Entre nous deux (14)





Mardi 31 août 1999

Encore une matinée de rangement et lessives. Je vais chercher les six rouleaux de photos que j'ai mises à développer. Je suis contente du résultat. Elles sont bien. Nous allons faire un mini-golf avec les enfants (mon fis, sa sœur et son copain) au Parc Floral. Encore plus cher l'entrée que celui de Trouville, mais, la mer en moins, beaucoup plus agréable. Je paie 150 balles et je perds! Le copain de ma fille m'avait lancé un défi. Il est content de ne pas s'être fait battre par sa "belle-mère", après avoir eu un instant très peur...
Retour maison. Le fils se prépare à aller à une soirée (et nuit) Playmobil chez Carlos. Moi, je prépare le dîner. Grosse salade.
C'est le dernier jour d'août. Et pour moi, de l'été
Serge est toujours à Trouville.

Mercredi 1er septembre

Je vais faire des courses avec ma fille au Prisunic. J'achète les fournitures scolaires pour l'entrée en 6ème du fiston, qui revient, quand je suis en train de déjeuner avec sa sœur, de chez Carlos et qui va aussitôt ouvrir la porte à son copain Jules, venu jouer chez nous. Je colle mes photos de vacances dans l'album. Je regarde Cagney et Lacey sur la 3. Somnole. Je sors acheter pain et journal. Le soir on mange des gougères et des carottes râpées. Je regarde la télé : un téléfilm sur la jalousie, un autre sur Jackie Kennedy, pendant que les enfants, en bas, jouent à la console (Chris est là). Ma fille, la grande, se couche tôt car elle commence le lendemain son travail à Sparadrap que je lui ai trouvé. Je me couche à minuit, et la nuit, j'ai chaud. Je me tourne et retourne dans le lit.
Il me manque quelque chose. Je n'arrive pas à définir quoi.

Jeudi 2 septembre

Je dois appeler la Sécurité sociale pour régler encore un problème de prise en charge à 100% concernant mon fils. La copine qu'on finit par me passer pour lui parler et à qui je fais la demande (les autres ne comprennent rien) est disponible et s'occupe de mon affaire sur le champ. Philippe R. un voisin, (vieux garçon) m'appelle de son travail pour un problème de copropriété : nous faisons, à deux seulement, une sorte de réunion du conseil syndical par téléphone qui dure  une heure, alors que je suis nue, étendue sur mon lit (j'allais aller me doucher quand le téléphone a sonné). 
J'appelle Solange à Trouville pour savoir si le studio de Laurent est libre pour les enfants (mon aînée et son copain Enzo) ce week-end. Il ne l'est pas mais elle me propose le sien.
Serge m'appelle le soir d'une cabine pour savoir si on ne viendrait pas, mon fils et moi, avec les autres. Il pourrait me trouver où loger... En cette fin de mois d'août, ça ne doit pas être difficile, tout le monde est rentré. Je ne sais pas encore. Je n'y avais pas songé. Mais c'est vrai, il fait chaud à Paris, et la rentrée est imminente. Il insiste.
"Tu n'as pas envie de venir te baigner un dernier petit coup ?"

Vendredi 3 septembre

Je déjeune le midi avec mon aînée. On discute bien. Elle me parle de son nouveau job, où je connais tout le monde, c'est pratique. Sur chacun de ses récits, évaluation du travail, des personnes, collègues, responsables, je peux mettre un visage... C'est aussi la première fois depuis son retour que nous sommes seules. Nous nous racontons à l'aise et dans le détail, en prenant bien notre temps, la façon dont chacune nous avons vécu, en profondeur, cet été-là, qui vient de s'achever. Nos sentiments, à ce propos et en général. À part elle, il n'y a personne dans la famille avec qui je puisse parler aussi librement.
Après cet intermède riche sur le plan de l'échange, je me sens soudainement toute gaie. Je monte dans la chambre de la cadette qui est partie plus ou moins en douce à Deauville avec son copain, l'ex-taulard, sans me demander un sou... Je crains le pire. Mais j'essaie de ne pas y penser trop. Je me repose en regardant toujours cette même série policière américaine de deux femmes flics Cagney et Lacey. Ensuite nous allons à la parapharmacie ma fille et moi nous acheter des trucs de nana. Complicité. Quand je rentre, je prépare nos affaires pour mon gars et moi, avant de partir passer ce week-end d'arrière-saison à Trouville (je me suis décidée). Nous regardons la fin d'un film de Sidney Pollack, Le Condor (1975), que nous avions enregistré la veille. Un bon film d'espionnage qui n'a pas pris une ride en 30 ans. Dîner avec François qui va se coucher avant notre départ, à 22 heures.
Nous arrivons à minuit et demie. Serge nous attend. Agnès se lève pour nous dire bonjour. Ils nous remettent les clés.

