Entre nous (178)
Lundi 22
juin 1998
Le matin
Serge m'appelle de Trouville pour me dire qu'Agnès
et lui ont visité deux appartements dont l'un,
celui de René de Obaldia, conviendrait "très bien" pour mon fils et moi, avec possibilité d'y accueillir les filles, au mois d'août. 4000F. C'est plus cher que celui sous les toits dont il
m'avait parlé, mais il y a une terrasse, vue
sur la mer et possibilité de coucher quatre personnes, voire cinq.
Je dis Vas-y! Réserve-le!
Je suis contente, à présent, et une fois cette question-là réglée, à l'idée de partir en vacances. L'après-midi cependant il nous faut nous rendre à "Saint-Fargeau-plage", afin que l'orthopédiste prenne l'empreinte de la jambe de mon gars pour lui
fabriquer une attelle qui sera à lui, celle-ci, l'autre - celle
de la Corse - était d'emprunt au Centre. Cela
se passe bien. L'orthopédiste est très sympa, consciencieux et adroit. Il nous explique en
même temps tout ce qu'il fait.
Nous rentrons à 17h30, alors que nous avions
terminé les essayages à trois heures...
Mardi 23
juin
Une
grosse engueulade la veille au soir avec mon aînée, au sujet de l'argent que je compte lui donner (2200F,
pour juillet-août), ce qui, paraît-il, ne suffit pas. Elle compare avec les autres (sa sœur : 3500, son frère, 3000), ce que je n'aime
pas. Et puis, elle, elle est en âge de travailler, ce qu'elle
n'aime pas s'entendre dire. Elle me juge (dans l'ordre, arrivant au fur et à mesure de la dispute) : "pas organisée", "radin", "injuste"... Elle pleure surtout beaucoup et n'est
pas contente d'elle... Le lendemain, tout a l'air d'être oublié. Encore une prise de bec qui
devait être nécessaire, mais dont, personnellement, je n'avais nul besoin... Le matin, je vais réserver les billets d'avion pour New-York, le 17 août, pour eux trois : François
et les deux filles. Les vacances se préparent activement...
Une
troisième tante de François est en train de mourir. Ma belle-mère aura perdu ses trois sœurs
en deux mois. Comment fait-elle face ?
J'ai mes
règles pour la première fois depuis quatre mois. Ouf ! Je ne suis pas enceinte (trop vieille) ni encore une jeune ménopausée, je me dis...
Mercredi
24 juin
Hier soir
j'ai été passablement contrariée en découvrant une nouvelle carie sur une dent ("de
lait", heureusement) de mon garçon. Il va falloir encore
prendre rendez-vous avec la dentiste, avant de partir en vacances... Carlos a
dormi chez nous avec son copain. Ma
fille avec son copain aussi, à la maison. Et la plus jeune, seule, se concentrant
sur son oral de bac français qui a lieu aujourd'hui. La
grande sœur emmène son frère à Paris lui acheter un pistolet à billes pour son anniversaire et manger au Mc Do. Je peux
ainsi me reposer pendant qu'eux se crèvent... Il fait très chaud, et au niveau de la place Maubert, la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève monte beaucoup. À cause de sa jambe, ma fille
doit porter son frère sur son dos... À leur retour, ils se couchent et dorment tout l'après-midi. Je m'en vais rejoindre Serge pour une heure, qui
est rentré de Trouville. Il est en
retard de vingt minutes. On va au café du lac. Puis je rentre en
vitesse chercher mon garçon pour l'emmener chez le kiné. Il se traîne lamentablement et se
plaint...
Jeudi 25
juin
François a fait une drôle de tronche (à la fois surprise et interdite - comme s'il était interloqué) quand je lui ai dit qu'Agnès m'avait trouvé un studio à louer pour le mois d'août,
celui de René de Obaldia. Il me semble même qu'après, il m'a fait la tête. Je ne sais pas pourquoi. Sans doute est-ce parce qu'il
y a du Serge là-dessous, et qu'il ne veut pas
en entendre parler... Ni que je prononce son nom. Je devais bien lui dire cependant, pour que, le sachant, il
décide s'il voudra venir ou non
nous voir le week-end... En suite de quoi, une très
mauvaise nuit à cause de la chaleur et d'un
moustique dont le bruit de petit moteur infernal me réveille à trois heures... Angoisse
qu'il me pique. Après, avoir à attendre que ça gratte... pour savoir à quel endroit du corps mettre de la crème (5 piqûres sur la jambe)...
