Entre nous (161)



Mardi 3 mars 1998

J'ai mes règles. Nous devons nous préparer assez tôt pour aller faire la radio de sa cuisse en ville puis on attend midi que l'ambulancier vienne nous chercher pour nous emmener en consultation au Centre. Je prépare des petits sandwichs pour manger là-bas tout en disant à mon fils que c'est probablement la dernière fois que nous y allons. C'est Didier qui nous emmène. Il a des soucis professionnels, et de famille aussi, qu'en chemin il me raconte. Là-bas, nous devons attendre pas mal de temps : le chirurgien a une heure de retard. Enfin, c'est à nous : il va bientôt enlever l'appareil (il remplit le fameux "carton vert"...) mais - soudain, coup de massue - il va falloir, dit-il, que l'enfant revienne au Centre pendant encore deux mois, en hôpital de jour, "pour une rééducation intensive"... C'en est trop. Mon fils éclate en sanglots. On rentre. Dépités, lassés, découragés. Je vais à Score Games avec Serge lui acheter trois jeux vidéo. En urgence.  

Mercredi 4 mars

Je me réveille avec un sacré mal de tête. Sans doute le stress de la veille (plus les règles). Je me mets aussitôt en quête d'une nouvelle société d'ambulance : une de notre ville, pour changer. Ensuite, je m'en veux beaucoup de ne pas avoir exigé hier que mon garçon ait au moins son mercredi de repos, sans kiné, sans école, sans trajets... J'espère qu'il n'est pas trop tard pour revenir là-dessus. L'après-coup, dans cet univers d'injonctions permanentes, est toujours extrêmement difficile à gérer. Il y a en principe peu de résultats, de quelque façon que l'on s'y prenne. Mon fils, lui, est en forme. Il semble avoir digéré la nouvelle. Je l'emmène chez le kiné puis Carlos vient jouer avec lui et ses nouveaux jeux. La photographe du magazine Viva vient faire ses photos de nous comme prévu, pour illustrer l'interview par téléphone qui a été faite auparavant. Elle débarque avec tout un matériel qu'elle met un bon moment à installer, accompagnée d'un assistant. Cela dure longtemps et je ne peux pas profiter de la visite de Salman. Les filles rentrent. Serge passe, puis Chris. Non mais quelle journée !

Jeudi 5 mars

Matinée tranquille (de ménage). À onze heures, on m'appelle de Sparadrap. Mon bel Ilizarov est arrivé ! Je peux venir le chercher. J'irai après l'école, à 17h. Je suis contente mais en même temps je m'attends à une petite déception. Je ne sais pourquoi. Sans doute celle qu'on doit ressentir pour quelque chose d'achevé, de fini, de terminé. Je m'y prépare à cette déception en allant avec Serge à Bercy, comme d'habitude, comme si de rien n'était, alors que je brûle de filer à Sparadrap... À cinq heures, j'y arrive, tranquille.
Mon livre est en piles de trente. Ça fait beaucoup d'exemplaires. Un choc en soi. Il est aussi tout mince (deuxième choc) et l'imprimeur a "oublié", me dit-on, de lui mettre une couverture cartonnée... Il me fait penser à un joli prématuré. Je fais quelques dédicaces qu'on me demande pour la maison-association, puis j'en emporte une vingtaine d'exemplaires (pour le libraire de Millepages) et quelques autres pour moi. Ce n'est pas lourd à porter.

