Entre nous deux (24)
Vendredi
15 octobre 1999
La
douleur "sous la cravate" (la symptomatologie ne tient pas compte, dans la littérature médicale, du fait que nous sommes rares, nous les femmes, à porter cravate...) ayant persisté (disons plutôt alors "entre les deux seins"),
je décide de voir un médecin. J'ai si mal par moments, jusque dans le dos et le
bas de la mâchoire, que j'en viens à me demander si je ne fais pas une crise d'angor... Bien
que je n'aie pas, associée, une douleur diffuse dans le
bras... Mais là aussi, il faut tenir compte que
selon que l'on est homme ou femme la symptomatologie présente des signes tout différents,
et ceux les plus connus, les mieux et fréquemment décrits et répertoriés, sont ceux rencontrés uniquement chez l'homme et
par l'homme... Moi je suis surtout, mise à part la douleur au creux de
la gorge qui parfois me bloque la respiration, extrêmement fatiguée. Mais comme cela fait
maintenant un an que ces crises répétées durent, j'aurais déjà fait six infarctus... (ce qui
fait beaucoup). Peut-être s'agit-il d'une hernie
hiatale, se réveillant régulièrement après un stress. Longtemps après
ce qui l'a provoqué, ou bien trois ou quatre jour
plus tard après que je me sois sentie malmenée intérieurement... C'est possible.
L'entretien
avec le médecin de quartier (examen
clinique et interrogatoire) dure une heure et ne montre "rien
d'alarmant". J'en ressors avec une lettre pour le cardiologue - qui va
rester longtemps je crois dans mon tiroir...
Sur le
plan amical, j'ai eu deux déceptions le même jour (ça ne va pas contribuer à diminuer les crises douloureuses...) : Brigitte Baillard,
qui s'est plainte à leur prof de tai-chi qu'ils ont en commun que Serge l'avait draguée (incident rapporté par lui-même au téléphone), alors que selon moi, si je me souviens bien, ce
jour-là, et après m'avoir demandé une sorte d'autorisation, il
lui avait simplement téléphoné pour prendre le thé avec elle, un jour où j'étais absente et ne pouvais honorer notre rencontre du
jour... Ne t'inquiète pas, c'est une mythomane, je lui ai dit. On ne va pas s'enquiquiner avec ça. Et déçue aussi, je l'ai été par une lettre de Nicole B.
qui m'écrit pour m'annoncer qu'elle a perdu son chat, et que je dois comprendre son chagrin
puisque il n'y a pas si longtemps, j'ai perdu ma mère...
Samedi 16
octobre
Le
lave-vaisselle est en panne, je n'ai reçu aucun appel (sérieux) pour la vente de l'appartement de ma mère et le soir je me tape une nouvelle crise, heureusement
contrôlée par le Spasfon Lyoc prescrit par le médecin. Pourtant, au matin, nous faisons l'amour bien
gentiment (et un peu tristement aussi). Cela fait un moment (15 jours?) que ça n'était pas arrivé. Comme disparu des écrans radar de l'existence...
Maintenant,
c'est assez bien rodé entre nous. Je sens moins de
pression "masculine" sur moi. Quand nous parlons de ma mère, avec François, il dit toujours que la
trace la plus remarquable qu'elle a pu laisser sur ses filles, c'est une sorte
de haine du masculin dont aucune de nous n'a l'air d'avoir réussi à se déprendre... De quoi je me mêle
? me brûle-t-il de lui demander... Au fond, c'est bien pratique pour lui de réduire ma vigilance à l'égard de l'homme en une sorte d'héritage maternel contre lequel ni lui ni moi nous ne pouvons
rien...
Non, non,
non. Ce n'est pas ça du tout, je dis, en
rectifiant : ma mère a détesté un homme (elle n'en a
pas connu d'autre) et c'est le couple tout entier, ses effets pervers, dont
moi, en tout cas, je me méfie, et dont je ne veux pas,
comme elle, être la victime.
Dimanche
17 octobre
La discussion hier avec François continue de me tarauder.
Je ne vois pas comment il peut s'autoriser à
donner son avis sur une quelconque emprise maternelle chez moi, alors que, de
son côté...
