Entre nous (173)
Le
dimanche soir, juste après pourtant l'incident des
haricots verts (qui n'en fut un à vrai dire que pour moi...)
nous avons bien fait l'amour, tout en caresses. Une bonne nuit, et le
lendemain, c'est la rentrée des classes. Pour le fiston,
retour à sa véritable école. Finie celle du Centre.
Cela faisait deux mois exactement qu'il en était
parti. Après l'avoir déposé, je passe une matinée tranquille (mais pleine d'émotions et sentiments contradictoires) à regarder une émission enregistrée la veille sur Paul, enfant infirme cérébral, et ses parents qui le tiennent à bout de bras, avec toute la force de leur amour... L'après-midi, je retrouve mes bonnes petites habitudes :
m'endormir devant Le Renard (qui a pris la suite de Derrick), et à trois heures, je m'en vais rejoindre Serge au lac pour un
petit thé, jusqu'à la sortie des classes. Pas de kiné pour le moment, après la classe. Je parle
longuement au téléphone avec Françoise G., de Sparadrap, au sujet du chirurgien, et ses manœuvres d'intimidation...
Mardi 26
mai
Suite à ma conversation la veille avec Françoise, je suis bien remontée
pour continuer la lutte. Ma lutte. Toute la matinée, je prépare, sur l'ordinateur, les
photos et légendes qui illustreront, sous
forme de diapositives, ma communication sur la douleur de l'enfant aux Journées de l'Unesco. À midi, je suis assez satisfaite.
Je m'en vais chercher mon fils à l'école pour le faire déjeuner et se mettre une heure
en posture, dans son attelle. Puis je le reconduis à l'école. Alors que je ne suis pas
loin de m'endormir devant Le Renard, Serge m'appelle - un peu tôt. Il veut qu'on aille jouer au ping-pong. Mais il y a
beaucoup de vent. Puis, très vite, il se met à pleuvoir. Nous nous replions au café du lac, en salle, à l'intérieur.
Dans la
soirée, je passe à Sparadrap déposer mon texte. J'y rencontre Didier C.S., médecin anesthésiste. Nous discutons pendant
près de deux heures.
Mercredi
27 mai
Première séance de kiné en ville, pour le gars (électrothérapie). Au retour, nous rencontrons Agnès, dans la rue. Elle me parle de son mari, Serge, en
l'appelant par son nom de famille, et en s'en moquant, disons je trouve, tendrement. Étrange. Elle en fait un peu trop. Je mesure tout à coup à quel point elle doit sans
doute l'aimer. Je n'y avais jamais véritablement pensé. C'est une très belle femme. Impressionnante
à bien des égards.
Au
courrier, je trouve une grosse enveloppe de Sparadrap
et une autre, de l'APA. Dans la première se trouve le document de La petite fille abricot, témoignage d'une maman que j'ai
déjà réécrit mais qu'on me soumet à nouveau avant publication, et dans la deuxième, la revue "La
faute à Rousseau", que l'association pour l'autobiographie m'envoie,
et que j'ai bien envie de feuilleter, là, tout de suite, maintenant... Je fais déjeuner mon garçon puis je l'emmène chez Carlos avec qui il va
passer l'après-midi au bois. Je travaille
pendant deux heures sur le récit de la greffe du foie de la
fillette. Dans la soirée, je tape à l'ordinateur pour ma fille cadette tout un dossier sur François Truffaut... Je me couche, lessivée...
Jeudi 28
mai
Une matinée pluvieuse que je passe sous la couette, dans le lit de ma
fille, à regarder un enregistrement :
un reportage sur l'Indochine, en 53-54... De temps en temps, je m'endors. Il n'y
a que ça à faire, un jour pareil. À
midi, je m'en vais chercher mon fils, sous la pluie. Rien au courrier. Dans
l'après-midi, Serge m'appelle vers
trois heures, alors que je me suis à nouveau endormie, cette fois
devant Le Renard. Ma demi-somnolence du matin en "Indochine-années 53" n'a pas suffi, on dirait. Nous allons jouer un court moment au ping-pong. Il n'y a pas
de vent. Nous faisons un match que je remporte à
11-21. Au bout d'un quart d'heure, Serge en a déjà assez de jouer. Nous allons alors au café du lac. Il me demande "comment j'ai trouvé Agnès", l'autre jour... Très très belle, je lui dis. Nous parlons d'elle.
Kiné ensuite, pour mon fils, à
17h. Pour moi, salle d'attente, en lisant Paris
Match. Repas du soir au retour, qu'il
me faut préparer, avec les parents de
François, qui, une fois de plus,
rentre très tard du travail. Je me
retrouve seule avec eux, pendant deux heures, préparant, en même temps que je leur fais la
conversation, une ratatouille niçoise. Mon beau-père (qui adore ça) a apporté pour l'accompagner, une bouteille de
"Nuits-Saint-Georges 1978" !
