Entre nous deux (13)
Jeudi 26
août 1999
Je fais
du rangement. Toute la journée, je fais du rangement. Je
reprends possession de mon domaine laissé à l'abandon pendant deux mois. Le fiston, lui, retrouve son
copain Carlos mais ils ne se voient pas tout de suite. Sa mère a perdu sa tante. Je fais sortir l'oiseau de sa cage
pour qu'il se défoule. Il vole en grand dans la
pièce et vient se poser sur mon épaule un long moment. Il a l'air content de me retrouver et
cherche le contact. Le soir mon garçon veut que je regarde avec
lui Profiler, la série américaine, mais c'est tard et on a déjà vu ces épisodes-là. J'ai l'impression que mon "devoir" est
d'aller plutôt me coucher (pas trop tard)
avec mon mari, mais quand j'arrive, il dort déjà. À remettre.
Vendredi
27 août
Je
continue dans la frénésie de rangement-déménagement-aménagement. L'après-midi Carlos vient jouer avec son copain et je me repose
en regardant Cagney et Lacey,
autre série américaine policière, qu'on a suivie cet été dans le Calvados, l'ambiance n'y est plus, alors je me mets à jeter un coup d’œil sur le manuscrit en cours que j'ai abandonné - tout comme l'oiseau, et la maison. J'ajoute une page que
je dactylographie, sur le thème "J'aspire à un dénuement tel que personne ne
pourra plus rien m'enlever." J'imprime. Les garçons courent dans la maison armés de pistolets. Le soir je
me couche tard mais François ne dort pas encore ou
alors il s'est réveillé. Rencontre des âmes. Collision des corps ou
bien collision des âmes et rencontre des corps...
La dernière fois, c'était dans les Pyrénées.
Samedi 28
août
C'est le
jour où l'on va récupérer notre fille cadette à la gare. 19h16 : train en provenance de Marseille.
Le matin
je fais du rangement pour débarrasser la bibliothèque de tous les jouets qui l'encombrent. Je déplace (seule) le buffet de cuisine pour le mettre dans le
bureau. L'après-midi, je vais avec François acheter trois grandes boîtes
plastique qui ferment afin d'y ranger les Playmobil.
Et à manger pour le soir. Puis on
file à la gare. François s'impatiente à l'entrée du parking. Je descends de l'auto. Le laisse en plan. Il m'énerve, à s'énerver pour rien... Arrivée
des deux jeunes filles, belles et lointaines. Elles étaient en Tunisie, notre fille invitée dans la famille de son amie.
Le soir, à peine sortie de table elle
retourne chez elle, qui habite juste en face.
Le bilan
de cette rentrée est mitigé. Il me semble que je ne vais plus ressortir - jamais - de là où je suis. Ma grande crise de rangement terminée, je vais disparaître dans les
profondeurs de la maison. Qui va m'engloutir. Il apparaît soudain que je ne vais plus rien avoir à faire à l'extérieur. Inquiétant...
François, lui, a maintenant d'étranges
horaires, et comme il "travaille" je ne lui pose pas de question à ce sujet. Mais nous nous éloignons
peu à peu.
Dimanche
29 août
Le matin,
gros câlin, si on peut appeler ainsi cette "prise l'un de l'autre". En tout cas, c'est bien.
Comme une rentrée tranquille. Sereine. Je note cependant qu'une fois les choses censées être revenues à la normale demeure tout de même entre nous un silence tendu. Il y a comme un changement
par rapport à l'ancien ordre établi.
Après, je range à fond la bibliothèque, déplace les meubles. Je ne sais pas ce qu'il me prend - cette
pré-rentrée qui n'en finit pas... Déjeuner traditionnel du
dimanche midi avec les deux plus jeunes. L'après-midi, allongée sur le lit de mon aînée, je lis tous les vieux Nouvel Obs qui sont arrivés dans la boîte aux lettres. Puis je
repasse le linge entassé (chemises et pantalons de François, essentiellement), en écoutant non plus Paris
Jazz mais TSF Jazz (ça aussi ça a changé durant mon absence, de nom en tout cas, et c'est
moins bien). Le soir, la série médico-sentimentale Urgences
ayant repris cet été pour une nouvelle saison, je me mets devant, mais sans le fiston car Chris est là (joie! pour lui) et les longues séances de jeux aux manettes de
la console entre les partenaires ont repris, aussi, pour une nouvelle saison...
Lundi 30
août
Je me
fais belle parce que mon aînée rentre ce soir du Chili. Je veux lui faire honneur. Elle
m'a manqué. Elle a commandé par E-mail des cannellonis et des muffins ("maison", bien sûr...). Je me lave les cheveux,
me fais ensuite un brushing, me vernis les ongles, rasage des jambes, et, tout
en me livrant à ces activités nécessaires, à moitié nécessaires ou superflues, j'ai le sentiment de me complaire
de plus en plus dans le rôle de la femme qui ne va plus
jamais sortir. Mais l'après-midi, alors que j'ai
entrepris de ranger le haut du buffet (lorsque je me consacre à une cause ou à une tâche, cela peut me conduire très
loin, je deviens une bête de travail), elle arrive
deux heures avant celle prévue et du coup trouve une mère sale et tout en sueur en train de nettoyer les verres
empoussiérés et frotter, frotter...
Pas le
temps de se refaire une beauté : je dois me mettre en
cuisine. Elle raconte par le menu son séjour à son copain, venu pour l'accueil, devant son frère et sa sœur, ébahis. Moi, je n'entends rien, à part des rires et sa voix qui emplit à nouveau tout l'espace, occupée que je suis à faire rissoler dans la poêle les oignons, au fond de la cuisine. Elle recommencera le soir. Pas
d'inquiétude. Au cours du repas, avec
cadeaux et musique d'Amérique latine...
Tout le
monde est là. Je suis contente.

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