Entre nous (145)
Lundi 17
novembre 1997
Matinée de travail (agréable). J'apporte les dernières corrections à Mon bel Ilizarov avant mon rendez-vous le 1er décembre avec une personne de l'association . Maintenant que
les choses se précisent et que ce texte va être reproduit des centaines de fois, je sens naître en moi le besoin de préserver
l'intimité de notre famille. Qu'aucun
nom, aucun signe ne nous fasse reconnaître. Aussi je décide de le publier sous mon nom d'avant. Du coup, je renoue
avec ce nom-là, que je ne "portais" plus, et
qui est bien plus que mon "nom de jeune fille". C'est bien le mien,
et c'est bien moi qui ai écrit ce texte brûlant.
L'après-midi je vais me promener aux bords de la Marne avec un
certain Serge L. qui paraît bien en forme, plutôt gai et pas ressassant comme il est souvent. Nous faisons
ensemble une mini séance de tai-chi, puis
retour.
Jeudi 20
novembre
Une journée je dirais un peu compliquée. Le matin je dois régler des questions relatives au syndic de copropriété dont je suis la présidente, les autres membres du conseil, mandatés par leurs voisins, tous vieux et "procéduriers", veulent se défaire de la femme de ménage qui selon eux "ne
fait pas ses heures et laisse l'immeuble dans un état
lamentable"... À 13h30, retour en classe pour
mon fils, je trouve l'ascenseur de l'école en panne encore une fois.
Il nous faut monter, un instituteur et moi, l'élève qui commence à peser un bon poids (plus celui de son appareil) en le
portant sur trois étages... J'ai déjà un peu mal au dos rien qu'en revenant
à la maison...
Je vais à Val de Fontenay avec Serge. Il n'a pas mangé le midi et prend un sandwich. Quand il mord dedans en
parlant, j'ai l'impression d'assister à un processus biologique,
comme si j'avais pris trop de recul et que je le voyais seulement, là, devant moi, alimenter sa chaudière, peut-être dans le but, je l'espère en tout cas, de nourrir "ses idées"... Car il n'a pas l'air d'en avoir beaucoup pour le moment - et encore à jeun. Mais ça démarre. J'ai du mal à l'écouter. Ses lèvres, armées pour en dire plus, ne disent rien qui ne me concerne réellement. Lui-même semble être momentanément ailleurs. Il est de plus
en plus souvent sujet à ces intermittences,
s'oubliant, m'oubliant, et il n'est pas inhabituel qu'il se retire de nous
ainsi. Quand il ne somnole pas quelques instants dans la voiture... Pourquoi
continue-t-il de me voir ? Je me demande bien.
Ah! mais soudain (il doit en avoir assez de mon écoute, pour le moins "flottante") il déclare en avoir "marre du café", surtout avec moi... Cela produit comme un mini-séisme en moi. S'il voulait me réveiller, c'est réussi.
- Tu veux dire l'endroit où nous sommes là, ce café-ci, je demande, ou bien de boire du café ?...
- Les deux, mon capitaine.
Je n'ose pas lui faire préciser (n'y tiens pas) la teneur du "surtout avec toi" qu'il a mentionné, et oublié déjà... Je préfère ne pas savoir si, "avec moi", il voudrait se
trouver ailleurs (dans un lit, par exemple ?) ou bien si, ici, dans ce café, il préférerait être avec quelqu'un d'autre...
Je l'ai dit, la journée a été compliquée pour moi, d'un bout à l'autre...
Vendredi
21 novembre
Début de matinée : je doute. C'est au sujet
du licenciement de la femme de ménage prévu pour samedi. Cette "besogne" me déplaît. On veut m'y pousser mais je
n'en vois pas clairement la raison. Cela me paraît
"subjectif" de la part du conseil syndical. J'appelle le syndic et
l'on convient de se donner encore du temps. De calmer la meute... Matinée de rangement ensuite puis je fais cuire une cuisse de
dinde (d'un kilo quatre cents!) pour midi. À
trois heures, Serge m'appelle alors que je m'étais
endormie. Nous allons à Bercy. Mon bip sonne mais ce
n'est qu'une info de Tam-Tam. J'ai
craint un instant que ce ne soit l'infirmière de l'école. Et justement, elle est là,
à m'attendre, quand j'arrive à 16h30. Je n'aime pas la voir, c'est (forcément) qu'il s'est passé quelque chose... En effet, mon fils est tombé "sur son appareil", me dit-elle. Plus de peur que
de mal, heureusement. Je me souviens, je me rappelle, écoutant l'infirmière me faire le récit des événements, les mots du chirurgien : Son appareil est très solide, et n'ayez crainte, bien rivé à son os du fémur. Je l'ai parfaitement installé, positionné et vissé... Cela lui fera presque une carapace de protection durant ces deux années. Il peut tomber dessus sans problème, ça bougera pas... (merci Dr Zeller, ce soir, vous me sauvez la mise, m'épargnez bien des tracas supplémentaires...). L'infirmière continue : elle a essayé de me biper sur mon Tam-Tam, dont elle a le numéro, "à 15h45", précise-t-elle (donc tout près
de l'heure de la sortie des classes, je ne vois pas bien l'intérêt...), mais je n'ai pas reçu son message.