Vendredi
29 mai
Je me réveille... avec l'envie d'écrire
à un certain Malik A., qui a produit un article, dans la revue La faute à Rousseau, intitulé "Cher plaisir", où il se demande "ce qu'il en est, dans les journaux dits
intimes de monsieur et madame tout le monde, de la question de la sexualité"...
Après avoir conduit mon fils à
l'école, je m'y mets. Je ponds
une lettre de quatre pages sur le sujet... J'ai pas mal à dire... étant une "madame tout le monde", qui écrit et qui baise...
L'après-midi, je m'endors brièvement
devant Le Renard, puis Serge m'appelle. Nous allons jouer au ping-pong (que
ma vie est répétitive!). Je suis bien en forme, lui, moins (2-21). Il me
prête 200F pour la semaine, ce
qui fait que je lui dois à présent 2000F.
"Tu
me dois en réalité bien bien plus", commente-t-il, démoralisé par sa défaite au ping-pong. Il dit qu'il devrait peut-être me payer pour que je "vienne à sa rencontre, pour que je joue avec lui et lui parle"... -
Pourquoi pas, après tout ? Je vais y réfléchir. Ce serait bien. Moi, je suis d'accord.
J'ai mes
règles, mais pas franchement.
Un long,
très long week-end s'annonce.
Samedi 30
mai
La veille
au soir, on a fait l'amour. C'est curieux tout de même cette expression "faire l'amour"... mais on
n'a pas trouvé mieux, plus précis, plus juste et plus adapté
pour dire ce qu'on fait avec quelqu'un lorsque deux corps se rapprochent.
Quelquefois, on fait plutôt la consolation, ou le remerciement. Ou encore une sorte
de rapprochement matériel, bien concret, immédiat, en pensant faire l'amour...
Cette
fois-ci, en tout cas, je peux dire sans me tromper, qu'on a fait le plaisir.
Rien de plus, non, mais pas moins non plus. Une bonne nuit par là-dessus. Le fiston s'est couché à deux heures du matin après avoir joué sur la console, avec Chris à ses côtés à la manette. Le matin, tôt (je ne sais pas ce qui me prend), je nettoie le frigo sous
toutes ses fermetures-ouvertures, portes intérieur-extérieur, cases à rangement, tablettes,
grilles, même la case à œufs... Puis j'enchaîne avec les courses au Franprix, accompagnée de ma fille. Rien au courrier. Kiné l'après-midi pour le fils. Puis nous
rejoignons Anna et ses enfants, sur la pelouse, près du château. Le soir, la sœur de François vient pour dîner. Mon garçon passe la nuit chez Carlos.
Les filles vont à Paris avec Chris, leur
copain, puisque leur jeune frère n'est pas là pour "l'accaparer", expliquent-elles.
Quel tourbillon permanent, la vie de famille...
Soudain,
Serge me manque. C'est affreux comme par moment il peut me manquer.
Je me
repasse le film de notre dernier débat (il y a une grande différence sémantique entre deux mots
pourtant similaires : "ébats" et "débats"... c'est sous cet aspect que débutent mes pensées intérieures au sujet de Serge, qui me manque).
Sa dépendance. J'y pense fréquemment. Il est devenu extrêmement dépendant. À ses propres théories, dont il ne démord pas. Il a comme des idées
de puissance qui n'ont rien à voir avec la réalité - sa réalité propre.
Comment
peut-il être devenu aussi rigide ? Il
passe d'un désintérêt profond pour le monde (qu'il
pense "irrécupérable") à une folle passion pour tout
changer. Si lui, pouvait... tout
serait bien sûr différent. Et comment donc !...
- Tu
crois ça, toi, que le monde est en
train de changer ? Que ça se passe sous nos yeux et
que nous ne remarquons rien... Pourquoi ? Comment ? Y aura-t-il des changements
dans les têtes
? De nouveaux
comportements ? Je suis persuadée que non...
- Et
pourquoi, n'y en aurait-il pas ? Il y aura,
moi je crois - mais je ne serai plus là pour le voir. Et je ne sais
pas si ce seront changements en bien ou en mal...
- Il y en
aurait, selon toi, tout simplement parce que nous nous serions lassés des anciens comportements ? Hélas, ce ne me paraît pas être une raison suffisante...
- Si,
c'en est une. Si l'on considère que le monde part à la dérive, car le monde part à la dérive, n'est-ce pas..., il
faudra bien trouver quelque chose...
- Pas
forcément. Ce sera juste de pire en
pire.
- Je ne
sais pas...
(un
exemple de nos "débats")

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