Entre nous (132)
Mercredi
25 juin 1997
La dernière fois que Serge m'a accompagnée au Centre en voiture, il s'est fait un lumbago car il
s'est "trop pressé le matin", pour passer me prendre à onze heures... Même
pas un faux mouvement, simplement, en sortant de la douche il a voulu regarder
dans le miroir de l'armoire de toilette... un grain de beauté "probablement irrité"
? qui sait ?, s'est-il dit, "peut-être même un début de cancer"... et hop! ça
a coincé... C'est à ce moment qu'il s'est fait mal sans véritablement s'en apercevoir, et après il a dû accélérer le mouvement pour arriver
en bas de chez moi à l'heure, plutôt que, comme il aurait fallu, regrette-il de n'avoir pu faire, de s'allonger par terre, bien à plat sur le dos... (ça va être de ma faute...)
Le matin,
plus que jamais, tout est lent pour lui - laborieux. L'après-midi aussi, remarque, mais le matin, c'est une vraie
catastrophe. Il ne faut rien qu'il prévoie. Et le soir, n'en parlons
même pas... Il ne peut plus intégrer aucun changement à son rythme habituel (celui d'un
escargot) sans le payer par des maux divers.
J'avais fini par devenir presque
comme lui, mais heureusement, ma vie totalement bouleversée de ces derniers temps m'en a protégée et cela m'a montré que j'avais des ressources d'énergie en moi insoupçonnées et pourrait-on dire, inépuisables...
Pour mon enfant je suis prête à soulever des montagnes (classique), attendre des heures et
des heures (on n'y pense pas, moins en tout cas),
marcher aussi longtemps qu'il faudra pour me transporter jusqu'au centre, là où il est), patienter, soutenir,
encourager, féliciter, sourire et parler... Parler surtout. La vie se réduit à quelques mots.
Mon
corps, lui, se tient à carreau. Il fonctionne comme
je le lui demande, sans se faire remarquer. Je n'ai mal nulle part. Envolés les petits symptômes qui auparavant
m'accompagnaient de façon coutumière dans ma vie d'avant. Je l'ai bien dressé, formaté, compacté pour les épreuves à venir. Mon esprit aussi fonctionne de manière stable malgré les bouleversements. La nuit,
il cherche à se reposer. Je dors bien.
D'un sommeil paisible, agrémenté comme toujours de rêves érotiques plaisants (si je ne suis plus branchée là-dessus pour le moment, il
faut bien que ça "passe" quelque
part...). Mais ça reste des petits flirts sans
conséquence. Je suis bien prudente,
même en rêve. Ne va pas t'embarrasser d'une histoire passionnelle
compliquée, pour quelques heures où tu réussis à dormir... Ce n'est vraiment pas le moment. Dans mes rêves, aucune trace de fauteuils roulants, de béquilles, on dirait que toutes ces choses n'existent pas,
n'ont pas leur place dans le monde... Pas de handicap non plus, ni de
souffrances ou d'ennui. Je récupère et retrouve dans le sommeil ma vie légère, secrète, celle que j'aime et qui me permet de vivre l'autre, sans trop de casse. Enfin je
crois. La "casse", on verra après s'il y en a, s'il y en a eu. Je me sens gonflée d'imaginaire et de patience. Et plus que jamais, j'ai
envie d'être tranquille.
Après ça, oui, qu'on me laisse tranquille. Une fois pour toutes...
Vendredi
27 juin
Tranquille,
je le suis, certains jours où les animateurs du centre
organisent une sortie pour les enfants. Je n'ose pas alors me pointer, seulement à 17h (cela me donnerait pourtant un jour de répit), à leur retour et descente du
minibus car je sais que mon fils m'attendra à
midi avant l'heure du repas au self, pressé que nous déjeunions tous les deux avant le départ... Cela lui gâcherait sa sortie que je ne
sois pas là dès midi, et alors, du coup, toute sa journée... Donc il me laisse là,
sans se demander le moins du monde ce que je vais bien pouvoir faire pendant
plus de quatre heures dans le voisinage du centre (car si mon fils n'y est pas,
je n'ai aucune raison, moi, de m'y trouver... Encore une de leurs règles impossibles...) voisinage en terre inconnue qui ne présente pas trente-six possibilités : d'un côté, des champs à perte de vue, de l'autre, en
montant la côte, puis la redescendant, la
Seine (ne pas se jeter dedans...) Tout ce que je dois faire, c'est être là à son retour, comme si je n'avais pas bougé, assise sur le même banc du petit square qui
jouxte les bâtiments, au nombre de trois, de
la Fondation, et me lever à sa descente du minibus qui les
ramène du musée de la préhistoire, à Nemours...