Je conduis mon fils, à l'heure habituelle, cinq heures, chez le kiné, mais pas de séance possible. Il a mal. Ou
plutôt, il n'est "pas
bien", me dit son kiné, me le "rendant". En plus, l'ascenseur de l'école, encore et toujours en panne... Je pense à ça, en rentrant, poussant la chaise roulante, le soir, dans les rues illuminées où l'on a déjà mis en place les décorations de Noël. Lundi
prochain, s'il n'est pas réparé, et il ne le sera pas le week-end, ça va une fois de plus être très commode... L'enfer des soucis permanents. Où tu ne souffles jamais. Pas le droit.
Samedi 22
novembre
Après une nuit agitée (cauchemars pour mon gars
qui m'a du coup appelée à deux reprises : se lever, dans le noir, lui parler, le
rassurer tout en vérifiant ses broches, la taille
de son mollet pour voir si sa chute de la veille n'a pas eu d'effets "à retardement") - après, donc, cet intermède nocturne, je voudrais bien dormir tout mon content, et
me demande si faire l'amour, au fond, ce n'est pas un peu comme écrire : si on attend de n'avoir rien de "mieux" à faire, on ne le fait jamais...
Personne
ne bouge dans la maison. C'est le fiston qui se lève
le premier et descend l'escalier à l'aide d'une seule béquille. Clic-clac, on entend. L'oiseau, en bas,
l'accueille en chantant avec virulence. La journée
commence. Ménage, cuisine, rangement.
L'après-midi, couture, brushing à faire sur chevelure de la cadette, qui "sort" (- Où donc ?, je demande. - Je m'en vais à 14h, répond-elle, sans frémir, quel culot...) Puis
pour finir, repassage. Je calcule mentalement pour "tout ça" quel est mon salaire... Ma "dotation", plus
exactement... Celle prélevée sur la paye du chef de famille (il appelle ça comme ça, depuis quelque temps, une "dotation" - quel culot, lui aussi... tel père, telle fille ?) Son montant s'élève à 8000F mensuels. Tant que je touche les allocations
familiales encore (2000F), cela peut suffire, mais ça ne va pas durer...
Lundi 24
novembre
Réveil un peu difficile étant donné que la nuit, de onze heures à
deux heures du matin, j'ai eu assez fortement mal au ventre, comme des
contractions avant un accouchement, que j'ai fini par stopper en prenant deux Spasfon (mon corps, sans m'en aviser,
fait toujours ça : "la veille d'une
consultation au Centre", il produit des symptômes
que sur le coup je n'identifie pas clairement). Et le lendemain (en effet), à 15h30, Serge nous emmène, mon fils et moi, au Centre de rééducation bien loin de Paris, pour la consultation mensuelle avec le chirurgien. Attente assez longue pendant
laquelle Serge somnole sur un siège, ses deux longs bras
pendant de part et d'autre des accoudoirs, ses immenses jambes étendues devant lui. Cette nuit, lui aussi a eu paraît-il un "sommeil haché".
Où est passée l'excitation, la frénésie, la tension des plaisirs, de la vie intellectuelle ? On
peut se demander, là... Mais ce n'est ni le temps,
ni l'endroit, ça non!, pour faire de la
psychobiographie... D'ailleurs, on vient nous chercher, mon garçon et moi. Après que je lui aie dit que son
petit patient a fait une chute il y a trois jours, Zeller remarque sur la radio
une fissure au niveau du "cal" (la partie osseuse entre les deux morceaux de fémur écartés l'un de l'autre). Ce n'est pas grave, dit-il. "Cela favorise même (c'est le chirurgien qui parle) la consolidation, en "mettant à l'épreuve" la partie de l'os
encore fragile. À part ça, il trouve que tout va bien. Retour dans la nuit et les
embouteillages, à 19h. Et pour clore la journée, bain et pansements à refaire, qui étaient pourtant propres ce matin mais que le chirurgien a un et un soulevés (et jetés) pour vérifier le point d'impact des broches...
