Entre nous deux (30)
Mardi 23
novembre 1999
Ma fille
aînée est revenue de Venise où
elle était avec Enzo partie passer
le week-end. Elle a rapporté un cadeau uniquement pour sa
sœur. Des boucles d'oreilles
comme de petits diamants provenant des verreries de Murano. Je suis contente
que cela aille mieux entre elles depuis quelque temps. Quand Mia m'avait dit, à la suite de je ne sais plus quel incident qui avait une
fois de plus éclaté (la mèche prend feu à toutes occasions) Mais
Maman, Adèle, elle me déteste!, cela m'avait fait un drôle d'effet comme une pointe qui se plantait en moi (au
niveau du sternum...). J'avais refusé cette idée-là, pensant qu'il faut voir
plutôt les choses comme un grand
amour, une étroite complicité déçus... Mais il me faut reconnaître qu'à tour de rôle la tension et/ou alternativement l'indifférence
dans leurs rapports ces dernières années font plus pencher la balance du côté de la mésentente que du respect de la personnalité de chacune... Pourtant, parfois, je les surprends
exactement dans la même position l'une vis à vis de l'autre qu'autrefois, riant, pépiant comme le soir du retour d'Adèle, que je voyais entourée de Mia, leur frère à toutes les deux, et leur
copains communs, Enzo, Chris... tous entassés
dans le bureau, heureux de reformer leur petit groupe. Une portée de chiots...
Mercredi
24 novembre
Je me
couche à minuit après avoir regardé un film de Bunuel sur la
jalousie dans le couple. Ma douleur au plexus se déclenche dès que je suis au lit (mon mari
la situe "au sternum", cette douleur, mon amant lui, dit "au
plexus", et ça en dit long sur leur différence... Moi, je dis "entre les deux seins", ce
qui localise, simplement...). Enfin
ma douleur reprend. C'est tout ce qu'on peut dire. J'absorbe un Gaviscon (mousse dans la bouche, avec un
goût amer infect!) qui ne fait
pas beaucoup d'effet à part celui d'avoir à lutter, en plus d'avoir mal, contre l'envie de vomir, ce
qui déplace le problème...
Est-ce digestif ? Cardiaque ? J'étais bien aise de ne plus avoir de crises depuis ma visite
chez le cardiologue, et surtout depuis que j'avais commencé de suivre un régime alimentaire. Pour tromper
le symptôme je me relève, vais regarder une émission sur les relations SM,
prétentieuse et bourrée de clichés : ils me font chier à jouir de se faire mal, et les comparaisons entre
ouvriers/capitalistes et soumis/dominateurs, dans le cadre et ce contexte, sont mal venues... À bien y regarder, même, les images suspectes sur "Hitler qui a monté les masses les unes contre les autres pour les amener à se détruire mutuellement dans une
mise en scène sado-maso" font même entrevoir un pur et simple révisionnisme.
Mon
plexus solaire s'est mis en veille. Je vais me coucher. Mais à quatre heures, une cystite aiguë me réveille. J'ai mal jusqu'à six heures du matin et après
il faut se lever...
Jeudi 25 novembre
En une
journée les antibiotiques (Pipram) m'ont remise sur pied. Le soir,
j'attends mon frère venu de province pour
participer aux démarches afin de mettre en
vente en agences cette fois, plus de particulier à particulier (trop de déboires, c'est un métier!) l'appartement de notre mère. La table est
mise, le Beaujolais nouveau débouché, Stan Getz et la samba ajoutent à l'ambiance une note chaleureuse. Nous veillons jusqu'à minuit, mon frère et moi et les enfants, qui
sont très volubiles et excités. Toniques !, constate leur oncle. Le lendemain nous
partons dès neuf heures à l'appartement où nous avons rendez-vous avec
une agence. L'affaire est rondement menée et nous déjeunons sur place au restaurant. L'après-midi Serge me trouve "rajeunie" par cette
rencontre. Les retrouvailles avec le frangin...