Quatre
heures et demie ! Cela va me sembler tellement long. Ça m'affole un peu. D'habitude, j'attends, mais il y a de
nombreuses pauses pendant mon attente. Sortie de l'école (il y a classe, oui, pour ces petits infirmes, pas de pitié ! Certains y vont sur un brancard, "branchés" de partout... il paraît
que "ça les occupe"...), sortie
de la salle de soins de broches, sortie de kiné,
de consultation avec le médecin (Jeanne Rouffet, elle
s'appelle)... enfin bref, il y a de nombreuses ruptures de l'attente qui finissent par faire d'une seule journée tout un long mois on dirait... On
fait ici beaucoup de choses qui nous permettent de tromper l'ennui. Mais là, quatre heures sans rien faire !... Si au moins je pouvais
dormir dans l'herbe, mais ce jour, le temps ne le permet pas. Rien, en fait, ne
m'est "permis".
J'essaie,
bravement, d'appeler Serge. En risquant une fois de plus que ce soit Agnès qui réponde... Non, c'est lui. Voix
morne, moi, tout excitée à l'avance de lui annoncer que je suis libre durant quatre
heures ! Du jamais vu depuis deux mois! C'est oublier que je me trouve à 54 kilomètres de Paris... et il me le rappelle quand je lui propose
de me rejoindre pour que nous passions l'après-midi
ensemble... ça fait si longtemps... - Ça ne va pas être possible... J'ai plein de
choses à faire aujourd'hui que je ne
peux pas remettre faute de les avoir laissées traîner depuis des semaines... et puis, c'est pas tout près, ton truc, pas comme quand je passe te prendre chez toi
quand j'en ai fini avec les corvées...
Oui,
merci de me le rappeler, j'ai envie de dire, mais je m'abstiens. - Bon, tant
pis... C'était une occasion... - Désolé, j'aurais bien voulu te voir,
pourtant... Il était content, le petit,
d'aller au musée de la Préhistoire ? - Oui, enfin pas plus que ça. Tu le connais...
Moi, en
raccrochant, je me dis que je suis presque
contente... Mon appel pour Serge demeure encore pour moi comme une sorte de réflexe, c'est ce que je pense faire en premier, quand j'en
ai possibilité, et si j'ai du temps "à passer"; je ne vois pas avec qui d'autre que lui
j'aurais envie, ce temps, de le passer, mais cette fois c'était pour mieux savourer, en cas de refus ou d'impossibilité de sa part, une véritable solitude qui me tend
les bras, là, maintenant, et contre
laquelle je ne rechigne pas, tout au contraire. Je suis libre ! J'ai aussi
remarqué que souvent je faisais appel à lui pour combler un temps vide que je craignais de voir
devenir un temps mort, et qu'en fait, ce temps vacant en était réellement un que lorsque je
l'affronterais seule, bien plus que lorsqu'on m'y tenait la main...
J'aime la
solitude. Mais j'aime la solitude quand une personne au moins, lui, en
l'occurrence, sait que je suis seule... Et que je n'en fais pas tout un plat...
Car cela n'est pas tout à fait la solitude, la vraie, celle qu'on ferait mieux d'appeler d'ailleurs "le sentiment d'être seul", ce qui n'a rien à voir...
