conduits là où nous sommes
Alors? Alors comprendre comment nous nous sommes faits à notre condition, plutôt que de chercher à faire la liste des "choix" que nous aurions eus. De quelle manière nous nous sommes laissés infecter par elle, notre condition, à demi victime, à demi complice et par quels moyens il nous a été possible d'accepter de la vivre. Faire que ce moi divisé soit finalement nous-même et personne d'autre et finir par l'accepter - jusqu'à un certain point.
Nous nous sommes reliés à nous-mêmes et au monde dès l'enfance. La manière dont nous voyons le monde est motivée par notre passé enfantin, qui est celui du monde immédiatement sensible, et nos conduites adultes n'ont rien de particulièrement innovant même si nous aimerions le croire. Nos relations avec les autres restent orientées (si ce n'est "plaquées") par la façon dont nous nous sommes révélés, y compris dans notre corporéité à travers nos relations avec père-mère, et ce placement originel est la donnée subjective de base qui nous fait nous retrouver toujours dans un même type de situation.
Mais l'autre élément, qui, tout aussi fondamental, converge néanmoins vers la possibilité d'exercer une réappropriation des choix forcés que nous avons pu faire, est celui qui pousse, au nom de l'exigence de liberté, à n'être pas rivé irrémédiablement à sa détermination originelle et à la dépasser en un autre type d'engagement propre, celui-ci objectivement fondé et qui s'affirme historiquement.
Pour atteindre à cet engagement personnel il ne faut rien moins, à un moment, que réussir à émettre ou produire des propositions qui tiennent debout indépendamment de toute motivation originelle, et surtout d'éviter de concevoir tout récit autobiographique comme une construction après coup d'une identité qui se trouvait "être déjà là", comme en attente d'être révélée aux yeux de tous et de soi-même...
La matrice qui est à la base de notre constitution affective de départ, jamais on ne la quitte mais toujours on finit par la dépasser ou à défaut n'en être plus totalement prisonnier. Et c'est alors que l'on tisse à partir d'elle des rapports vrais avec la réalité. Rien n'est joué d'avance et à l'état au moins virtuel s'offre toujours la possibilité d'une révolte, d'un changement ou d'une inflexion vers la liberté. On doit trouver moyen et ce dans un même élan, de se modifier soi-même et modifier les conditions externes de son existence (ce que récusent aussi bien le marxisme que le christianisme qui chacun de leur côté privilégient un pôle plutôt qu'un autre.).
En racontant, en disant les choses telles que nous les voyons, les sentons et les comprenons et surtout en prenant la peine de les écrire, nous contribuons à ce travail. Car l'écriture ne conçoit pas, dans l'opération de déconstruction qu'elle permet d'opérer, l'homme comme étant le résultat passif et contraint de tout un ensemble de causes qui s'associent entre elles et se surajoutent. Toutes les explications que l'on peut donner pour comprendre pourquoi telle ou telle personne est "comme ça" ne suffisent pas. Énoncées dans l'après coup aucune cause de surface ou profonde ne peut rendre compte de certains choix tels qu'ils ont été faits. Puisque tout choix est conditionné (matériellement ou psychologiquement) il est simple de montrer qu'il était en quelque sorte donné d'avance en sa possibilité mais on ne peut prouver qu'il était fatal ou aurait pu être "autre". Ainsi on ne peut aucunement le prévoir ni revenir sur lui en démontrant qu'il était absolument nécessaire et n'aurait pu être différent.
Le processus est simple. Nous recherchons la seule beauté et nous nous retrouvons avec la bête. On dit que celui ou celle qui ouvre la porte de l'esprit arrive lorsque "l'élève" est prêt. Cela signifie que le maître apparaît quand l'âme, et non le moi, est prête. Heureusement, car le moi, frileux, fermé, inquiet, n'est lui jamais tout à fait prêt. Si cela ne dépendait que de lui nous pourrions rester toute la vie sans professeur... Mais une partie de nous qu'on appelle "âme", "curiosité", "ouverture" continue à transmettre son désir souterrain, quelles que soient l'opinion ou les opinions toujours changeantes que nous avons de nous-même.
Le plus souvent la peur arrive quand la fin d'une histoire se dessine, qu'on la sent toute proche alors que tout commence à être emmêlé, effrayant. Et nous sommes censés prendre la fuite rapidement avant que tout le reste s'ensuive. L'idée seulement de "prendre ses distances" dans ce cas-là n'est pas suffisante. On n'est en sécurité nulle part. Et si l'on n'essaie pas de replonger dans sa tanière on se trouve en proie à une anxiété intense.