Journée ensuite, normale et barbante. École, café du lac, kiné, agence de voyages pour billets d'avion New-York...
(pourquoi donc est-ce moi qui doive aussi m'occuper de ce voyage-là ? Je n'y serai pas. Je me demande bien... Et François
qui fait toujours la gueule car je vais à Trouville, où je serai "voisine" de Serge et Agnès... Peut-être aurait-il préféré que je reste à Paris, sagement, avec notre fils, attendant leur retour des States... Je ne comprends pas les autres. Leurs
manigances, coups de gueule, leur mauvaise foi et volonté de tout contrôler...)
Vendredi
26 juin
Week-end à Strasbourg. C'est parti ! Je passe la matinée à préparer mon départ, ou plutôt le non-départ des autres. Ceux qui
restent. Tout faire pour qu'ils ne manquent de rien durant ces trois jours...
François m'a laissé un petit mot sur la table : Bon voyage, écrit en tout petit. La veille on a fait l'amour. Sans un
mot échangé, mais c'était bien. Je veux penser que
c'était bien. Finalement (ce n'était pas prévu) Serge peut me conduire en
voiture à la gare de l'Est. Nous
arrivons une demi-heure à l'avance et j'oublie pourtant
de composter mon billet. Le voyage est des plus agréables étant donné que je fais la causette pendant trois heures, jusqu'à Nancy, avec un certain Manu, beau garçon de 23 ans, élève conducteur de train à
la SNCF. Quand il descend, à Nancy, il me demande mon numéro de téléphone. Je le lui donne. Arrivée à Strasbourg, tout va pour le mieux aussi. Je trouve le bon
bus mais je me trompe en en descendant un arrêt
ou deux trop tôt. Après, durant une heure, je suis un peu perdue et je marche
sans savoir trop ou je vais, avec mon sac qui pèse
sur l'épaule. Je finis par prendre un
taxi. Je tombe sur Ph. Lejeune et Malik A., dès
en arrivant. Les deux ont l'air un peu ahuri. Pas très
liants ni accueillants. Le stress que ces trois jours se passent bien,
probablement... Je discute toute la soirée avec Danielle, infirmière-psy. Soudain, à neuf heures, je me retrouve
seule dans ma chambre...
Samedi 27
juin
Je dors
bien. De minuit à sept heures. Les "réjouissances" commencent dès le matin, à huit heures trente. D'après le programme... Je me dépêche donc de déjeuner au self en compagnie de
quatre algériens, médecins du travail, venus ici pour leur congrès annuel. Puis je pars avec Danielle, ma nouvelle copine,
rencontrée la veille, algérienne d'adoption et d'origine arabe-touareg, à la recherche d'une pharmacie, car elle souffre des pieds. Nous
avons largement le temps, le soi-disant "atelier" sur Le Journal et l'Ordinateur,
animé par Ph. Lejeune, qui ouvre
ainsi le colloque, ne commençant qu'à neuf heures trente. Ce ne sera en fait qu'un exposé, pour ne pas dire "un cours magistral"... Pas de débat ensuite car Midi!, la cloche sonne. C'est l'heure d'aller manger... Philippe Lejeune m'énerve au plus haut point. Il est d'un narcissisme étonnant, ne parlant que de lui. Pas étonnant me dis-je qu'il s'intéresse tout particulièrement à l'autobiographie... Nous enchaînons, après déjeuner, sur une succession d'exposés pour le moins soporifiques (pire que Derrick et Le Renard réunis
!) après lesquels je discute un
moment avec Malik A., qui lui aussi, je m'en aperçois, "fait son beurre" à l'APA... Heureusement, le
soir, sortie délicieuse avec Danielle, au
pied de la cathédrale de Strasbourg, dans les
petites ruelles pavées. Nous entrons, bras dessus, bras dessous, dans une
cave-restaurant aux murs de pierre bien épais et frais, pour y déguster une choucroute, accompagnée d'un Riesling, et kouglof, pour finir...
