Entre nous (67)
Samedi 21
janv. 1995 9h, La strada, projection, av. ma fille. Midi : un message, lui pas. Pintel jouets, av. fils. 17h, le type d'en face se branle à la fenêtre, à poil, portant seulement sur le torse, un soutien-gorge
rembourré, avec du Sopalin. Charmant... Une certaine "inventivité", dirais-je... (c'est celui qui la nuit de Noël avait pris nos fenêtres pour cible jusqu'à trois heures du matin, lançant
dessus pommes de terre et morceaux de carreaux de faïence (nos vitres cassées, dans le salon, juste derrière le sapin scintillant... tout le matin de Noël, j'ai dû ramasser des bouts de verre, "récolter" des patates crues passées en roulant sous les meubles et mis dans
la pelle les débris de carreaux, que j'ai gardés pour les montrer aux policiers, leur disant que tout l'après midi du 24, j'avais bien entendu, provenant de l'immeuble en face le bruit de quelqu'un avec un marteau et fenêtre ouverte, en train de piler du carreau ou des pierres...)
Dimanche
22 janv. Bon dimanche (parce que je lis, surtout, et que les autres autour de moi sont étrangement gais)
L'être russe, caractérisé par la peur, la paresse et l'espoir (in Daney, qui cite un philosophe russe). Ce que ce
philosophe oppose au goût de la vie.
Et ce qui
me fait drôlement penser à quelqu'un...
La peur
La
paresse
et
l'espoir
tout y est
surtout
le manque
de goût pour la vie...
Lundi 23
janv. Auchan puis Parc du Tremblay (un
petit tour et puis s'en vont... rue de l'Ind.). Fin d'aprèm, dentiste, mon fils. Soir, crevée. Mal aux seins.
- Parfois
je pense, avec nostalgie mais sans plus, au fait que tu accordes moins
d'importance aujourd'hui, que tu en éprouves moins de plaisir, c'est
toi-même qui me l'as dit, à me regarder...
- Je t'ai
assez vue.
- Sympa.
- Non
mais tu sais très bien... Je recherche plus à présent le contact, le vrai
contact. Physique s'entend.
- Comme
c'est original, ça! Mais tout le monde recherche le contact... Moi, en tout cas, j'aimais mieux avant...
- Que
veux-tu, c'est dur de durer. Je me demande même
si ce n'est pas dû au fait qu'en ce moment tu as
le visage fatigué...
- T'es
gonflé, remets-en bien une couche, là...
Et alors ? Un visage fatigué doit être forcément moins aimé ? De toutes manières, je n'y ai jamais cru à tes histoires de visage aimé,
adoré, reconnu, le mien... Ce n'était pas moi. Je te laissais
dire car ça semblait t'enflammer. Ça te distrayait de ta mélancolie.
- Ah ah,
oui, ça me distrayait grandement. Et
toi ?
- Moi,
j'ai appris à me dépenser, à avoir à donner pour plaire à l'autre, qui n'en a cure.
C'est lié à mon enfance, tu sais bien. C'est à elle que je dois mon besoin de créer, mon goût pour la création. Alors, merci à elle ! Heureux les enfants qui
comme moi n'ont été que des "accidents"; bizarrement, on nous a
peut-être plus aimés que les autres, qui eux étaient
désirés, ou du moins, on nous a fait moins chier...
Quand j'étais petite, j'en ai fait des pirouettes, des pitreries,
des bricolages et mini-créations pour arracher aux
autres qui étaient là, un sourire, un intérêt momentané, un petit compliment...
Mardi 24
janv. Bercy. Rouler ensuite jusqu'à Noisy-le-Grand. Nogent, plus tard. Rouler, parler. La
routine, quoi.
