Entre nous (177)




Mardi 16 juin 1998

Le matin, je regarde un film que ma fille m'a enregistré la veille. Un divan à New-York. Il s'agit d'une comédie, pas franchement réussie, avec Juliette Binoche qui m'énerve à minauder sans arrêt. Je reçois une longue lettre de Nicole, que j'ai plaisir à lire. Je vais chercher mon fils à l'école puis après déjeuner nous partons au Centre pour la consultation avec le chirurgien. Il n'est pas encore arrivé à 14h30. Cela donne le temps à Laurent de faire une vraie consultation de kinésithérapie pendant près d'une heure. Il nous parle, examine la jambe de son ancien petit patient, plaisante avec lui, règle son attelle, nous explique pour "la suite". Voilà quelqu'un qui sait faire. et dire ce qu'il fait. Pourquoi les chirurgiens n'en sont-ils pas capables ? C'est ce que je me demande... Bref ! Nous pourrions presque rentrer chez nous après cela, je me dis, mais c'est alors qu'on nous appelle pour La consultation. La véritable. Zeller fait bien attention d'être gentil (c'est la première fois que nous nous revoyons après l'échange tendu du mois dernier... ce face à face, chacun d'un côté du bureau, où il tentait de m'intimider et me faire la leçon). Concrètement, il ne se passe rien. Et il n'y a rien de nouveau. Cela dure en tout et pour tout dix minutes. Tout va bien.
Puis on rentre. J'écris à Nicole.

Mercredi 17 juin

C'est une bonne journée puisque j'ai enfin touché le rappel de l'Aide à l'éducation spéciale (8000F) ! Je peux rembourser Serge (2000), François, pour le billet d'avion de ma fille cadette (2500, la Tunisie) ainsi qu'il avait été convenu entre nous, et les filles, pour leur argent de poche du mois d'avril, que je n'avais pas pu leur donner à cause de la suppression des allocations familiales (qui paraît-il, devraient être à nouveau versées, en 99...). Ce qu'il reste, je le garde pour le fiston, car au fond c'est à lui que c'est argent est destiné. Ne l'oublions pas. Hmm... Aujourd'hui, je lui donne seulement 250F pour qu'il aille avec son ami Carlos à Toy's are US, lui acheter son cadeau d'anniversaire...
Serge, que je vois au lac, me propose de partir avec lui la journée de demain à Trouville, afin de voir par moi-même les locations de studios et de rentrer en train le lendemain soir. Mais comme, je le sais parfaitement, Agnès et lui ne "décolleront" qu'en fin de matinée, je ne pourrai pas être rentrée avant tard le soir. Et il y a kiné
Il paraît soulagé lorsque je lui dis que l'idée était bonne, que je les en remercie, vraiment, tout ce qu'ils font pour moi... mais que ce n'est pas possible... Cela devait à lui-même semblé bien difficile, une telle entreprise... Une journée avec nous deux, Agnès et moi, et tous les trois coincés dans la voiture durant le trajet... Qu'est-ce qu'on aurait pu se dire ? Comment cela se serait-il passé entre nous trois ? Je ne saurais jamais. Tant pis. Je manque, je crois, quelque chose d'original.

