Entre nous (108)





Samedi 18 nov. 1995  Message, lui pas. Il croit qu'on est vendredi et se prépare à me voir... Il a même mis sa chevillière pour aller jouer au ping-pong et m'appelle à 14h trois fois jusqu'à ce qu'il me trouve enfin chez moi, et dit d'un ton intempestif : "Alors, moi, qu'est-ce que je deviens, hein, dans tout ça?", puis en rabat quand je lui dis qu'on est SAMEDI...

Dimanche 19 nov. Règles. Midi avec beaux-parents, beaucoup mangé et bu (erreur). Parc floral en famille. Vent froid. Fatiguée. Repassage en plus au retour. Apéro le soir chez les voisins du 3ème. Des pâtes et une orange, et au lit !

Lundi 20 nov. Peinture de la porte d'entrée. Mal au dos. Ping-pong puis rue de l'Ind. Thé et massage. Au retour le soir, mal à la tête. Trouvé contrat de syndic dans la boîte. Le bon, cette fois-ci ?

Mardi 21 nov. Atelier canevas à l'école du fils. Ping-pong. Froid. Auchan Fontenay. Je me sens soucieuse car le soir 19h réunion co-pro pour bazarder syndic et en mettre un autre à la place...

Mercredi 22 nov. Téléphoner à Mr Antoine (nouveau syndic). Coiffeur pour fiston puis son cours d'escrime. Il n'appelle pas, n'est pas là, ça sonne dans le vide. Auchan avec beaux-parents et fils, après l'escrime. Le soir, il appelle : il avait oublié que c'était "jour de l'escrime, et tout"...

Jeudi 23 nov. Ménage et 2ème couche de peinture sur porte d'entrée. Ping-pong (suis en forme et le bats haut la main). Vu une sitelle-torchepot sur un arbre non loin de la table de ping-pong. Bercy, après. Du mal le soir pour parvenir à rentrer en temps et heure, à cause des grèves. L'oiseau blanc, de la maison, a fait son nid. J'ai envie de faire de l'élevage d'oiseaux et d'avoir un chien (berger allemand). Je ne sais pas ce qui me prend. J'ai bien suffisamment de choses à gérer comme ça.

Vendredi 24 nov. Grève école. L'après-midi, fils chez son copain, Bercy, La cour romaine puis Carrefour achat BD. Soir 19h, pot de bienvenue, à l'escrime.

Samedi 25 nov. Le canari blanc a pondu un œuf bleu. Auchan Fontenay avec les enfants.  Soir, coup de fatigue. Mal à la gorge. Mauvaise nuit.

Lundi 27 nov. Lettre de SH. Pas ping-pong. Courses à Auchan (en prévision Noël, et graines). Il paye les graines. Acheté élément de layette pour petit-neveu, né récemment.

La lettre de Salman se présente sous la forme de deux cartes provenant de Turquie, l'une pour F, l'autre pour moi (chacun la sienne, dans même enveloppe), recouvertes d'une écriture minuscule et précieuse, à déchiffrer quasiment à l'aide d'une loupe. La loupe pour timbres de philatéliste s'y prête très bien... Je savais qu'ainsi, en voyage, il ne répondrait pas, comme il l'avait pourtant promis, à un texte que je lui ai fait lire. Je suis un peu déçue mais sa carte me donne malgré tout de bonnes nouvelles de lui. "Il s'éclate bien", comme dit sobrement ma fille. Je dois m'en tenir là... 

Mardi 28 nov. Marché. Acheté deux chemises et deux poêles Téfal. Tout en double, je ne sais pourquoi. Atelier canevas à l'école ensuite. L'après-midi, thé et courses à Auchan (Noël enfants). On ne parle plus de rien : aimer, et tout ça... F est à Bordeaux. Il m'appelle d'Orly.

