Entre nous (112)
Dimanche
24 déc. 1995 Préparé le réveillon, pour nous cinq. Belle table. Beau poulet de
Bresse. Des cadeaux. Des jeux... de l'animation. Des rires. Le feu qui crépite dans la cheminée. Je fume une demi-cigarette. Les filles n'en
reviennent pas. Couchée à 1h, après avoir tout rangé (seule). À minuit on avait (déjà) fait brûler le sapin dans l'antre de la cheminée, après l'avoir débité en morceaux à la scie. Hop! Terminé Noël. Et avec ma fille nous avons dû rattraper le canari blanc, enfui dans la chambre d'à côté. Difficile, mais nous y sommes parvenues...
Lundi 25
déc. Réveillée à 9h, par F (fait l'amour). Trouvé plein de messages sur le mémophone
dans la matinée, qui y ont chu la veille.
"Esprit de Noël", bien là... Je suis contente. Dans l'un d'eux, il me dit : Je baise
ta main qui écrit si bien. (il a dû profiter de la trêve de Noël pour enfin lire Cent
jours...) Toujours pas de règles. Je suis déréglée mais pas enceinte. Je le
sais. Je le sens. Bonne journée quand même.
Mardi 26
déc. Pris RV chez gynéco (pour 9 janvier). Appelé
F à son bureau (qui me parle, mieux qu'à la maison... Étrange). Auchan
Fontenay l'après-midi. Aujourd'hui, il
"m'en veut".
- Tu m'en
veux et je ne sais pas pourquoi.
- Parce
qu'on ne se voit pas beaucoup.
- C'est
les vacances...
- Parce
que tu ne m'aimes plus comme avant.
- C'est
toi qui le décides ?...
- Parce
que j'ai lu les 22 premières pages de ton manuscrit et
que ça m'a donné la nostalgie du début de notre amour.
- En tout
cas, à part ça, tu as l'air content de me revoir, après trois jours...
- Et
pourtant, je te déteste, si tu savais comme je te déteste...
- On est
sorti de Noël, dure période pour ceux qui s'aiment et sont séparés... D'un autre côté, je ne me verrais pas passer
Noël avec toi...
- Je sais
bien... Moi, si.
- De m'en
rendre compte, c'est cela qui est nouveau pour moi. Je ne me raconte plus
d'histoires. Quand les circonstances ou la situation nous empêchent de faire quelque chose, on s'imagine facilement que ce
serait formidable si on pouvait le faire...
- Alors
que là, moi chez moi avec ma tribu
exceptionnellement et annuellement réunie, et toi chez toi, avec
les tiens, ton mari et tes enfants, c'est parfait, tu trouves ?
- Parfait,
non, mais c'est bien. Et nous, ensemble, toi et moi, c'est pour après...
Mercredi
27 déc. Mal à la tête. Auchan Fontenay puis bibliothèque de Fontenay, y rendre les
livres qu'il a empruntés pour sa mère.
Il dit
qu'il échangerait volontiers
"transport" contre "transports", avec un "s" (au
sujet du fait qu'il me transporte partout où
j'ai besoin). Je le sens triste à cause de mon départ prochain (même pour quatre jours
seulement).
- Quand même, qu'est-ce que tu m'en fais baver ! Je ne sais pas si tu
t'en rends compte...
- Hmm...
quoi ?
- Je
disais : Qu'est-ce que tu m'en auras fait voir !... C'est ça, regarde ailleurs quand je te parle...
- Non
mais je sais très bien de quoi il s'agit...
C'est toujours, chez toi, la même histoire. Celle de l'amour,
que d'après toi je ne te donne pas...
- Amour
et sexualité, voilà, avec toi, rien qu'avec toi, ne font qu'un pour moi... Ça j'espère, au moins, tu l'as compris.
- Oui. Et
je ne sais quoi répondre à ce constat-demande-réclamation, qui du reste n'a aucune réponse qui conviendrait...
- C'est
pour ça que tu détournes la tête, regardes ailleurs, n'en as
rien à faire de moi...