Et en
effet, c'est un peu simpliste de penser que les hommes sont "comme ils
sont", que rien ne bougera jamais, qu'il y aurait d'un côté les femmes qui les aiment comme ça, la tendresse et l'amour
excusant tout, et de l'autre celles qui, moulées
dans une autre histoire, sans qu'elles l'aient décidé par elles-mêmes donc, se méfient d'eux en permanence, exigent qu'ils changent, qu'ils
fassent un effort, évoluent un peu... (si ce n'est
pas trop demander). Celles qui n'acceptent pas tout et n'importe quoi. On dit
d'elles alors qu'elles "n'aiment pas les hommes", et le couplet qu'on
leur sert, qui va avec, s'ensuit automatiquement : tu ne m'aimes pas assez, tu
ne m'aimes plus, ce n'est plus comme auparavant; ils font l'étonné en constatant qu'avant "ça passait", et que maintenant, eh bien, ça ne passe plus (leurs petites conneries, leurs
insuffisances, leur goût prononcé pour une certaine mainmise sur l'autre, et leur
"pouvoir", à ne pas lâcher. Surtout pas. Rien, ne jamais rien lâcher)...
La seule
cause (profonde) qu'ils voient à ces nouvelles exigences qui leur tombent dessus sans qu'ils n'aient rien vu venir,
c'est ainsi pour eux le désamour - explication à tout. Ou bien que l'amour (en remontant plus loin) n'a
peut-être même jamais existé. Après tout, ça se pourrait... Ou encore, rafale finale
dans la discussion, qui vient clore le débat, c'est parce qu'on ne fait plus assez l'amour...
Tiens, oui, je n'y avais pas pensé ! Mais encore faut-il en
avoir envie, non ? Ah non. L'envie, ce n'est pas indispensable. J'oubliais. Il
faut au contraire faire pour en éprouver l'envie, en avoir le désir... Faire et refaire. Car pratiquer est censé lever tous les problèmes, toutes les difficultés. Après, tout est résolu. Les femmes sont épanouies, plus sereines. Détendues, bref. Les hommes, eux, sont
toujours très contents d'eux. Ce sont
elles qui ne savent pas les apprécier... A leur juste niveau. Selon leurs mérites.
Lundi 18
octobre
Dès le matin je suis contrariée
par une histoire de lave-vaisselle, réparé il y a deux jours (270F), et que je ne peux maintenant
plus refermer... Heureusement, l'ami de ma fille, Enzo, est là qui trouve "le bon geste" à faire pour que ça redémarre... Il m'est précieux en ce moment, me fait de
petits travaux d'électricité et parle plus souvent avec moi qu'auparavant, est plus à l'aise, moins sur la défensive
et l'évitement. Nous ne faisons pas
que nous croiser localement comme cela a été longtemps le cas.
L'après-midi je vois Serge à quatre heures (de plus en
plus tard, je constate). Nous faisons le tour du lac. Il fait beau et froid. La
dernière fois que l'on s'est vus (je
repense soudain à ça; ça me revient) je l'ai empêché de me raconter un rêve érotique qu'il avait fait la
nuit. "Une très belle rousse, magnifique,
vraiment splendide, grande..., dans l'ascenseur..." (le sentiment de ce
qu'il peut faire et de ce qu'il peut exiger sans se soucier de ce que ressent
l'autre lui importe beaucoup); il prend une courte respiration pour se racler
la gorge, conduisant comme un professionnel, bien qu'avec un peu de nervosité, encore sous l'empire de l'état de ravissement de son rêve qui semble le dépouiller de sa réalité, et poursuit le récit de son beau songe sur
pattes. - Sa bouche était large et aurait été parfaite si elle n'avait donné l'impression de vouloir s'autodévorer elle-même en se goûtant avec délice; ses yeux, dotés de paupières lourdes mais magnifiques
dans leur pesanteur de sommeil, animés d'un mouvement érotique, comme celui d'une poupée, tu vois... les faisant par intermittence se rabaisser
puis s'ouvrir à nouveau...
J'ai dit
Oh là. Stop! Ça ne m'intéresse pas! C'est bon, là... Ça va durer combien de temps.
Il a
sursauté. Puis silence réprobateur, des deux côtés.
Avant, j'écoutais ses délires sans oser l'interrompre.
Et je souffrais. Je souffrais qu'il ne semble jamais rêver de moi.
Quand on
est amoureux, on est toujours un peu maso...

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