Jeudi 18 juin

Hier soir on n'a pas fait l'amour. L'amour du milieu de semaine... À cause de moi. J'ai décliné l'invitation. Je n'avais pas envie. Pas d'autre raison à avancer. Autrefois je n'aurais pas osé faire la sourde oreille de la sorte. Peur que ça m'attire des ennuis (du style, la tête toute la soirée du lendemain...). Maintenant, je m'y autorise, et ça se passe plutôt bien. Il n'y a pas de suites (visibles) immédiates. Mais restons prudente. Des fois, cela met longtemps à refaire surface. Des jours, des semaines ou même des mois après, ça peut revenir en boomerang...
Le matin, je suis allée à Millepages racheter des BD pour mon fils et j'en ai profité pour feuilleter le journal (le "fameux", celui dont on parle en ce moment) de Renaud Camus.
Il est pédé ! (j'utilise le mot car lui-même l'emploie dans les pages que j'ai lues pour se définir) J'en avais eu l'impression samedi, à la journée sur le Journal intime, mais n'avais pas voulu me laisser influencer par ce savoir-là - intérieur. Je m'en doutais. La chose se confirme en lisant seulement trois lignes de son journal qui "parle" plus clairement encore que je l'avais remarqué, que sa manière de s'exprimer oralement, son attitude, sa façon de se tenir et ses réponses aux questions qu'on lui pose... C'est tout de même incroyable que les hommes fins et délicats soient toujours ou presque gays ! Serge dirait (j'en suis sûre) qu'on n'est pas "fin et délicat" quand on tient des propos antisémites, comme on en trouve parsemés, tout au long de ses écrits... Et il aurait raison. Mais il est parti pour Trouville. Je ne peux pas lui raconter ma découverte. D'ailleurs, il le sait peut-être déjà...
De toute manière, j'ai rapidement autre chose à quoi penser. Quand je récupère mon fils à midi, il est malade. Enrhumé. Il reste à la maison l'après-midi. Sa sœur me fait faire pas moins de quatre magasins, rue de Rivoli, pour se trouver un maillot de bain. En vain. Dire que je pourrais être avec les autres, à Trouville... Avec Agnès et Serge. Et que je suis là, plantée devant des cabines d'essayage surchauffées, à tendre à travers le rideau des ensembles slips de bain-soutien-gorge multicolores suspendus à un mini-cintre plastique... Il faudra, en plus du mari, que j'apprenne à me libérer un peu de mes gosses, qui me bouffent entièrement toute crue... Rentrées à la maison, elle se prend les pieds dans celui de sa sœur qui traîne sur le sol, dans la chambre à côté de la sienne. Elle l'essaie. Il lui va parfaitement, vient-elle claironner en me montrant. Tout ça pour rien, je me dis...
Kiné à cinq heures.
Je suis morte.

Vendredi 19 juin

La veille au soir on a "fini" par faire l'amour. C'est à cause d'un massage des pieds, que j'avais réclamé. Les choses sont remontées plus haut que prévu, et le rapprochement à eu lieu, non pas inévitable, mais après tout souhaitable. Je ne cherche plus à comprendre.
Une bonne nuit après. C'est tout ce que je peux dire. Ce que je constate.
La chaleur est revenue. Le matin, je mets tout de même mon garçon à l'école, malgré son état, pas très reluisant (toux, "mal à la tête"). Je dois insister un peu pour qu'il soit présent aux contrôles de fin d'année. Je lui promets un nouveau jeu, sans que cela soit pour autant du marchandage. Je le motive, seulement. Cela lui donne un peu de courage. Il en a besoin. Cette année scolaire qui s'achève a été épuisante pour lui. Quand il retourne à l'école l'après-midi, nous allons, les filles et moi, à Val de Fontenay faire des emplettes. À nouveau. Je claque mille balles en un rien de temps. Si la doctoresse revêche de la commission aux demandes d'aide à l'éducation spéciale voyait ce que je fais de l'argent qui m'a été alloué, ça ferait scandale...
Au retour, alors que je cherche dans sa chambre une cassette vierge pour enregistrer un match de foot pour Mak, son ami, je tombe sur une sorte de cahier qui n'est pas de cours mais un journal, resté ouvert, que tient ma fille cadette, et sur lequel je peux lire - c'est sous mes yeux, là - qu'elle m'en veut (m'en a voulu ? il n'y a pas de date) pour tout. Absolument tout. Combien elle m'en veut surtout d'être aussi une femme, et pas que sa mère...
Les enfants sont intraitables avec leur mère. Et les filles, j'ai remarqué, passent au contraire tout à leur père. Il peut bien faire ce qu'il veut, lui, il n'y a aucunement matière à critique. Et surtout, elles ne le détestent pas, ainsi que sa mère, on peut la détester. On n'y peut rien. C'est ainsi. Tout doit être de ma faute. Ne pas en tirer conclusions. 