- Non,
j'essaie de m'intéresser par moment à autre chose, c'est tout. Et si je ne réponds pas ce n'est pas pour m'échapper. Ou t'échapper, à toi. Mais parce que
j'en ai assez de me justifier là-dessus.
- Tu
connais ce film de Buster Keaton, Steamboat
Bill Junior ? - Non. - Il n'est pas très
connu, faut dire. Date de 1928... - L'année de ta naissance ?... - Oui,
c'est ça. Rappelle-moi bien que je suis
vieux... Si un jour tu as l'occasion de le voir, fonce... Tu trouveras tout ce
que j'aime, en ce film muet. Ce que j'aime vraiment... La légèreté, la grâce, la poésie du personnage qui semble
voler au-dessus de la vie, à la fois maladroit et
chanceux... Et aussi combien un père et son fils, aux caractères totalement opposés et qui s'ignorent et s'évitent, peuvent au fond se
ressembler - en tout.
Jeudi 28
déc. SH vient pour travail sur
texte. 11ème jour sans règles. Bercy Carrefour.
Il a mauvaise mine, tout pâle. A eu des battements de cœur, le matin. On feuillette une revue santé à la Maison de la presse, sur
la... ménopause ! Rien appris du tout.
Bien entendu.
Cela me
fait penser (la ménopause) qu'à ce sujet il ne me parle pas de sa femme, qui elle doit l'être, ménopausée. Comme si, lui qui sait toujours tout, n'avait encore
jamais été confronté à la question. Ou qu'il ne s'en était pas rendu compte, ou encore que cela ne l'intéressait pas (certains hommes, comme lui, seraient plutôt passionnés par ce qu'on appelle l'andropause...). Il n'est pas concerné par la chose, en général, mais là, soudain, avec moi, il se
renseigne, cherche à savoir. Cela me touche et me
fait plaisir. C'est un bon vieux,
je me dis, souriant intérieurement... Le jour où il aura compris que je l'aime quand il ne cherche pas à se rajeunir, tout ira bien, entre nous...
Vendredi
29 déc. Règles, enfin! Millepages
(achat livres pour les étrennes, en province et en
famille, où nous allons passer le dernier jour de l'année...). Emporter le bonsaï d'Ida rue de L'Ind. pour qu'il puisse, lui, s'en occuper
(elle est trop faible pour ça). Le dernier baiser de 1995
est bien tendre...
- Que
vois-tu quand tu me regardes ?
- Je vois
un homme qui me regarde et me sourit. Et toi ?
- Moi, je
regarde en esthète et je vois quelque chose d'esthétique... Je vais
t'expliquer...
C'est une
question de lignes et d'harmonie entre elles. De justes proportions aussi. Ah!
les proportions... La manière dont elles s'enchaînent... Cela commence dès
le talon, la façon dont ton pied se trouve à peine posé sur le sol, et le mouvement
de la jambe qui le prolonge... Cela continue par l'assise de tes hanches
au-dessus desquelles le buste semble poursuivre et développer le mouvement gracieux qu'on a espéré saisir furtivement et deviné dès le bout du pied... Et puis
on rencontre les épaules et les bras... Ah! Les
bras... Ils semblent vous appeler et vous repousser tout à la fois... Il ne faut pas les écouter. L'attache si fine des poignets et l'arrondi des épaules en trahissent la volupté. Elles se rejoignent au cou, si émouvant qu'on n'ose s'y attarder. La tête! Le crâne! J'adore ton crâne. Et les cheveux courts qui en épousent la forme... Les yeux sont innommables. Ne pas se
laisser capter par eux, c'est tout... Puis il me faut m'approcher doucement
pour suivre d'un doigt le contour des lèvres, faire en sorte que cette
bouche superbe s'entrouvre pour que je puisse, une à une, en caresser les dents. Des deux mains, autour du cou,
l'enserrer. Eh! Tu sais que je pourrais te couper la tête!... Clac, d'un
coup.
Tu as
gardé tout ton mystère, pour moi. Malgré le temps. Les années.
Tu pars
quand, au fait ?
-
Demain...




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