Mardi 25
novembre
Matinée calme mise à part l'intrusion téléphonique de la dame qui fait
le ménage, pas contente du tout d'avoir
reçu une lettre recommandée du syndic, la rappelant à
l'ordre, (qu'elle fasse les heures pour lesquelles elle est payée, etc) et qui la convoque pour demain 14h. Elle s'en prend à moi. Tant mieux, je me dis, car si tout le monde s'y met j'aurai moins
de scrupules pour la congédier...
À 14h30, Serge m'appelle. Je
dormais. Nous allons à Auchan. Thé et jus d'abricot pour lui. Je
fais quelques menues courses pour les enfants (115F, tout de même). Au retour, dans l'auto, nous parlons de la sexualité "après soixante ans". Enfin je parle car Serge conduit, et comme il
dit, il "ne peut pas tout faire en même temps"... Surtout s'il
s'agit d'un sujet pareil... Même écouter seulement tout en conduisant, quand il s'agit de cette question-là, il
a du mal. Mais moi, soixante ans, je ne les ai pas encore. J'en suis même encore
loin. En même temps, dans mon propos, je n'ai fait que relater ce que j'ai entendu dire de la bouche d'un "docteur" (Sylvain Mimoun, je crois) au cours d'une émission de télé... Un gynécologue - andrologue, spécialisé en sexologie... Ça ne va pas plus loin. Et ce que j'en dis, n'est-ce pas...
Mercredi
26 novembre
Matinée classique. Levée à 9h30, après mon gars qui maintenant
descend l'escalier tout seul en se tenant à la rampe. Déjeuner, rangement, aspirateur, shampoing et kiné. À midi, tout est réglé. Sauf qu'aujourd'hui, à 14h, rencontre à trois, syndic, femme de ménage et moi-même... Une heure de palabres,
de reproches, de justifications, de démission puis de promesses
accompagnées de quelques larmes... Je ne
sais pas ce que ça va donner, mais c'est
reparti. Rien ne change. On garde les mêmes. On aurait pu s'abstenir de faire tout ce foin pour rien,
comme je l'ai dit depuis le début... Après ça, je dépose mon fils chez Carlos puis je vais à Bercy avec Serge. Il cherche "une carte de la ville
d'Arras" pour son fils qui va partir faire ses classes là-bas. Je m'impatiente un peu car le peu que nous trouvons en matière de cartes (une carte d'Arras!, pas évident, en plein Paris...) ne "conviennent" pas, et je voudrais être rentrée à six heures pour faire le
brushing de ma fille, aider aux devoirs du fils, plus le bain et les
pansements, dîner à préparer... Ouf ! Mais que ça s'arrête, enfin !
Jeudi 27
novembre
Un temps
très gris et pluvieux qui me
donne pourtant envie de grand ménage à fond... Style lavage de rideaux, fenêtres, etc... À onze heures, je suis crevée et je regarde un reportage sur Alain Bombard, très sympathique, dont j'avais lu quand j'étais gosse le livre Naufragé volontaire, qui m'avait beaucoup plu... (une rediffusion
de Thalassa, le matin, pour les
"ménagères"...). À 14h, je somnole devant Derrick-soporifique , quand Serge m'appelle. On retourne à l'IGN pour cette sacrée carte d'Arras, qu'entre nous
il serait plus simple que son fils achète à la sortie de la gare, en y arrivant, à Arras... Puis, nous faisons un bref passage au café du lac, mais à l'intérieur, pas en terrasse, il fait trop mauvais temps, où Serge se lance alors dans un discours à mon intention (pour quelle raison, je l'ignore) sur "les
assurances-vie"... Au bout d'un moment, je décroche,
je ne comprends plus rien. Je pense que mon aînée ne m'a pas rendu les 100F qu'elle me devait et que je
n'ai plus rien pour finir la semaine. Serge me les prête "jusqu'à lundi". Et lundi,
j'aurai ma paye.

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