Samedi 4 septembre

Dès 10 heures, quand tout le monde dort encore, je vais à la plage marcher au bord de l'eau après être passée saluer Serge et Agnès. À midi je vois ma fille et son copain arriver, mais sans le frérot. Il faut que j'aille le chercher car l'appartement qu'on nous a prêté est dans les hauteurs de Trouville. Serge m'emmène en voiture. Nous n'avons pas le temps de nous parler. Mais il me jette de temps en temps tout en conduisant lentement dans les virages (ça monte) un de ces regards qu'il a parfois, avec les yeux qui rient et qui pleurent tout en même temps. Et même parfois il a un petit rire sonore, à peine retenu, très bref, qui lui échappe. Il dit qu'il est content de " revoir le petit". Et effectivement, quand on monte le chercher au quatrième étage, tous les deux ils n'arrêtent pas de parler... Puis retour à la plage où nous allons tous nous baigner. Famille hétéroclite. L'eau est "délicieuse", comme dit Agnès, et pour une fois tout le monde en convient. Le soleil, éclatant. Nous restons là, dans le sable à ne rien faire jusqu'à plus de trois heures. C'est bon de profiter ainsi de la fin de l'été. Je remonte à l'appartement à pied, la peau tirée par le sel et le soleil, les cheveux emmêlés, du sable plein les sandales, pour déjeuner enfin, à plus de cinq heures ! Puis je m'endors, ivre de soleil et de grand air, sur la terrasse qui surplombe l'océan, pendant que les enfants vont au Super U faire des courses. Je retourne à la plage en fin de soirée où une mouette vient picorer dans le sable, tout près, vraiment tout près de mon visage. Je la vois en gros plan en ouvrant juste un œil. Agnès d'abord, puis Serge ensuite, viennent me rejoindre.

Dimanche 5 septembre

Je vais à la plage à onze heures et je me baigne avec Agnès (qui en est au moins à sa troisième baignade). Je nage loin, contrairement à elle qui reste au bord avec son bonnet de baigneuse des années soixante à grosses fleurs, comme on en voyait alors sur la tête des femmes quand elles allaient à l'eau. Je m'approche en nageant d'un groupe de mouettes que je crois immobiles et qui en fait s'éloignent vers le large. Je vais me doucher ensuite sur la plage et je vois mon fils arriver seul sur les planches, au loin, de sa démarche chaloupante, particulière et reconnaissable parmi toutes les autres, et je ne dis pas ça parce que je suis sa mère, c'est lié à son opération. Et aussi à lui-même. Son positionnement dans la vie. Il est tout de blanc vêtu, et sous la douche, les yeux noyés d'eau douce, à travers le rideau de pluie je le vois telle une apparition. Celle du jeune garçon de Mort à Venise... Il se dirige vers moi. Il en avait marre d'attendre les autres "qui, dit-il, levant à peine un sourcil, dorment encore". Nous allons nous baigner tous les deux. Puis "les autres" qui-dormaient-encore arrivent et vont avec leur frère s'acheter des sandwichs. Ma fille me fait envie avec son "crudités-poulet" et je vais à mon tour m'en acheter un. Je fais la queue longtemps. Pour la troisième et cette fois dernière, je retourne me baigner avec les jeunes. Nous remontons à la maison vers quatre heures et nous allons manger une glace à Deauville (rhum-raisins et pêche de vigne). Enzo me dépose en voiture chez Agnès et Serge et je reste avec eux jusqu'à 20h. Puis repas, rangement, retour.
Je suis dans mon lit à une heure trente du matin.

