Entre nous (181)
Mardi 14
juillet 1998
Après très exactement douze jours de
"vacances" à la campagne (qui n'en sont guère pour moi...), je m'éveille un matin (le lendemain
de la finale de la coupe du monde, que nous avons suivie sur la télé couleur de la vieille tante
aphasique qui n'en a plus besoin et que ma belle-mère a rapportée) avec l'envie d'écrire un roman dont le titre serait "Le noyau
dur". C'est dans un rêve (les choses commencent
souvent pour moi, à l'intérieur d'un rêve) où un jeune homme m'appelait au téléphone, que ça a démarré. Il me disait qu'il avait beaucoup aimé le livre que j'avais écrit, qu'il avait trouvé, et lu, à l'APA... Ensuite, nous nous
rencontrions. Il était barman dans une buvette
de maison de jeunes. Il avait des cheveux très
noirs et portait, barrant sa chevelure, une mèche
colorée bleu-fluo. Un sourire éclatant et des yeux sombres, pénétrants. Il disait : "J'ai
lu Le noyau dur, ce très beau livre que vous avez écrit...
J'aime cette femme que vous décrivez, obsédée de ménage et passionnée de perfection qui, en même temps qu'elle a les mains occupées à une foule de petites activités domestiques, laisse libre cours à son esprit, à la fantaisie, à l'érotisme, au désir et au désordre amoureux..." Il
m'emmenait en voiture faire une longue balade. Il y avait des enfants avec
nous. Nous n'étions pas seuls. Des enfants
petits, de couleur.
(Heureusement
qu'il y a les rêves, sans quoi je mourrais)
Jeudi 16
juillet
On a fêté mon anniversaire. Tarte aux
framboises (du jardin), glace au nougat, étincelles sur le gâteau, champagne. J'ai 45 ans. La moitié de ma vie, à supposer que je meure comme
la moyenne des femmes françaises, à environ 90.
"Tout ce qu'il te reste encore à faire, dis-donc !...", commente mon aînée...
Je suis
fatiguée. L'infection vaginale que je
traîne depuis notre arrivée me fatigue et me tarabuste. Le soir, je dois attendre que
cela cesse de me brûler pour pouvoir enfin
m'endormir. Et le matin, les démangeaisons me réveillent.
Traitement
numéro 1 : Fungyzone, gélules, Gynomik, ovules, Mycolog,
crème.
45 ans !
J'ai connu mieux. Mais pire aussi.
La veille
de ce jour fabuleux... j'ai écrit à Serge après avoir essayé en vain de le joindre au téléphone. Il doit probablement être
à Trouville avec Agnès. C'est la première année que je lui écris si peu : j'ai même failli ne pas lui écrire du tout. Pas envie. Pas
besoin. Et puis, finalement, j'ai eu peur qu'il attende en vain des nouvelles.
Je sais, par expérience, combien cela peut être pénible. Attendre, sans rien
voir venir. Chaque jour, suivi d'un autre. Chaque nuit, qui n'en finit pas. Où l'on a le sentiment que le jour ne va jamais se faire.
Le
temps est toujours aussi maussade. Mon infection n'est pas guérie et je m'ennuie (malgré tout le travail qu'il y a à faire). Profondément.
Radicalement.
Samedi 18
juillet
J'ai reçu la veille un appel téléphonique de Danielle-fille-du Désert, rencontrée à Strasbourg, à qui j'avais donné le numéro de mon lieu de vacances et les dates de notre séjour ici. Elle se trouve dans sa maison, seule, à Saint-Égrève, près de Grenoble, et elle
s'ennuie. Pas de vacances, car pas d'argent, dit-elle. Je lui ai proposé de venir passer quelques jours avec nous, mais elle dit
n'avoir même pas "de quoi payer
l'essence" pour venir. En tout cas cela me fait plaisir d'entendre sa belle voix profonde
et je m'empresse de lui écrire, pour tromper son
ennui... et le mien. C'est bon d'avoir une amie.
Dimanche
19 juillet
Démangeaisons. Pire que jamais. J'arrête le traitement antimycosique, qui n'a rien fait du tout.
Nouveau traitement : Proctolog, crème, et Colpotrophyne.
Je pleure, au matin, d'être réveillée, comme chaque jour, vers six
heures, par d'horribles démangeaisons. Je suis épuisée, découragée, et il faut en plus que je
porte mon garçon à bout de bras qui s'ennuie plus que jamais. Mais qu'est-ce
qu'on fait là ? Je me le demande bien.
Ah! Les
belles vacances !
Mardi 21
juillet
Canicule
et troisième traitement entrepris. Amphocycline, ovules, Gynopévaryl, lait et ovules... Dès la première prise d'amphocycline, il me
semble aller mieux. Je passe l'après-midi à l'ombre des grands sapins dans les chaises longues en
compagnie de mon fils qui, pour une fois, n'est pas grognon ni ennuyé. Nous jouons à des jeux de société en sirotant du jus d'orange.