Vendredi 6 mars

La nuit, je ne peux trouver le sommeil avant quatre heures du matin. Et il faut se lever à sept heures trente pour me préparer et conduire le fiston à l'école. À neuf heures vingt, je suis à la maison et Salman sonne à la porte. Jusqu'à midi il va me parler d'un problème de couple - homme maltraité et battu par la femme - soi disant "des amis à lui", auxquels il s'identifie, mais c'est tellement récurrent chez lui, cette thématique, que je ne suis pas dupe de son "j'ai un ami qui..." Enfin, je l'écoute. Je dois l'écouter. Me taper ça en plus du reste... En début d'après-midi je me sens terriblement fatiguée et à trois heures je rejoins Serge sous la pluie. Nous n'avons pas le temps de prendre ne serait-ce qu'un thé car nous allons faire une course à Auchan Bagnolet en vitesse. "Pas de temps à perdre", déclare Serge, en prenant un air de pilote automobile aguerri. Je suis en manque de thé, de sommeil, d'envies, d'amour et de tout un tas d'autres choses que je ne sais même plus définir, et je me demande à quoi rime cette vie. Ma vie. Je sais aussi qu'après il me faudra aller avec mon gars chez le kiné, pour clore la journée. Au retour, je reçois un coup de fil de Daniel H. (mari de Françoise, directrice de Sparadrap) qui me propose (officiellement) de participer aux journées sur la douleur de l'enfance... Festif... 

Samedi 7 mars

François revient des États-Unis. Il entre dans la chambre en catimini, à six heures du matin. On se rendort l'un contre l'autre jusqu'à neuf heures, puis on fait l'amour gentiment (je démarre au quart de tour). Il a rapporté pour tous plein de cadeaux et l'on passe une partie de la matinée à faire des essais de vêtements "américains", pas de très bon goût, ou pas à la bonne taille, mais les enfants adorent... Ensuite je vais faire l'éternel Franprix du samedi avec ma fille, la cadette. À midi, croque-monsieur, pour monsieur et madame. La grande dort encore (avec son compagnon du moment) dans sa chambre de jeune fille. Je regarde une émission sur l'hôpital des enfants de Bullion, puis je me mets en quête d'un ensemble veste-pantalon-chaussures, pour mes nouvelles responsabilités, et cette journée à l'Unesco, prochainement. Je mets longtemps à trouver si ce n'est mon bonheur quelque chose d'adéquat. Mais je finis par trouver. Le soir, quiche lorraine et vin de Médoc 94.
Mon père a téléphoné. Il a lu Mon bel Ilizarov "avec émotion". Meilleur moment, pour moi, de la journée.

Dimanche 8 mars

Après une bonne nuit tranquille, nous nous réveillons à dix heures. Le fiston a dormi dans le bureau avec son ami Carlos. Petit-déjeuner avec François et notre plus jeune fille, au son de Mozart (ça me gave dès le matin mais voilà, le chef de famille est rentré, et lui, a besoin de ça; non pas que je n'aime pas Mozart, bien au contraire, mais tremper le croissant dans son thé ou café tout en discutant alors que sa musique est masquée derrière, ça ne me va pas : il faut choisir, parler ou bien écouter... une telle musique).
La matinée passe vite et l'on se remet à table à quatorze heures : avec notre aînée, cette fois. L'après-midi j'emmène mon garçon jouer chez Carlos et je prends le thé avec sa mère. Puis je rentre plier du linge (la lessive "retour d'Amérique", plus la nôtre) et faire une tonne de repassage. Je suis un peu fatiguée et à six heures du soir je m'endors sur le lit de mon fils. Ma fille aînée revient alors du café où elle a "avoué" à sa meilleure amie qu'elle sortait avec son ex petit copain... Tâche compliquée pour elle. Elle m'explique tout ça en rentrant, et comme je me réveille à l'instant de ma courte sieste, ce que je dois moi avouer, c'est ne pas trop m'y retrouver quand elle tente d'expliquer que "oui, maman, tu vois, c'est facile enfin... essaie de capter... je sors en ce moment avec l'ex de mon amie, et l'ami de mon ex..." - Ah, oui, en effet. Pas simple, dis-moi. Mais tu vas t'en sortir.

Pas de coups de fil de ceux qui sont supposés avoir reçu et lu Mon bel Ilizarov, à part celui de mon père, la veille. 

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