne veux surtout pas lui déplaire. Ou alors tu ne veux pas m'"obéir", à moi... Ou tiens, tu ne veux plus faire d'efforts du tout pour cacher ton âge... C'est possible. Je ne sais pas.
- Si j'obtempérais et cessais de m'habiller comme ça, tu serais embêtée, de toute façon...
- Et pourquoi donc ?
- Embêtée de ne plus me les voir toujours sur le dos car tu penserais que je fais ça pour toi, pour te plaire, et que... ça ne vaut même pas le coup...
- Ah ah ah. Malin ! On avance beaucoup, là, dis-moi...
- Tu es en train de me désaimer, et tu le sais très bien, alors autant te trouver des "raisons", de bonnes raisons, indiscutables...
- C'est sûr, des raisons, il n'en manque pas, mais pour autant je n'admets aucune d'entre elles; je m'accroche de toutes mes forces à un sentiment qui a l'air de s'en aller, mais a l'air seulement...
- Tu n'es pas sûre...
- Je veux lui donner toutes ses chances...
- Dis-donc, elles sont drôlement bonnes, tes truffes. Mon Banyuls, du coup, n'est franchement pas à la hauteur... Tu m'en feras d'autres ?
- À Noël prochain, oui. Là je t'en ai prélevé une poignée pour ta consommation personnelle, mais il m'en faut suffisamment pour toute la famille...
- Ah! La famille !... Alors là, je m'incline.

Vendredi 16 déc.  Croix de Chavaux (tiens, un lieu qui m'était totalement sorti de la tête. Très longtemps que nous y sommes allés...) Quelques courses en prévision Noël, avant la ruée.

Samedi 17 déc. Des amis, tout le WE, à la maison. Suis fatiguée. De tout. Il n'a pas appelé.

Dimanche 16 déc.  Maison. Rangement

J'en ai marre de faire la bouffe. Je n'arrive même plus à penser à lui. Pas une seconde à moi. Et quand j'y parviens, pour souffler, me divertir en pensée, son image m'évoque alors seulement un autre type d'aliénation. Je n'arrive pas à retrouver un seul souvenir doux de quelque chose, un seul sentiment qui soit pur. Je n'arrive plus à parler, tant je doute de la capacité de la parole à dénouer les nœuds. Mais je voudrais que mon conjoint, lui, parle, au lieu de chercher le rapprochement non pas des affects mais de la chair, tout le temps, toujours, par tous les moyens (pression en faisant la tête, douceur soudaine etc...). Il me pèse, de tout son poids, depuis plusieurs jours (semaines ?). Plus de communication. Aucune. Des paroles rares et vides pour la vie quotidienne, et le corps à corps de la nuit, tous les deux ou trois jours. À part ça, rien. Ça ne va pas. Je ne peux pas faire l'amour sans un bon dialogue autour. Mais s'il parlait, il faudrait que je parle aussi, ce serait donnant-donnant, et je n'ai rien à dire. Je suis enfermée. Je voudrais seulement que de tous côtés, on ne me fasse pas chier. Qu'on me fiche la paix, enfin ! Ce n'est pas grand-chose, comme requête, et pourtant il me semble que l'obtenir, c'est un peu comme escalader l'Everest... Inatteignable. À quoi bon essayer ?

Lundi 19 déc. Bercy (le récit du WE). Je refais surface. Le soir : expert passe pour 2ème étage.

"Fin du CHAUD. Entre froid et TIÈDE. Affects tièdes, tiédasses, plaisir bougon et vite atteint, vite retombé, détumescence."
Je pourrais reprendre exactement à mon compte - mot pour mot - ces quelques lignes. Elles sont de Serge Daney, dans L'exercice a été profitable, Monsieur...

À part ça, les enfants (nos enfants) sont beaux. Et gentils. Et intelligents.

Mardi 20 déc. Truffes (pâte, j'en refais, finalement). Auchan Bagnolet (lui file ses truffes, qu'il prend comme de la came :  "Si Agnès me voyait, ça ferait vilain, elle trouve que je mange beaucoup trop de sucreries, déjà... - Celles-ci sont maison, y'a que des bonnes choses dedans... - Oh la la, ce serait bien pire !... Bon, je ne vais pas tout manger en une seule fois, mais je ne peux pas rentrer à la maison avec le reste, vais donc les cacher dans la voiture... Il se penche par-dessus moi pour les enfouir tout au fond de la boîte à gants. -Tu les retrouveras jamais, je souffle...)  Bercy (achat d'un polaire, pour sa mère). 
Je déteste Noël.

Mercredi 21 déc. Courses de Noël av. fiston. Enfants en vacances. Il a "oublié le cardiologue" (pour sa mère). On arrive à se voir : Monoprix-Croix de Chavaux puis Auchan Bagnolet (je cherche une guirlande). Soir, pour dîner : tomates farcies. Ouf! Journée enfin finie.

Jeudi 22 déc. Labo médical Daudin = lieu de RV. Auchan Fontenay ensuite (me parle de la méningite du père de l'ami de son fils... humm... intéressant). Plus, pour finir, rue de L'Ind. mais "juste pour un pipi"... On aurait tout aussi bien fait de ne pas se voir du tout...

Vendredi 23 déc. Commander la dinde. On se voit rapidement sur place, dans l'auto.

L'histoire de son fils qui a "peur de la contagion pour avoir serré la main du monsieur qui a la méningite"... Je marque le coup et souligne le manque de générosité, égoïsme, hypocondrie... tout ce qu'il a transmis à son fils...

On se quitte fraîchement, dans une ambiance glacée, même - juste la veille de Noël... 

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