Rien ne marche. Cela ne fonctionnera jamais, n'a jamais fonctionné, se dit-on. On avait beau se sentir préparé, fortifié, pas loin de débrouiller le mystère et éloigner d'anciennes terreurs, au moment où l'un ou l'autre frappe timidement à la porte du cœur, l'un des deux s'exclame : "pas encore, pas tout de suite! Une autre fois peut-être..." J'ai besoin de temps. Je ne suis pas prêt.
Nous nous sommes reliés à nous-mêmes et au monde dès l'enfance. La manière dont nous voyons le monde est motivée par notre passé enfantin, qui est celui du monde immédiatement sensible, et nos conduites adultes n'ont rien de particulièrement innovant même si nous aimerions le croire. Nos relations avec les autres restent orientées (si ce n'est "plaquées") par la façon dont nous nous sommes révélés, y compris dans notre corporéité à travers nos relations avec père-mère, et ce placement originel est la donnée subjective de base qui nous fait nous retrouver toujours dans un même type de situation.
Mais l'autre élément, qui, tout aussi fondamental, converge néanmoins vers la possibilité d'exercer une réappropriation des choix forcés que nous avons pu faire, est celui qui pousse, au nom de l'exigence de liberté, à n'être pas rivé irrémédiablement à sa détermination originelle et à la dépasser en un autre type d'engagement propre, celui-ci objectivement fondé et qui s'affirme historiquement.
Pour atteindre à cet engagement personnel il ne faut rien moins, à un moment, que réussir à émettre ou produire des propositions qui tiennent debout indépendamment de toute motivation originelle, et surtout d'éviter de concevoir tout récit autobiographique comme une construction après coup d'une identité qui se trouvait "être déjà là", comme en attente d'être révélée aux yeux de tous et de soi-même...
La matrice qui est à la base de notre constitution affective de départ, jamais on ne la quitte mais toujours on finit par la dépasser ou à défaut n'en être plus totalement prisonnier. Et c'est alors que l'on tisse à partir d'elle des rapports vrais avec la réalité. Rien n'est joué d'avance et à l'état au moins virtuel s'offre toujours la possibilité d'une révolte, d'un changement ou d'une inflexion vers la liberté. On doit trouver moyen et ce dans un même élan, de se modifier soi-même et modifier les conditions externes de son existence (ce que récusent aussi bien le marxisme que le christianisme qui chacun de leur côté privilégient un pôle plutôt qu'un autre.).
En racontant, en disant les choses telles que nous les voyons, les sentons et les comprenons et surtout en prenant la peine de les écrire, nous contribuons à ce travail. Car l'écriture ne conçoit pas, dans l'opération de déconstruction qu'elle permet d'opérer, l'homme comme étant le résultat passif et contraint de tout un ensemble de causes qui s'associent entre elles et se surajoutent. Toutes les explications que l'on peut donner pour comprendre pourquoi telle ou telle personne est "comme ça" ne suffisent pas. Énoncées dans l'après coup aucune cause de surface ou profonde ne peut rendre compte de certains choix tels qu'ils ont été faits. Puisque tout choix est conditionné (matériellement ou psychologiquement) il est simple de montrer qu'il était en quelque sorte donné d'avance en sa possibilité mais on ne peut prouver qu'il était fatal ou aurait pu être "autre". Ainsi on ne peut aucunement le prévoir ni revenir sur lui en démontrant qu'il était absolument nécessaire et n'aurait pu être différent.
Le processus est simple. Nous recherchons la seule beauté et nous nous retrouvons avec la bête. On dit que celui ou celle qui ouvre la porte de l'esprit arrive lorsque "l'élève" est prêt. Cela signifie que le maître apparaît quand l'âme, et non le moi, est prête. Heureusement, car le moi, frileux, fermé, inquiet, n'est lui jamais tout à fait prêt. Si cela ne dépendait que de lui nous pourrions rester toute la vie sans professeur... Mais une partie de nous qu'on appelle "âme", "curiosité", "ouverture" continue à transmettre son désir souterrain, quelles que soient l'opinion ou les opinions toujours changeantes que nous avons de nous-même.
Le plus souvent la peur arrive quand la fin d'une histoire se dessine, qu'on la sent toute proche alors que tout commence à être emmêlé, effrayant. Et nous sommes censés prendre la fuite rapidement avant que tout le reste s'ensuive. L'idée seulement de "prendre ses distances" dans ce cas-là n'est pas suffisante. On n'est en sécurité nulle part. Et si l'on n'essaie pas de replonger dans sa tanière on se trouve en proie à une anxiété intense.
Rien ne marche. Cela ne fonctionnera jamais, n'a jamais fonctionné, se dit-on. On avait beau se sentir préparé, fortifié, pas loin de débrouiller le mystère et éloigner d'anciennes terreurs, au moment où l'un ou l'autre frappe timidement à la porte du cœur, l'un des deux s'exclame : "pas encore, pas tout de suite! Une autre fois peut-être..." J'ai besoin de temps. Je ne suis pas prêt.
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