Dimanche
28 juin
Ras le
bol du journal intime ! Pas le mien, mais "les discours sur"...
Heureusement, dans la matinée a lieu un atelier amusant, qui a rattrapé les autres in extremis sur le mode : "Présentez-vous en cinq lignes", et ensuite on passe le résultat à son voisin, qui doit "défendre" (tout haut) votre cause, avec les moyens qu'il trouve... Je déjeune ensuite en compagnie de Danielle (seule), afin que nous ayons le temps
de nous dire au revoir tranquillement. Avec son crâne rasé et sa belle peau mate de
touareg, "fille du désert", elle m'inspire une amitié soudaine authentique et forte. Nous reverrons-nous ?
Je
m'en vais le cœur léger. Au moment de quitter le CIARUS (hôtel qui nous accueillait), en faisant pipi une dernière fois dans les toilettes du lieu, me revient un mot que
je cherchais en vain depuis trois jours et que je m'étais résolue à ne pas retrouver, même s'il résonnait plus ou moins consciemment dans ma tête.
Et ce mot, c'était ROUBLARDISE. Soudain, il
m'est revenu ! C'est celui que j'avais reçu (comme une claque) de la
bouche même de Lejeune, pour caractériser le fait que, dans Mon bel
Ilizarov, j'aie pu choisir d'écrire "à la place de mon fils",
ce qui pour lui constitue (non pas une imposture, comme au début j'avais retenu) mais une "roublardise"... Pas étonnant me dis-je que ce mot j'aie pu l'enfouir si profond
dans mon cerveau... Et qu'il me soit revenu à
l'instant de quitter les lieux de ce colloque improbable, où, chez les organisateurs et certains des intervenants,
autour du journal intime régnaient pour le coup
contentement de soi, goût pour la manipulation et...
une véritable "roublardise" (ça y est, je le tiens!), celle qui
rapporte du pognon... Le journal intime... une affaire juteuse... Je fais pipi
dessus. Et je tire la chasse.
Lundi 29
juin
J'ai fait
un voyage de retour tranquille, aux côtés d'une jeune femme commissaire. Elle allait à Paris pour s'entraîner (toute dernière répétition générale, "avec la coiffe et
l'uniforme") pour le défilé du 14 juillet. Elle m'a raconté, tout simplement, de quelle façon elle en est venue à embrasser la carrière militaire, puis devenir
policier. Elle était calme (quoique un peu stressée par la journée du lendemain), souriante et extrêmement jolie. À l'arrivée, il n'y avait personne à
m'attendre sur le quai. Père et fils, devant le match
France-Paraguay, m'avaient "oubliée"... (Ah, tu rentrais
aujourd'hui ?). Je retrouve la maison un peu en bazar. Ils ont tenu le coup sans
moi, bien sûr, mais l'on sent que chacun n'a vaqué qu'à ses propres petites affaires. Il manquait une bonne âme coordinatrice de l'ensemble... L'aînée est "un peu
patraque" (jusqu'à l'arrivée de son copain, où subitement tout se met à aller bien), et sa sœur, durant mon absence, s'est
envolée pour la Tunisie. Mon garçon n'a pas eu de douche depuis vendredi dernier, ses
verrues ont redémarré et il a voulu les soigner tout seul. Résultat catastrophique. Il a eu mal à sa dent cariée et a peiné à trouver le Doliprane. Il a "fait de la
barque" avec son père, le dimanche. À part ça, rien.
Je
ressens comme un bon coup de blues.
Tout le
lundi matin, je fais le ménage. Et le ménage. Et le ménage encore... Je ne partirai
plus. C'est trop compliqué, ensuite. La porte s'est
refermée. Sur moi. Et pour longtemps. Je le sens.
Anna
m'appelle pour savoir comment s'est passé mon "petit
week-end". Au moins quelqu'un qui s'intéresse et pense à moi... L'après-midi nous devons aller à Saint-Fargeau essayer la nouvelle attelle qui est prête, et nous la rapportons à la maison. La vie normale
reprend.
Serge
m'appelle, à 20h.
Le voilà, le journal intime. Mon journal à moi.

Commentaires
Enregistrer un commentaire