Personne
ne sait que je suis là, à part lui, donc, et encore il ne sait pas où exactement je me trouve, même
s'il connaît les lieux, et il s'en
balance, tout occupé qu'il est à s'acquitter de ses corvées,
probablement "administratives"... Et je suis dans ce petit parc annexe de la Fonda,
à l'ombre d'un noyer majestueux
dont les jardiniers ont coupé il y a quelques jours les
branches basses qui menaçaient de tomber. Face à un mur de pierres couvert de rosiers grimpants en fleurs,
je contemple le ciel délicieusement nuageux derrière mes lunettes de soleil dont les verres colorés donnent à tout paysage, même celui-ci tellement modeste, un relief particulier comme
celui que je regardais, enfant et sans jamais y être
allée, offrant des images de
montagnes dans des albums pour l'observation desquels il fallait chausser des
lunettes en carton dont un des "verres" était en plastique teinté
rouge, et l'autre vert... Sans ces lunettes spéciales,
les images étaient grossièrement plates, avec un contour mal dessiné, comportant un trait vert ou rouge flouté, et avec celles-ci, miracle ! apparaissait soudain une
montagne majestueuse au pied de laquelle on se trouvait, prêt à la gravir... L'illusion
semblait à tout enfant, y compris à moi-même, plus réelle que la réalité, qui ne montrait, elle, que les pauvres traces du
subterfuge.
Je suis là, dans ce tout petit square. Serge me croit à La Tour de
Nesle, une auberge de bord de Seine où nous sommes allés tous les deux avec mon fils dans son fauteuil roulant, et où il m'a conseillé d'aller "tuer le
temps"... "C'est un truc à faire, dans le coin, dit-il. Tu peux
le faire à pied... sans le fauteuil à pousser comme l'autre jour pour remonter jusqu'au centre... Tu pourras y prendre le thé en regardant les canards... Je te laisse, je dois
y aller... T'embrasse. Repose-toi bien.
Avant,
c'était lui le spécialiste des choses à faire, des trucs à voir, quand on était ensemble, et que nous débordions d'idées, surtout lui, pour nous
transporter loin de tout (et une auto aussi, j'oubliais...) Là,
je n'ai pas eu la force, sans lui, ni l'envie, d'aller plus loin que quelques mètres de ma prison, et celle de mon fils... Je n'y suis pas
allée non plus à cause de mes ampoules aux pieds (talons) qui menacent de
me blesser de nouveau, en remontant au retour la côte qui descend vers la Seine... Et encore, aussi, la pluie,
annoncée pour l'après-midi... Je n'ai pas de parapluie, me suis-je dit... Tout
est tellement compliqué dans la vie... Profitons de
n'avoir pour une fois aucune décision à prendre, même si j'ai promis à Serge de le faire... J'aime bien changer d'avis. C'est le
trait de la liberté. J'en ai besoin en ce moment.
Une fois que j'ai dit ce que je vais faire, je n'ai plus envie de le faire.
J'ai envie d'autre chose. Et ici, dans cet endroit aux règlements incontournables, c'est un plaisir rare de faire ce
qui vous passe par la tête, sans être forcé à quoi que ce soit. Avoir envie d'autre
chose, je ne peux me laisser aller à ce penchant que lorsque je suis véritablement seule, quand cela n'engage personne d'autre que
moi.
Quatre
heures et demie ! Quelle jolie plage de liberté !
Du temps, du temps à moi sans penser au seul bien-être (ou moindre mal-être) de mon fils, à ses besoins, à ses multiples rendez-vous qui
scandent toute journée, à son ennui, à sa fatigue...
La première heure je la passe au restaurant La Bonne Auberge du bourg, attablée à la seule table du bar qui est
peu à peu devenue ma table, devant un thé Twining Orange Pekoe, et un grand verre d'eau. Je lis
George Simenon, L'Horloger d'Éverton, avec mes lunettes de vue
pour éviter de regarder la
circulation intense du serveur et des patrons de l'auberge en toute fin de
service du midi, côté restaurant. À 14h je lève le camp car la chaise en bois est décidément trop dure, et la salle
trop sombre. Je m'allonge sur un banc du petit parc, la tête sur mon sac, après avoir posé mes chaussures. Mes pieds sont gonflés et il me semble nécessaire de reposer mes
jambes, même si les lattes du banc me
strient le dos et que je dois mettre plusieurs minutes avant de trouver une
position, non pas confortable, ce serait trop demander, mais du moins pas trop
douloureuse. Je regarde les nuages courir dans une tranche de ciel bleu dégagée, entre les branches. Et je
m'endors. Une heure ! Il est trois heures lorsque la cloche de l'église, tout près, me fait vaguement prendre
conscience d'où je suis et pourquoi mon dos est
tellement engourdi et meurtri par les barres de bois. Je me redresse précautionneusement, en trois temps, et me remets à lire Simenon. J'arrête ma lecture de temps en
temps pour chasser de la main un puceron qui s'aventure sur le dessus de mon
pied. J'en profite pour le caresser, mon pied. Je recommence, petit à petit, à prendre soin de moi, de mon
corps que j'aime bien et qui fait bien son travail de corps. À la faveur de ces quatre heures de solitude que je n'ai pas
utilisées comme celles du soir chez
moi (ou d'ailleurs je ne suis pas seule) pour manger, dormir, me laver, je
reprends contact avec moi-même, et ce dans le lieu même, ce petit parc où d'ordinaire je ne m'occupe
que de mon fiston.