Samedi 20 juin

À cinq heures du matin, mon gars me "sonne", grelottant de fièvre sous la couette. Aspirine, puis il se réchauffe contre moi. Je me rendors tant bien que mal jusqu'à huit heures et demie, tout en songeant, à cause du cahier de ma fille parcouru la veille, combien le jugement des enfants peut être dur, plus tard, vis à vis des parents, surtout leur  mère, qui a tant fait pour eux... Qui en a trop fait pour elles ? J'espère mon fils ne sera pas comme ça. Et en plus, il faut se dire que c'est normal. C'est l'indulgence avec sa mère qui serait au contraire anormale... C'est en tout cas ce que l'on n'arrête pas de dire aujourd'hui.
Franprix, donc, tôt et seule. Je me passerais de ma fille-qui-me-déteste pour faire les courses (890F). Puis, j'accompagne mon garçon, le visage vultueux, à la kermesse de l'école, jusqu'à plus de midi. Assez épouvantable, à cause de la chaleur (34°). Au retour, je lui fais prendre un bain tiède. Il va un peu mieux quand, à trois heures, je l'emmène à l'anniversaire de son ami Carlos. Je rentre à la maison, seule (si Serge était là, nous nous verrions, j'en aurais grandement besoin, là, en ce moment...) me mettre au frais en regardant une émission sur André Malraux. Ma fille aînée va avec son père (et ma carte bleue) lui acheter un jean pour la fête des pères. La cadette est je ne sais où. Et je m'en fiche. Je m'aperçois que je lui en veux (à mon tour) énormément. Mais moi, je sais pourquoi. Exactement.

Dimanche 21 juin

Mon fils, guéri, dort jusqu'à midi. L'aînée a été à son tour malade toute la nuit. Nous ne sommes donc que trois à pouvoir répondre à l'invitation de ma mère de nous offrir le restaurant. Il faut d'abord aller la chercher en voiture chez elle, puis nous nous retrouvons, avec notre fille, la cadette, qui nous y rejoint, au Royal Couscous, restaurant en face de chez nous. Maman est en forme bien qu'un peu contrariée que ses deux autres petits-enfants ne soient pas là. Nous rentrons ensuite à la maison, toute proche, et je travaille ma mère au corps pour qu'elle accepte de prendre l'oiseau en garde dans sa grande volière chez elle, pour l'été. Ça marche ! Voilà donc une chose de réglée. Un problème de moins. Après quoi cependant il faut procéder au transfert de l'animal ailé dans sa grande cage démontable en deux parties qui tiennent (François le soutient, en tout cas, tellement il est pressé de s'en débarrasser) sur la banquette arrière de notre automobile. Ce qui s'avère plus difficile que prévu. La cage rentre à peine, il faut forcer, et l'oiseau est affolé. Il me regarde avec un air que je préférais ne pas même remarquer. J'ai beau lui parler, ce qu'il "voit", lui, et comprend, à sa façon, c'est qu'il sort du lieu où il vit depuis cinq ans (je ne sais pas ce que cela peut représenter pour un oiseau - une vie entière?), et tout lui fait peur. L'ascenseur, les  bruits de la rue, l'espace sans limite du ciel, l'habitacle de l'auto, au contraire réduit... Je me cale sur une demi-fesse dans la minuscule portion de banquette qu'il reste de libre contre la vitre arrière, pour soutenir du bras l'édifice des deux moitiés de cage, et enfin nous arrivons à bon port... Je suis soulagée que cette opération soit faite. Un souci de moins. Mais ma mère a l'air éreinté par la journée. Un souci de plus. À venir... Rien n'est jamais gagné. 

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