Entre nous (105)
Vendredi
27 oct. 1995 Reçu formulaire du Centre
National du Cinéma (pas le bon). Début vacances Toussaint. Les filles et leur père s'en vont. Fils chez son copain. Auchan Fontenay (pour chercher un nouveau livre). Le soir crêpes aux chandelles avec mon gars. Il veut dormir avec moi, mais je lui dis (à minuit) "chacun sa vie, chacun son lit".
Samedi 28
oct. Levée trop tôt me recouche avec oiseaux (dans leur pièce) qui eux sont réveillés... Pépiements autour de moi. Le chardonneret vient sur ma tête et se niche dans mon cou, derrière l'oreille : il n'arrête pas de bouger des ailes et des pattes pour s'installer confortablement. Acheté livre d'Arthur Miller, Une fille
quelconque. Franprix et McDo avec fiston. Ciné
Champs Elysées Les 101 dalmatiens. Puis fils parti chez son
copain, enfin je vois SL; nous allons à Auchan Fontenay (disquettes, cassettes) : je me sens un peu perdue, comme "hors des rails"... Il trouve aussi. Copain de mon fils à la maison. Pizzéria tous les trois. Endormie
tard. Tombée par hasard sur un porno à la télé. Mal joué, mal tourné, "mauvais scénario", mais je ne zappe
pas. Le regarde jusqu'au bout.
Lundi 30
oct. "Plus d'aide à l'écriture pour des fictions", me dit le CNC. L'après-midi Bercy, La Cour romaine
et ensuite Carrefour (album timbres de collection, toute une enveloppe sur l'aviation pour mon gars et disque de Bernard Lavilliers, qu'il insiste pour payer). Quelques pas au
bois puis il vient une demi-heure à la maison écouter avec moi le disque qu'on a acheté et finir (un verre seulement) le vin du dîner d'hier. Puis il part. Il est un peu silencieux,
songeur. SH arrive juste après, pour la soirée. Crêpes et discussion à n'en plus finir.
On parle
de notre déception, rapport au CNC (faire
sans un sou d'aide, si l'on veut continuer). Et de plein d'autres choses, jusqu'à une heure du matin. L'œuvre.
Le faire. L'innocence, la perversité. L'érotisme. La mort. La solitude. La vieillesse. Tout cela, en
vrac, constitue l'essentiel des thèmes abordés... Rien que ça... Cette fois-ci je m'étonne vraiment, tout en parlant avec lui, que je puisse
toujours avoir quelque chose à lui dire, à répondre, alors qu'avec
quelqu'un d'autre, un autre homme, la discussion retombe, soit que je la laisse
choir de moi-même, soit que mon interlocuteur
n'ait alors pas envie de la relancer. Avec Salman, j'ai l'impression que si
l'on n'avait pas besoin de dormir la nuit, cela pourrait ne jamais s'arrêter. C'est sans fin et, d'une certaine façon, grisant. On se soûle de paroles échangées. Pas besoin d'alcool. C'est
comme si l'on se berçait de mots (mais au sens
propre, pas au figuré), se berçait l'un l'autre en même temps, et que, si l'on prenait l'initiative de
faire autre chose (l'amour par exemple), ce bercement-là cesserait, mourrait.
Mardi 31
oct. Coiffeur (coupe courte, ultra courte) McDo avec fils (je n'en peux plus
du Mc Do, personnellement, mais il est content). Bois Saint-Mandé,
avec Serge ensuite. Rien de spécial. Passé la surprise (qu'il "n'arrive pas à analyser"), aucune remarque sur ma nouvelle
coupe. Je pense il fait plus ou moins la tête à cause de ma soirée, lundi, avec Salman (et nuit).
Mercredi
1er nov. Relu et corrigé tout le matin texte de SH.
Petit jardin Sadi-Carnot sur l'esplanade, avec mon fils et une amie, Georgette
T., qui va dormir chez nous le soir (vient d'Orléans).
Retour filles et père dans l'après-midi. Elles filent chacune passer la nuit chez leur
copain respectif. Rien de changé du côté de F. Sentiment toujours
qu'il m'attend au tournant. L'amour à minuit. De mon fait, et muet.
Jeudi 2
nov. Vendu mes boots à Georgette (300F), m'achète des Reebok à la place (400). Départ Georgette (je l'aime
bien, mais elle parle beaucoup, vraiment beaucoup). La vie reprend. Ping-pong l'après-midi (17-20). On retrouve nos marques. Notre base à nous. Café du Lac. Il est heureux et
il souffre. Il m'aime et me déteste. Il s'est bien battu, au ping-pong...
(en résumé).
Vendredi
3 nov. Comme ça a bien marché hier la thérapie du ping et du pong... on
remet ça...
J'ai du
mal à jouer (du vent, et du monde).
Je ne suis pas concentrée non plus. On reprend la
voiture après avoir rangé les raquettes et les balles dans le coffre. Direction
alors Bercy, La cour romaine, café. Un peu de tristesse au moment de se séparer.
- Tu me
caches quelque chose, dit-il.
- Quoi ?
- À toi de me le dire. Je crois que tu as un ou des soucis
dont tu ne veux pas me parler.
-
Simplement parce que je ne raconte rien ?
- Oui, ce
n'est pas normal.
- Que
veux-tu que je dise...
- Comment
va ta mère, par exemple...
- Tu
penses que c'est là que gît mon souci supposé ? Mais non, ce n'est pas là... Et la tienne, comment va-t-elle, d'ailleurs ? Je n'ai
pas pensé à te demander...
- Ah, tu
vois...
-
"Tu vois" quoi ?
- Eh bien, tu as des soucis...
- Tu
crois que je te cache quelque chose parce que je ne dis rien... Tu n'assumes
pas le fait que je ne dise rien. Moi, je suis bien, avec ce silence-là, mais pas toi. Pourquoi ?
- Je
trouve que tu es longue à t'ouvrir en ce moment. Tu es
ailleurs. Et quand tu finis par le faire, revenir vers moi et t'exprimer enfin,
il est alors le moment de se quitter. On dirait que tu le fais exprès ou en tout cas que ça t'arrange. Moi, je suis
toujours prêt à t'aimer.
- Oui.
Enfin... quand tu as joué au ping-pong, acheté et mangé un sandwich dans l'auto, bu
un café, fumé une cigarette, t'être approvisionné en tout un tas de journaux que tu ne liras même pas, etc...
- Ah ah (il rit enfin), ça t'embête tout ça ? Ce n'est pas de ma faute si mes activités préférées dans la vie, je n'ai envie
de les faire qu'en ta seule compagnie...
- Non,
pas de ta faute. Il n'y a pas de faute. Nulle part. Mais notre temps est
ensuite écoulé et l'on ne peut pas alors retourner le sablier...
- Non, on ne peut pas...


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