Encore
une heure de lecture et nous atteignons les 16h. Je ferme le livre. Je pense à la phrase de ce précieux Jean d'Ormesson :
"Toutes ces belles pages qu'on n'écrit pas quand on est
heureux..."
Faut-il
souffrir pour (bien) écrire ? Vaste réflexion qui va bien m'occuper une heure. La dernière, avant son retour de Nemours... Après quoi, j'irai me planter sur la parking du centre pour
faire l'accueil...
Mais pas
de chance, mon minuscule petit programme se voit bousculé par le psychologue du centre qui me tombe dessus dans le
petit jardin et soudainement désire "me parler".
Cela lui paraît, dit-il,
"incroyable" (je pense il aimerait utiliser un autre mot tel
qu'anormal, ou inquiétant ou encore démesuré et non-adapté... mais on a dû le prévenir que même si conciliante en général, sur ce sujet-là je deviens intraitable et sourde) que je sois chaque jour
ici, de midi à huit heures du soir, et pour
quoi, pour quelles raisons ?... Il aimerait bien savoir. "J'aimerais connaître
les raisons de votre présence, voulez-vous qu'on en
parle ensemble, vous avez un instant ?" (oui, j'ai une heure) Et là, je ne sais pas ce qu'il m'a
pris (sans doute la proximité encore avec ces quatre heures écoulées où je n'ai fait que ce que j'avais envie de faire), d'un
grand sourire et refermant mon "Simenon", je lui ai dit : - Non,
merci, pas la peine. Ça ira comme ça. J'en ai parlé avec le Dr Rouffet, plus le
chirurgien, et aussi le kiné (qui lui me soutient, est
d'accord avec moi et juge qu'il est préférable que je sois là pour mon fils, il fait
"beaucoup de progrès" ainsi). Ne vous inquiétez pas pour moi, enfin pour nous. Tout va bien. - Ah bon,
alors, dans ce cas... Mais c'est lequel, son kiné ? - Laurent. - Ah oui, je
vois... Eh bien moi, en tant que psychologue, je maintiens qu'il vaudrait mieux
que l'enfant soit seul, que vous lui fassiez un peu plus confiance pour se prendre
en charge lui-même (il insiste bien sur le
"lui-même", le soulignant).
Je ne dis
rien. Je regarde au loin si le minibus n'arrive pas. Il continue. - Est-ce que
vous ne risquez pas - je pose seulement la question, n'est-ce pas - de l'empêcher, en faisant ainsi, de grandir ?
Là, c'en est trop. Je me redresse du banc sur lequel j'étais assise et fais mine de m'éloigner, désertant l'endroit. Non sans
dire, en même temps :
- Oui, eh
bien moi, je pense qu'on fait seulement semblant
ici de trouver ça "incroyable" que je vienne
tous les jours, et pas seulement le mercredi et le week-end, jours des
visites... Et à chaque fois on me sort l'inévitable : Et si tous
les parents faisaient de même ?... Car là est la véritable question. Vous savez
que très peu de parents peuvent venir
de loin jusqu'ici tous les jours... Alors vous avez aménagé cette "tranquillité" sans eux, sans leur regard de parents posé sur votre institution, en masquant cela par une sorte de
théorisation psy bon marché qui ne vaut rien, qui ne tient pas la route, juste parce
que vous ne voulez pas avoir à aménager un espace pour les parents, et aussi pour ne pas être vus dans votre pratique, par eux... Ça me paraît assez simple. Si vous
acceptiez l'idée qu'un enfant guérit plus vite et mieux quand il est soutenu, accompagné et entouré d'affection par ses proches,
alors il vous faudrait revoir de A jusqu'à Z toutes vos pratiques et
investir dans autre chose qu'une table de ping-pong, un pauvre ordinateur pour
120 enfants, une salle de jeu sans vie...
