Entre nous deux (20)
Je
reprends ici : à "(culpabilité)".
Puisque
que je suis réveillée, que c'est (presque) le matin, maintenant-du coup, que sa
peau (je la connais) est douce, pourquoi ne puis-je pas prendre le relais au
lieu de le laisser "se masser" tout seul ? (inhibition de ma part : plus même, je suis tétanisée).
Mais
aussi (je me dis, dans le silence de l'encore nuit) est-il certain, lui, que je dors
ou fait-il semblant de le croire et, pratiquant ainsi, veut-il me dire quelque
chose sans avoir à le dire ? (agacement)
S'il a réussi à finir par me réveiller, n'est-ce pas plutôt qu'il continue de faire pression sur
moi (essayant toutes les méthodes), non plus en me
poussant du coude pour faire l'amour comme il a toujours fait, mais en
manifestant silencieusement son manque pour le traduire en demande ? (colère, à présent)
S'il peut
se laisser aller ainsi à mes cotés, faire comme s'il était seul alors qu'il ne l'est
pas, n'est-ce pas qu'il m'ignore complètement, me prend pour une
ombre amorphe étendue à ses côtés - quasi morte ? (revendication paranoïaque)
Il me
croit "passionnée par le sommeil". Indifférente à lui. Il veut me croire ainsi.
Mais toute son attitude prouve au contraire que c'est lui qui est absent à l'autre, persuadé qu'il est que tout ce qui le
concerne m'est bien égal.
Le matin,
je me réveille à dix heures après m'être recouchée à huit (!) une fois mon gars parti... Il ne faudrait pas que
je prenne trop l'habitude de dormir ainsi le jour car, très vite, je crois, la vie ne m'intéresserait plus du tout...
Je
m'ennuie un peu, on dirait. Et puis je me sens fatiguée. J'attends le passage du facteur comme s'il pouvait
changer mon existence en m'apportant une missive surprenante... En fait, c'est
une lettre des éditions La Bruyère que j'attends. Mais s'ils
veulent me publier, je pense que je refuserai, vu leur catalogue... Toutes ses idées que je brasse...
À midi, je déjeune avec ma fille aînée. Sa sœur n'est pas là. Après sa première journée de fac hier (9h-21h), elle a filé dormir chez son gars sans demander son reste... On dirait
qu'elle fait "tout bien" sans y croire, juste pour être
tranquille, et avec une seule idée en tête : le retrouver. L'après-midi,
après avoir dormi devant Derrick alors que je n'avais pas
vraiment sommeil, je retrouve Serge qui me parle de son obsession de la mort.
Il dit que son fils sera la seule chose qu'il regrettera sur terre. Merci pour moi. Il y a quelques
années cela m'aurait brisé le cœur. Maintenant, non.
Mercredi
29 septembre
Je me
rends chez le notaire dès neuf heures, en RER. Je
retrouve devant son cabinet mes sœurs. Je ne sais si c'est à cause du temps (il pleut à
verse) ou le fait que nous sommes là pour la dernière signature concernant la succession de notre mère, mais je les trouve moins enjouées, moins sereines qu'il y a quinze jours. Surtout l'une
d'elle, qui nous explique que de son deuil elle ne veut pas parler, qu'elle n'a
pas voulu non plus en parler cet été avec notre sœur aînée, qui n'est pas là ce jour, et que celle-ci en a souffert et s'en est plainte...
Je rentre
à la maison pour un long
mercredi pluvieux.
Pas même écrit. N'ai pas envie.
Jeudi 30
septembre
Je ne
veux pas sombrer avec lui dans cette course lente contre le temps.
(C'est
devenu l'inverse : la vie réelle est "l'écriture du dessous", le mélo, l'imaginaire, le décalé, l'écriture du dessus)
Dessus
Les mots échangés (grandiloquents) sont les
suivants :
- Tu as
laissé mourir sur place notre bel
amour, à tel point que je me demande
s'il a vraiment existé.
- Le
problème, vois-tu, je l'ai déjà dit mais tu ne veux pas me
croire, c'est que tu n'es plus du tout sensible à
moi.
- Et toi,
tu l'es ?
- Extrêmement. Là, par exemple, je le suis.
Peut-être parce que tu es en colère...
- Oh! Arrête! Je ne suis pas d'humeur. Ne me joue pas le couplet
"tu es encore plus belle quand tu es fâchée"... Pitié !
-
Embrasse-moi !... Mais pourquoi tu résistes ? Tu vois bien...
- Mais
parce que je suis toute tendue, enfin, toi aussi, "tu vois bien"! Ce
n'est pas si facile, si simple que ça, hop! un baiser et tout est
résolu... Ça ne marche plus ! Tu comprends ?...
- Tu ne
peux quand même pas réduire des années de...
- De quoi, au juste... Si, je le peux. Je le peux même très bien.
- Oui,
mais là, tu as envie de pleurer...
(sourire
impuissant à travers les larmes)
- Il y a
plus d'un an, que c'est mort ce truc, là, qu'il y avait entre nous... T'as pas compris ? C'est quand je t'ai vu à Trouville, vivre avec Agnès... Te voir ficelé comme ça. Entravé, condamné. Ce fut un enterrement de première classe, ça oui...
