Entre nous (171)
Dimanche
10 mai 1998
À cinq heures du matin,
plusieurs fois on sonne à l'interphone. Ma fille aînée et moi, nous nous levons
brusquement pour répondre. Il ne s'agit que de
mon autre fille et ses copains, qui rentrent. Elle a oublié ses clés... Ah, mais, où sont donc les jeunes filles rangées, de mon amie Nicole, en chemise de nuit et robe de
chambre, dès 20h ?...
Difficile,
après, de se rendormir. Je me lève à dix heures. C'est aujourd'hui
que fils et père reviennent de leur virée corse entre hommes. Ils sont tout beaux, bronzés et reposés. Mon garçon a, paraît-il, bien fait sa gym (recommandée par le docteur), et "un
peu" porté son attelle. Il est tout
heureux de distribuer des petits cadeaux à tout le monde. Après déjeuner, je l'emmène chez son copain Nicholas, qui l'a invité. Puis je reviens à la maison faire la sieste.
François et sa fille, la grande, sont partis à l'Arboretum, tandis que la cadette récupère de sa folle nuit... Puis,
avec moi, elle vient rechercher son petit frère
chez Nicholas. Il fait une chaleur étouffante. Un vent chaud
souffle. Au retour, je fais deux heures de repassage. Ce qui ne me rafraîchit pas spécialement...
Lundi 11
mai
Le soir, à onze heures, on a fait l'amour. Maintenant, je ne me couche
plus aussi tard car je laisse mon gars s'endormir seul. On en a convenu
ensemble, avant qu'il parte en Corse. Je reste avec lui un moment, nous
parlons ou lisons, puis je vais me coucher. C'est beaucoup mieux ainsi. Il
suffisait de demander...
La nuit, je rêve que l'ambulancier nous a
oubliés et ne vient pas nous
chercher. Rêve en ce moment pour moi, angoissant. En vérité, c'est une ambulancière qui vient ce jour et elle
nous attend dès 8h30 dans la rue, en lisant Télé 7 jours, appuyée à la portière du VSL. Je l'aperçois par la fenêtre, alors que je secoue la nappe du petit-déjeuner.
Il fait
très chaud, dès le matin. Retour au Centre, donc. Je peux enfin étendre mon tapis de sol (acheté depuis des mois) dans l'herbe du petit parc jouxtant la Fonda. J'y passe la journée. Retour pas trop tard, dans l'après-midi. Nous allons chez Anna qui me dit qu'elle viendra,
elle et son fils, en vacances cet été dans le mobil-home, en Vendée,
avec nous deux. Je ne sais pas si cela se fera vraiment, car elle change fréquemment d'envies et de projets, mais je fais semblant d'y
croire, et ça me fait plaisir.
Mardi 12
mai
Journées très chaude et assez déplaisante. Mon fils va à
la piscine du Centre, pour la balnéothérapie, mais pas avec Laurent, qui est en réunion. Puis ensuite, comme les autres kinésithérapeutes ne sont pas, comme
Laurent, tout à fait au point pour le timing, il ne peut aller ni en gym, ni à l'école, car il est trop tard pour
tout... D'un seul coup, je me demande ce que nous faisons ici. Faire cent kilomètres en ambulance, pour un bain d'une demi-heure en piscine... Et toutes ces
heures, après, d'attente pour rien.
Si je ne me manifeste pas, il est possible que cela
dure encore de longs mois, et que le trou de la Sécu
se creuse un peu plus - à cause de nous ! Quel gâchis en tout cas, et grande inutilité...
Il est clair que mon enfant ne récupérera pas la flexion complète
de sa jambe avant longtemps. Le traitement d'attaque étant terminé, il faut maintenant penser à des solutions alternatives concrètes permettant de poursuivre en ville et à la maison, pour la dernière étape, celle je l'espère finale, du traitement... Je vois donc, dans l'intention d'évoquer avec elle la question, la chef-kiné... qui me rit au nez : "Attendons pour cela de voir
Zeller ! C'est dans une semaine, vous pouvez bien patienter..."
Pour eux,
une semaine, ce n'est rien. Et rien ne dit que Zeller accédera à ma demande, maintenant qu'il
est fâché contre moi depuis que dans l'article de 60 millions
de consommateurs, ces idiots de journalistes ont modifié ma parole, et par ma voix, l'ont traité de "garagiste"... Je retourne ronger mon frein
en hôpital de jour...
Rentrés à la maison vers cinq heures et demie, mon gars m'envoie à Auchan lui
acheter un nouveau jeu Nintendo qu'il
désire ardemment.
Serge est
revenu, depuis hier. Il m'appelle.
Mercredi
13 mai
La journée se passe mieux. Je suis plus détendue car j'ai (provisoirement) renoncé à faire sortir mon fils du
Centre. Je m'installe bien, dans la pièce de l'hôpital de jour, fenêtre ouverte sur le parc et je
lis, de dix heures à midi, le livre sur le génocide cambodgien que m'a prêté Laurent. Très bien écrit, c'est du vécu (atroce) comportant aussi de fines
analyses politiques. Laurent, entre deux petits patients, passe parfois me
voir et m'en commente, à l'aide de sa propre expérience, certaines périodes. Il se met alors à parler au présent, comme si tout cela était encore là, dans sa tête et son corps, rivé en lui à jamais...
À midi, nous allons pique-niquer
dans le parc, puis quand mon garçon est au ping-pong, je
regarde les informations, suivies de la série policière allemande Le Renard, qui remplace à présent Derrick. Moins bien que celle-ci, mais tout aussi soporifique. Et
c'est bien, de s'endormir...
À cinq heures, je rencontre
Serge. Nous allons au café du lac où il me parle de son fils qui, paraît-il, ne va pas bien.
Jeudi 14
mai
Une journée exactement à l'identique de celle d'hier.
Je lis L'utopie meurtrière, un rescapé du génocide cambodgien témoigne.
J'appelle
Sparadrap, pour faire changer le titre de ma communication aux journées de l'Unesco sur la douleur de l'enfant. J'étais inscrite sous le titre : Témoignage d'une maman. À la réflexion, et surtout après
avoir lu Un rescapé témoigne..., je trouve cet intitulé, pour ma part, un peu niais et pas du tout adapté au contenu de mon texte, qui est plus une analyse qu'un
"témoignage". Je propose
donc : Les parents face à la douleur de l'enfant. Françoise G. est d'accord.
À part ça, il fait toujours aussi chaud, malgré l'orage impressionnant de la nuit dernière sur Paris. Le retour en ambulance s'en trouve laborieux
et étouffant. La pollution sur le
périphérique est à son maximum. On va finir par
tous crever.
À cause de la chaleur, je ne
m'endors que vers deux heures du matin.

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