Lundi 6 septembre

Dès dix heures le matin, je pars au ravitaillement à... Champion (pendant mon absence Franprix a changé de nom...). Le midi, enfin plutôt treize heures, je déjeune avec le bébé-couple (ma fille et son copain). Le fiston s'en va au collège, son sac Eastpak sur le dos, pour une simple rentrée de deux heures. Il est détendu. Sans aucune inquiétude. Il part avec son ami Carlos. Je les vois par le balcon tous deux s'éloigner, le même sac sur le dos. Ils se sont donné le mot. Ma sœur m'appelle au téléphone. On se donne des nouvelles. Nos vacances, les naissances (elle vient d'avoir une petite-fille, en juillet), notre deuil, récent, dont pour la première fois depuis mai nous abordons la question, et comme avec une certaine prudence. Le manque de notre mère qui est redevenue notre mère à toutes - à l'identique - pas à chacune d'entre nous, avec des aspects différents, comme c'était le cas avant. De la difficulté de réaliser que oui, elle est morte. Elle aussi, comme moi, dit-elle, a bien remarqué de son côté le fait que les petites vieilles l'énervent, qui ne sont pas la nôtre... On voudrait qu'elles disparaissent de notre champ de vision. Ne pas les voir, ni les avoir à nous faire suer, en plus (je pense à la proprio grippe-sou de la location dans les Pyrénées). Nous rions, nous échangeons. Cela fait du bien de parler entre sœurs. Nous seules pouvons nous comprendre. Je réalise que je ne parle pour ainsi dire jamais de la mort encore fraîche de maman. Pas même "à moi-même".

Je vais ensuite regarder la série Urgences que je m'étais enregistrée la veille.
Mon garçon revient du collège, son sac pesant une tonne : des livres à couvrir. Il commence à huit heures toute l'année, et tous les jours : la voilà donc mise en place, la fameuse réforme des collèges ! Je vais à une réunion d'information pour les parents où ils nous tiennent la grappe pendant deux heures (moi, c'est mon troisième collégien, je connais la musique, à part les quelques changements d'horaires, que j'enregistre : il faudra se lever à 7h, au lieu de 8...).
Le soir je regarde La saga des Steenfort, et Urgences (2).
La nuit, mal au ventre.

Mardi 7 septembre

Le jeune élève ne commence réellement le collège qu'à 13h30 mais il me faut avant couvrir tous ses livres, remplir les papiers... J'y passe une bonne partie de la matinée. Pendant ce temps, il joue, allongé par terre, avec ses petites autos Micromachines, non sans un brin (un tiers) d'indolence, (un) de nonchalance pré-ado et (le troisième) de nostalgie... Moi, je plie et replie aux coins de chaque couverture (en marquant le rabat et coupant l'angle de la tranche) le papier film transparent de chacun de ses manuels scolaires. D'année en année, je prends le coup de main... Je le fais déjeuner, et c'est parti pour une année de collège. En suite de quoi je mange seule en écoutant les infos, et je reprends mon cycle habituel de l'après-midi : Derrick (tiens, ça a repris), micro-sieste, appel de Serge à trois heures, sortie avec lui à quatre, retour à la maison à cinq, après être passée prendre le pain et le journal. Moi aussi, c'est reparti pour un an. À part l'heure perdue le matin, de huit passer à sept pour se lever, ce qui m'ennuie beaucoup car j'aime bien le soir traîner jusqu'à minuit, les choses vont être globalement comme avant. Et justement, ce soir-là, ce premier soir, j'ai du mal à faire coucher le fiston à dix heures, et moi à onze...
François "m'attend" dans notre lit, et malgré mon manque total d'enthousiasme au début (et la fatigue), la rencontre se passe plutôt bien. Là aussi, c'est la rentrée...

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