Ici, nous sommes bien. À l'abri de la chaleur, extrême dans la vallée. Quelques mètres plus bas dans la
montagne, c'est la canicule. Le soir, une panne d'électricité nous plonge dès onze heures dans la nuit totale... et le radar se met à siffler en continu de manière
irritante...
Jeudi 23
juillet
Je déchante un peu, dès le surlendemain, concernant
ma guérison. Les symptômes ont repris de plus belle. Démangeaisons, brûlures, irritations. À quoi mon corps réagit-il aussi violemment ? Aux
médicaments ? Au fait que je
voudrais être ailleurs qu'ici ? À l'année difficile qui s'achève et a fini par créer en moi une sorte de déséquilibre, organique et mental?
Je passe la nuit à me gratter, à m'empêcher de me gratter, à m'endormir difficilement et à
me réveiller dans un état de stupeur avec des marques rouges sur le corps. Je
pense à Nanni Moretti et son film Journal intime, où on le voit souffrir lui aussi
de prurit. C'est à devenir fou, en effet...
Vendredi
24 juillet
Ce mois
ne va donc jamais finir ! J'ai réussi à parler directement à ma gynécologue par téléphone. Elle conseille d'arrêter
tout, puisqu'on ne sait pas ce que j'ai. Tous les traitements que j'ai pris ne
peuvent que m'irriter un peu plus (Lait Pévaryl, notamment, qui provoque fréquemment des brûlures, c'est connu). Elle suggère que je prenne tout simplement des bains de siège à l'Hydralin (ce que j'ai commencé
de faire de ma propre initiative) et de mettre de la crème adoucissante (Homéoplasmine) sur les zones irritées. Après, on verra. Si ça continue, dès mon retour, j'irai voir une
dermatologue qu'elle connaît qui est "spécialiste de la vulve"... Il faut pour cela, attendre
d'être rentrée. Plus qu'une semaine. Je n'ai plus rien à faire ici. Le temps me dure.
Samedi 25
juillet
Attendre "patiemment", sans plus aucun traitement, ne s'avère
pas possible. Après une nuit horrible à souffrir et pleurer de désespoir
et de fatigue, je dois consulter un gynécologue à la ville la plus proche. C'est-à-dire loin. Très loin... C'est bien une
mycose, que j'ai, avec en plus une réaction eczémateuse aux deux traitements pris... Le gynéco (peu amène, froid comme un glaçon, par ces temps, remarque, ça fait plutôt du bien) prescrit de la
Betneval (cortisone) et un antihistaminique contre les démangeaisons. Pas d'herpès,
d'après lui. Pas de fissure anale, non plus. Les gros dangers ont été écartés. Me voilà
en partie rassurée. Nous rentrons à la maison un peu plus tranquilles que lorsque nous en
sommes partis. Canicule dans l'auto, dont la clim est en panne. Je commence le troisième traitement.
Dimanche
26 juillet
Alors que
je me crois enfin guérie (pourquoi avoir attendu si
longtemps avant de consulter ?) je fais une allergie à un des médicaments que je prends depuis
deux jours (Nizoral, sans doute).
J'ai le corps entièrement recouvert de plaques
rouges (seins, aisselles, ventre, abdomen, cou, jusque sous les cheveux, l'aine... principalement) qui me donnent de violentes démangeaisons et je ne peux pourtant pas gratter absolument toute la
surface de mon corps... Je dois subir. J'arrête de prendre le Nizoral et continue l'antihistaminique (Clarytine), pour me "calmer".
Moi qui pensais pouvoir profiter des quatre derniers jours ici pour me retaper,
c'est réussi ! Il n'y aura pas eu la
moindre trêve. Cette nuit, un
violent orage a éclaté dans la forêt noire. Les bêtes s'y sont tues et soudain, ça a pété. Je suis allée me recoucher auprès de mon fils pour le rassurer. Mais lui, ça allait. Il ne craint pas l'orage. Il en a tellement vu dans sa jeune vie qu'il ne connaît que les orages intérieurs... Il passait son petit bras frais autour de mon cou
(en feu...) en me demandant quelle différence il y a entre un
paratonnerre et un disjoncteur... Sa voix douce et tranquille d'enfant, sa
question, adaptée à la situation, et sensée, m'ont apaisée. Je me suis sentie, à ses côtés, totalement en sécurité. J'avais moins mal aussi.
La
veille au soir, il m'a montré que la longueur de sa jambe
droite avait de nouveau dépassé la gauche : tout le trafic de l'allongement sera bientôt à refaire...


Commentaires
Enregistrer un commentaire