Mercredi
25 janv. Annulé RV av. GF. Tel. SH, puis tel. SL (bizarre journée, faite de ratages et de voix d'hommes au téléphone)
Hier
soir, 21h30, sonnerie de l'interphone. Une femme recherche (sans dire son nom en entier) un certain "JP", dont
elle donne des caractéristiques assez détaillées par l'interphone, à trois personnes de l'immeuble (deux voisines et moi-même). Chacune, nous affirmons ne pas le connaître (en fait, c'est évident, il s'agit du branleur
d'en face, casseur de carreaux...)
Bizarre,
bizarre...
Je pense,
décidément, ce gars-là veut qu'on fasse attention à lui, et par tous les moyens...
Et
pourquoi nous trois ? Ces trois appartements-là...
Il connaîtrait nos noms et aurait envoyé cette bonne femme afin de tester nos réactions, qu'on parle de lui, qu'on dise ce que l'on sait...
Nous faire suer un peu plus, quoi.
Ça fait un mois exactement (le
25 déc.) que les problèmes avec lui ont commencé...
J'avais appelé la police, pour mon carreau
cassé, et les dégâts autour, y compris
psychologiques, sur les enfants, et déposer plainte dès le lendemain, le 26. Les flics m'avaient conseillé d'écrire une lettre au proprio du
type. Ça ne m'avait pas convaincue,
mais je l'avais fait. Une lettre recommandée, avait précisé le jeune inspecteur. On n'allait pas en rester là. Puis début janvier, un matin tôt, l'appel d'un policier m'avait tirée du sommeil. C'était la veille du passage du
vitrier pour remplacement des glaces de la grande fenêtre du salon : la procédure habituelle, qu'il
m'expliquait par téléphone pour pouvoir me faire rembourser. Dix jours plus tard, un autre inspecteur
m'appelait. L'affaire semblait prendre un nouveau tour. À l'imbroglio qu'il tentait de m'expliquer (tout en retenant
certains éléments), je m'étais dit que l'individu JPP (Jean-Pierre Privat, appelons-le comme ça, en plus, c'est son nom :
dans l'immeuble, entre voisins on le désigne ainsi, trois lettres, faciles à retenir, JPP, celui qui fait peur aux enfants et frémir les femmes seules,
bouillir les maris qui voudraient bien lui faire sa fête), je m'étais dit, donc, à écouter l'inspecteur, que JPP était probablement un de leurs indics... En tout cas, ça en avait tout l'air. Et trois jours après, alors que je passais au poste récupérer mon chèque pour remplacement des vitres, l'impression s'était confirmée : les flics avaient joué aux cons. - Alors, voilà,
l'affaire est réglée. Espérons qu'il se tiendra tranquille
maintenant, qu'il ne vous importunera plus, vous et vos voisins. Mais faites
attention, ce gars-là est armé... - Quoi ? Quel genre d'arme ? Comment vous savez ça ? - Oh rien de bien méchant,
juste un pistolet à grenailles, mais tout de même, faites attention, on sait jamais... On le sait car on a
eu plusieurs fois l'occasion d'aller chez lui faire un tour... C'est un cinglé, quand il est en crise. Mais sinon, ça va. Faites attention à
vous tout de même (il se répétait, ça n'augurait rien de bon).
Et un
mois plus tard, cette voix de femme qui harcèle
l'immeuble par interphone ? Ou alors c'est la police elle-même ? Une femme de la police. Ou alors encore, autre possibilité, un simple hasard... Quelqu'un l'aurait cherché vraiment. Mais
franchement, je n'y crois pas beaucoup. Et pourquoi dans notre immeuble, alors qu'il habite celui d'à côté ("à côté", côté rue, et "en face",
côté cour, là où il sévit la nuit) ? Et pourquoi
cette personne à sa recherche aurait-elle sonné uniquement chez les trois personnes qui lui font une guerre
silencieuse et anonyme depuis un mois, si c'était
pour des raisons personnelles ?
Renseignement
pris, cette personne à la recherche de notre JPP, aurait sonné partout, dans tout l'immeuble... Chacun y a eu droit. C'était donc une enquête complète "de voisinage". Rondement menée... Mais sans succès. Affaire à suivre...


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