Entre nous (151)






Lundi 29 décembre 1997

Couchée à minuit, je ne parviens pas à m'endormir avant trois heures, mon fils ayant promis de se mettre au lit tout seul après avoir joué à la console avec Chris et n'en ayant pas été capable. Je m'énerve après lui quand, à une heure, je le trouve assis au bord de son lit, toutes lumières allumées et donnant des petits coups répétées du bout de sa béquille sur le parquet... Pourquoi fait-il ça ? Pour que je vienne ? Pour m'irriter ? Pour se calmer parce qu'il n'est pas bien ?... Nous sommes totalement décalés en ce moment. Chacun dans nos chambres vers deux heures, nous nous levons régulièrement à onze, et les journées ne sont guère intéressantes. C'est maison-maison-maison, moi qui aimerais sortir, aller au cinéma, me promener... Les filles, elles, sortent beaucoup et je les envie un peu. Serge est enrhumé, et chez lui, quand ça se produit, c'est toute une affaire. Il me passe de rares coups de fil grognons.
On dirait qu'il n'y a plus rien de bien dans la vie.

Mardi 30 décembre

Réveillée à neuf heures par le téléphone (le serrurier), je reste encore un moment au lit. Mon fils, lui, se lèvera à 13 heures... Je reprends un peu la relecture approfondie de Mon bel Ilizarov avant d'aller dans quelque temps à Sparadrap revoir les épreuves. Je trouve encore quatre petites erreurs. Je suis fière de ce texte. J'ai envie de lui donner une suite. Heureusement qu'il y a cela en ce moment, à quoi je puisse penser. Vers quoi me retourner. Sinon le reste est ennuyeux au possible. J'essaie de ne pas me plaindre trop (intérieurement, car à qui se plaindre autrement ?) puisque, pensé-je, lorsqu'on s'ennuie, c'est aussi qu'on n'a pas de gros tracas. Après tout ce que j'ai connu l'an passé, je dois même m'en réjouir...
Serge ne m'a pas appelée, alors que j'aurais pu sortir aujourd'hui vers quatre heures. Mais il ne pouvait pas le deviner. Et puis il est malade. Pourtant, il n'est pas chez lui. Quand moi j'appelle, ça sonne dans le vide.
J'ai fait de la broderie, en écoutant Barbara.

Mercredi 31 décembre

Dernier jour de l'année. Seule avec mon gars qui se lève avant moi et va jouer à la console dans le bureau. Je n'ai pas tellement envie de sortir de mon lit. Mais il y a kiné aujourd'hui. Il pleut des cordes et l'équipement habituel pour protéger le fauteuil roulant et son occupant avec son appareillage, est nécessaire. Au retour je dépose mon fils à la maison et repars faire quelques courses pour le réveillon. J'appelle Serge pour prendre de ses nouvelles et savoir s'il peut sortir l'après-midi. Hier, il était chez le médecin, quand j'ai appelé chez lui. Non, il ne pourra pas sortir. "Ce ne serait pas raisonnable." Il crache et a "mal à la cage thoracique". Je sors acheter deux jolis plateaux pour réveillonner devant la télé avec mon fils. Les filles vont en soirée à Paris. François, parti réveillonner chez ses parents en province. On s'endort à deux heures du matin après avoir regardé des cartoons de Tex Avery. Boisson : Perrier pour le fiston. Moi : Mouton Cadet 1980.
1980... Quelle était ma vie, il y a dix-sept ans ? Je ne sais même plus.

Jeudi 1er janvier 1998

J'entends les filles rentrer à six heures du matin. Aussitôt après je peux me rendormir (rassurée) jusqu'à dix heures. Ensuite, la journée est bizarre. Le fils dort dans le bureau, jusqu'en début d'après-midi. Les filles, elles, ne se lèvent qu'à cinq-six heures, lorsque la nuit est déjà tombée. Chris arrive sur ces entrefaites et, autour de la table, tandis que je fais de la broderie, j'écoute les uns et les autres faire le récit chacun de leur soirée de réveillon (apparemment plus ou moins ratée, ce qui est encore plus drôle à entendre...). Ensuite de quoi, les récits enjolivés et grotesques terminés, ils vont tous jouer à la console et moi, fatiguée de pousser l'aiguille, je monte à l'étage regarder la télé. Je redescends le soir, passé 21 heures, pour faire des crêpes à tout le monde. Mon fils est ravi, entre ses sœurs et Chris. Il fait le service avec grâce, en clopinant sur sa jambe, et un plaisir évident. Je bois un peu de Mouton-Cadet du Baron Philippe de Rothschild... et je me sens bien, avec mes "quatre" enfants, dont une "pièce rapportée". 

Vendredi 2 janvier

Réveillée par le téléphone à dix heures et demie. C'est pour mon aînée, et du coup nous descendons déjeuner ensemble. On parle des femmes, du corps de la femme et de la vieillesse... Je vais ensuite sous la pluie acheter du pain frais et une parka blanche doublée noir pour moi. Ce que je fête : mon premier contrat d'édition, arrivé ce matin par la poste. Je le renvoie aussitôt signé à Sparadrap, avec une proposition de texte pour la quatrième de couverture. Je regarde Derrick avec ma cadette (c'est le deuxième "Derrick" que je parviens à lui faire voir... Quand elle est là, on rigole bien à décomposer le scénario "policier", et alors je ne m'endors pas). Puis, à cinq heures, départ pour le kiné, sous la pluie toujours. François, le père, a paraît-il appelé la veille mais je n'en ai rien su. On a "oublié" de me le dire. Quant à Serge, je ne sais pas ce qu'il devient. Peut-être a-t-il appelé aussi. Allez savoir...

Samedi 3 janvier

Une nuit où je suis surexcitée, seule dans le lit. Je ne trouve le sommeil qu'à l'aube. Ce doit être à cause de la signature du contrat. Je me dis ça. J'aime bien être seule, aussi. Cela me fait beaucoup de bien. J'apprécie d'avoir toute la place dans le lit, m'y tourner, retourner, sans déranger l'autre. Prendre mes aises, enfin ! Je me sens moins crispée aussi, moins tendue, jusque dans mon sommeil. Mes nuits sont à moi. M'appartiennent entièrement. Le matin, je suis un peu fatiguée, lasse et détendue, comme après une vraie nuit d'amour. Je vais à Franprix. La vie est toujours pareille. Il pleut, il vente. Je fais faire ses devoirs à mon fils qui est mou comme un pantin, et renifleur. Râleur aussi. On n'en fait que la moitié. Pour le dîner : quiche lorraine et bordeaux. L'aînée de mes filles va faire un baby-sitting et la cadette "espère aller chez Chris voir une cassette". 

Dimanche 4 janvier

Pas beaucoup dormi encore mais je me lève à dix heures. Je ne vais pas faire le marché du dimanche matin. On se débrouillera sans. À midi, je cours chercher des frites au McDo pour filles et garçons. Je reviens sous la tempête, le sac de frites encore chaudes à l'abri sous ma parka : la poitrine me brûle. Après-midi tranquille. Nous finissons les devoirs et le père rentre de province. Il part acheter une galette des rois. François m'aide ensuite à améliorer quelque peu le texte pour le catalogue de Sparadrap qui présentera mon livre. Repassage, vite fait. Dîner, tous les cinq. Je me couche à minuit. J'ai mes règles, mais pas vraiment. Mon fils fait un cauchemar la nuit. Demain, c'est la rentrée... Les jours vont reprendre un cours normal, régulier, et du coup les nuits, aussi. Il était temps.




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