À peine déstabilisé (c'est son métier de rester stable face à
toute parole) le psy de service me lança néanmoins avant de s'en retourner vers le centre, un dossier
sous le bras : - Bien, alors dites au père de l'enfant, votre mari, de
m'appeler pour que nous en parlions ensemble, si vous voulez bien... - Mon mari
pense comme moi et soutient entièrement ma démarche, il ne vous dira rien de plus... - Il ne trouve pas
cela étrange, et inutile que... -
Vous voulez dire "suspect", suspect de culpabilité ou d'anxiété débordante de ma part ? - Non,
juste bizarre, que vous soyez toujours là... Il arrive à se passer de vous ? Comment font-ils, à la maison ? Et pour les autres enfants, comment le
prennent-ils ? Votre absence... - Mon mari, le père
de l'enfant, et ses sœurs, nos filles, pensent tous
que nous faisons pour le mieux, et s'ils pouvaient aussi me relayer ici,
croyez-moi, ils le feraient.
- Bien.
Alors si tout va bien... Si vous le dites. Mais pensez à m'amener l'enfant de temps en temps, je voudrais lui
parler seul à seul. - J'essaierai, mais il
ne veut pas. Il considère qu'il a suffisamment de
rendez-vous obligatoires ici. Et la psychologie, le tête à tête, que je sache, ne peut être quelque chose d'obligatoire...
Mais
qu'ils me foutent la paix ! Enfin je ne leur demande rien et ne dérange personne ! Je me fais toute petite. J'obtempère dès que l'on m'explique
rationnellement quelque chose, et je le fais, même
si ça me coûte, pour mon fils, uniquement pour lui, je ne prends pas en
compte d'autres considérations. Et
"j'habite" dans un parc de cent mètres
carré, à la journée longue... sans rien demander
à personne.
Serge a cette version-là de la chose : "Dès qu'il s'agit de répression, de toute façon, t'auras beau faire, ce ne sont pas les volontaires et
donneurs de leçons qui manquent..."
Et moi
j'avance celle-ci : Le psychologue voudrait connaître
mon garçon et aussi son père, parce que moi, il me prend pour une folle,
visiblement...
Je le
rencontre encore plusieurs fois dans la Fondation, ce pauvre psychologue en mal
de petits clients, moi, poussant le fauteuil de mon gars, celui-ci très occupé à jouer à la Game Boy (je pense, ça va faire mauvais effet encore...) Il s'arrête, et dit à mon fils, en lui serrant la
main : - Bonjour ! Je me présente à toi, je suis le psychologue du centre et j'ai parlé avec ta maman. Simplement te dire que je suis très étonné qu'elle soit là, ici, avec nous tous les
jours... (il insiste bien sur les trois mots) Je le lui ai dit. C'est tout. Ah! (il revient sur ses pas) et si tu
veux qu'on en parle ensemble, ou d'autre chose, sache que je suis là... Tu peux venir quand tu veux. Tu sais où se trouve mon bureau... C'est tout. Au revoir.
Mon fils
a juste fait un signe de la tête, pas plus gracieux que ça car le psy avait interrompu une partie du jeu de Zelda qu'il était sur le point de gagner, et pour ce qu'il avait à dire, franchement, ça ne valait pas la peine... Je
lui ai dit, "quand tu veux y aller, je t'y mène",
et ça s'est arrêté là.
Me suis
rappelée qu'à la fin de notre entretien (forcé) du banc, quelques jours auparavant, il avait lâché, en s'éloignant : - Bon, eh bien si
tout le monde se satisfait de cette situation, c'est parfait...


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