Samedi 27 novembre
J'ai eu envie
d'écrire un roman dont le thème serait l'histoire d'une fratrie qui après la mort de leur mère cherchent à vendre son appartement et se retrouvent à plusieurs occasions, levant alors de vieux secrets, et
s'affrontent, tout en refaisant le parcours de leur vie commune passée - dépassée. Le titre : À vendre F4. Seul le titre est bon. Le reste ne "vient" pas... À peine assise à ma table je m'aperçois que ça m'ennuie à l'avance, cette thématique-là... Rien à dire. Au fond, l'écriture du roman ne m'attire pas du tout. Je lui préfère une longue, chaotique et
tranquille conversation. Quelque chose de totalement
désorganisé (pour reprendre l'expression
- critique - de Roger). Cela veut dire, par exemple, que ce soir je ne suis pas
prête à faire autre chose qu'un lapin aux pruneaux. Dans ma
cuisine.
Mercredi
1er décembre
Hier après-midi, j'ai vu Serge qui m'a emmenée à la bibliothèque de Fontenay chercher un livre (particulier) d'histoire
pour ma fille aînée que nous n'avons pas trouvé. Il m'a réglé (50F) les deux portions de lapin aux pruneaux qui me
restaient sur les bras (je n'ai pas rencontré
un franc succès à la maison avec mon idée de lapin mitonné) et que je lui avais apportées
la veille. Il a un peu critiqué ma cuisine (ne peut pas s'en
empêcher, j'ai remarqué). Pas assez de sel. Peut-être
pas les morceaux qu'il fallait... Mais il a payé.
C'est ce qui compte. Puis nous sommes allés au Printemps voir si le calendrier de l'Avent Playmobil était arrivé... Ceci pour mon préado, qui aime bien ce genre
de traditions. Il l'était, arrivé. Cher, mais j'ai payé avec l'argent du lapin. Nous
sommes montés jusqu'au cinquième étage du magasin, chez Flo, boire, lui un café et moi une orange pressée,
tout en parlant de nos maux divers et nombreux. Constipation/dépression pour lui, douleurs œsophagiennes/
cystite à répétition, pour moi. À un moment, il m'a dit : Tu es particulièrement belle, aujourd'hui. Et j'en fus tout étonnée.
Jeudi 2 décembre
La télé du bureau est tombée en panne. Plus de son, plus d'image, plus rien. Déjà, depuis quelques semaines,
elle montrait par moments des signes de faiblesse. François, qui avait mis de côté 4000F pour les cadeaux de Noël
(et m'offrir une bague), annonce qu'il met "cet argent à disposition" pour acheter un nouveau téléviseur... Mais ce sera notre cadeau
de Noël à tous... On nous la livre le jour même. Écran extra-plat, plus grand,
son stéréo... Je suis contente. Les enfants, eux, ont l'air de
trouver ça normal; c'était d'avoir une toute petite télé, vieille de douze ans, qui ne
l'était pas... Demain, je vais
chercher les places pour le spectacle de Jamel D. au Bataclan, le 26 décembre : ce sera mon cadeau de Noël pour tous, de ma part, y compris Enzo et l'amie de ma
fille cadette. Sept places, en tout (1246F). Mais je me demande bien par quelle
gymnastique budgétaire il va falloir passer
pour avoir tout de même à offrir deux ou trois petits cadeaux pour chacun, à déballer le soir du réveillon de Noël...
Je
pourrais mettre chacune des places achetées dans une enveloppe enrubannée au pied du sapin... cela ferait plus "cadeau".
Il me faut ruser, car le budget est serré. Quand pourrai-je dépenser sans trop avoir à
compter ? Mais au fond, je ne sais pas si cela me plairait tant que ça. J'aime bien aussi faire pour le mieux au plus juste. Il
y a un défi à relever. C'est ainsi que ma mère m'a élevée. Sans argent - mais alors elle vraiment sans argent du
tout! - elle nous fabriquait des choses fabuleuses pour Noël... passant des nuits à
sa machine à coudre.
Vivement
l'après-Noël... et plus encore l'après-réveillon de l'an 2000... le trop fameux changement de millénaire dont on n'arrête pas de parler, et qui ne va
rien changer. Mais alors rien du tout.

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