C'est étrange, ce calme, de tous côtés. On ne me parle plus. On ne réclame plus rien. On est gentil avec moi. Un peu distrait, un peu lointain cependant. C'est peut-être ce que je cherchais et ai fini par obtenir. Je me demande toutefois (l'habitude...) de quel prix il faudra à un moment payer pour cette tranquillité. On me fiche la paix en tout cas et cela m'est bien agréable, me laisse "entière" et pleine de bonnes dispositions. On ne ruine plus mon énergie.
Est-ce la fin naturelle de l'amour ? Ou bien un simple répit... Une trêve. Qu'est-ce qui va me tomber dessus ? Maintenant je me suis habituée à penser que rien n'est jamais gagné. Les périodes de grand calme, d'accalmie et de stabilité apparentes engendrent toujours des crises surprenantes où ce que j'avais imaginé que l'autre ressentait, éprouvait, apparaît sous sa forme exactement inversée. Quand j'imaginais la sérénité, je découvre l'anxiété qui éclate soudainement. Quand je croyais reconnaître la sagesse, je rencontre la folie qui transparaît, larvée. Alors que j'espérais lire en l'autre une forme tranquille du bonheur, il me jette à la face qu'il est malheureux...
Donc, ne rien penser, ne rien croire, surtout ne rien interpréter concernant l'autre, à la place de l'autre. Attendre et voir. Si rien n'est dit, ne pas dire pour lui. S'il consent à dire, ne pas croire pour autant ce qu'il dit. Considérer que c'est le besoin de dire qui est le plus fort, ce qui ne donne pas automatiquement la vérité au dire. Petit à petit, ainsi, je me libère des mots des autres. Et de leurs maux, bien sûr. J'ai assez des miens.

Mercredi 29 nov. Fils malade (grippe). Temps froid et gris. Pas escrime. On se voit une heure au Monoprix de La Croix de Chavaux. Soir 18h, Mr Antoine, première réunion du conseil syndical, chez moi.

Se maintenir à la bonne distance par rapport à l'autre. Imposer cette distance. Et savoir l'ajuster, la régler, au gré des événements et au fil du temps. Obliger s'il le faut l'autre à respecter sa propre indépendance. Tous les hommes sont si vite prompts à vous l'abandonner pour après vous en faire reproche avec une telle violence... Refuser ce cadeau de soi que l'on veut vous faire et qui n'est que la paresse inhérente à l'homme à se chercher soi-même en l'autre. Au nom de l'amour que l'on espère encore, qu'on veut avoir trouvé, on se sent prêt à tous les renoncements pour que cette quête de soi-même qui passe par l'autre (en effet), cesse enfin. On est toujours prêt à remettre à quelqu'un qui n'en sait que faire les clés de son être. Quand la personne détient ces clés et ne s'en sert pas, on voudrait alors les lui reprendre, les lui arracher, pour les remettre à quelqu'un d'autre, et c'est sans fin...

Jeudi 30 nov. Fils et fille pas école. Grèves toujours. Ping-pong. Il fait beau et froid. Score : 10/21 pour moi. Auchan Fontenay. 

Vendredi 1er déc. Grèves se poursuivent. Tous ceux qui vont travailler sur Paris y vont à pied, ou à bicyclette, quand ils en ont une. Fils encore un peu malade. Retourne à l'école l'après-midi. Ping-pong (avec les manteaux). Auchan Fontenay (on parle des souffrances à venir. Surtout, ne pas devancer l'appel...) et aussi des grèves, bien entendu : toute la France ne parle que de ça.

Et puis l'écriture. Il parle bien, très bien, de mon texte... qu'il n'a pourtant toujours pas lu... Cela m'est étrange. C'est comme s'il ne s'agissait pas vraiment de moi, ni de mon manuscrit. Je suis loin de tout ça à présent. Cela ne me préoccupe plus. Plus comme avant. Je l'écoute parler et je vois que de toute évidence il parle ainsi pour me plaire, pour être gentil, car au fond, je l'ai enfin compris, il s'en fout complètement de ce que j'écris, de ce que j'ai écrit et - un peu moins, il est vrai - de ce que j'écrirai... (il a la trouille...) 
En tout cas, cela ne me fait plus souffrir. Quelque chose on dirait a été dépassé. Maintenant je l'aime pour ce qu'il est et non plus pour ce que je voudrais qu'il soit. Il me plaît et me suffit de le voir chaque jour évoluer (au sens de bouger, car sinon il aurait plutôt tendance à stagner) et aussi régresser, tempêter, se lamenter, renoncer ("à tout"), m'aimer, me détester...
Vivre, enfin. Ou bien vivre finalement, dans un état d'inspiration, connaître la vérité, être libre, aimer quelqu'un, vivre sa vie, attendre la mort avec lucidité. 

"La machine a personnifié les idées de bien, la technologie de la destruction a acquis un caractère métaphysique. Les questions pratiques sont ainsi devenues dans le même temps les questions ultimes. Le Bien et le Mal sont des réalités. L'état d'inspiration n'est donc pas quelque chose de visionnaire. Il n'est pas l'apanage des dieux, des rois, des poètes, des prêtres, des lieux saints, mais il appartient à l'humanité et à tout ce qui existe." Saul Bellow, Herzog, p.293 


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