Dessous (le réel)
Encore
une sale journée, morose et pluvieuse. La
matinée se déroule à faire des choses sans grand
intérêt : ménage, reportage, regardé à la télé. Coiffeur. L'après-midi, j'attends jusqu'à
quatre heures que Serge m'appelle pour sortir. J'en ai marre d'attendre ainsi
tous les jours que monsieur soit prêt et qu'il le soit toujours à une heure où je ne le suis plus moi-même. D'emblée, alors, on s'agresse. Pour
des bêtises. Des amis de ma fille, à qui Agnès a loué un appartement (cher et pas bien), et je lui en fais la
remarque. Il est piqué au vif car je me
"permets de critiquer Agnès", et ça, il ne le supporte pas. On en vient rapidement au fond du
problème. Qui est celui-ci : il ne
montre plus aucun intérêt à quoi que ce soit dans la vie,
et surtout pas à moi. Je vois bien la différence. Je lui propose de cesser de nous voir ou de ne se
voir que de façon espacée.
Il panique,
mais modérément.
Vendredi
1er octobre
Dessous (nouvelle
inversion de sens de l'imaginaire)
Quand il
m'a dit "tu es très intelligente, mais..."
(c'était après que j'aie mis le doigt sur un défaut d'Agnès qu'il connaît trop bien) j'ai entendu "tu es bête" (à cause de cette manie qu'ont
souvent les gens quand ils se sentent pris en flagrant délit de faiblesse de s'autoriser à vous taxer d'intelligence pour mieux ensuite vous démontrer le contraire).
Quand il
m'a dit "tu es bête", après que je lui aie parlé de la mort lente de notre
relation, j'ai entendu "tu es intelligente"... Maintenant, avec tout
le monde c'est comme ça. J'entends toujours le
contraire de ce que l'on me dit. Je ne crois plus du tout à ce qu'on me dit. Je suis branchée sur un autre courant.
Quand l'une
de mes sœurs me dit que l'autre, la sœur qui n'est pas là, ne va pas bien depuis la mort de notre mère, qu'elle craint que l'on ne se voie plus tous ensemble
comme auparavant, "autour d'elle", et que chacun "du coup, fasse
n'importe quoi" (qu'est-ce à dire?), je comprends alors
que c'est elle-même qui ne va pas bien et ne
veut pas en parler. Le fameux "j'ai-une-amie-qui..."
Et
parfois j'ai peur de me gourer complètement en entendant toujours, dans ce que l'on me dit, "autre chose"... Je me trouve alors compliquée, méfiante, seule et incomprise.
Je dois me débrouiller avec ça. J'aimerais bien encore pouvoir prendre les choses et les
gens comme ils se présentent et représentent eux-mêmes, et les choses tout simplement au pied de
la lettre. Mais je ne le peux plus. Tout, pour moi, dans ma relation à l'autre, est passé au crible d'une sorte d'acuité visuelle et auditive, une lucidité qui m'effraie moi-même et qui semble échapper à tous, sauf à moi-même. Prendre les choses au premier degré m'est interdit. C'est cela la nature du deuil qui m'est propre, personnel - pas celui des autres.
Mais je n'en ai rien à
faire de cette compréhension philosophique, proche
parfois d'une certaine paranoïa obsessionnelle ! J'aimerais
retrouver ma confiance, mon innocence, ma naïveté.
J'ai perdu mon enfance. J'ai perdu l'enfance en moi.
C'est parce que l'amour s'est enfui. Maintenant je ne me livre plus. Je reste
entièrement sur mes gardes.
(qu'est-ce
que j'ai fait, moi, pour sauver mon amour ? Ne l'ai-je pas moi aussi regarder
s'éteindre sans rien faire
?)
Dessus
La vie
quotidienne a repris le dessus. Dans l'écriture aussi. C'est bien, la
"vie quotidienne"... Après tout. L'avantage, c'est qu'on ne pense pas. Elle nous
tient à distance des remous intérieurs. Par la force des choses. On s'accroche à elle de toutes nos forces.
Comme a
dit Serge après que l'on se soit ravagés mutuellement l'un l'autre :
- C'était bien aujourd'hui...
Bon. Mais
la nuit je fais un rêve autour de ma mère auquel je tente d'échapper... en m'éveillant. S'ensuit une insomnie radicale de 3:33 à 4:44 (sur mon réveil digital!).
Levée ensuite à sept heures pour aider le
fiston à se préparer. Je me recouche ensuite une fois qu'il est parti pour
lire (Proust). Après quoi, je me rends à la Sécurité sociale, sans passer par la case "file d'attente",
étant reçue par ma copine, et non pas au guichet, comme tout le monde. Sieste avec
l'oiseau dans mon cou ensuite, puis je vais rejoindre Serge avec lequel tout
semble s'être arrangé, comme par miracle... Nous discutons, sans faire
aucunement allusion à ce qu'il s'est passé la veille.
Un
coup de folie...
Commentaires
Enregistrer un commentaire