attention, les filles ! (suite)


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Avorter, les féministes des années 70, et celles qui défendent toujours parce qu’il est remis en cause cinquante ans plus tard le principe de la légalisation de l’acte, l’ont dès le début affirmé, ce n’est pas "dur" ou traumatisant en soi et « par nature »… C’est une démarche qui si elle est effectuée médicalement de manière correcte et mise en mots ainsi qu’accompagnée de façon humaine, est certes difficile à accomplir (à "entreprendre" surtout) mais qui, dans bien des cas, peut sauver du marasme plusieurs existences. Ce n’est rien d’autre qu’une étape ratée, une marche loupée ou que l’on a voulu sauter. Un problème qu’il n’a pas été question d’ajouter à tous les autres déjà existants, ceux qui vous tombent dessus, le plus souvent quand on est jeune – terriblement jeune, hélas.
Après, ce qui est difficile, c’est qu’il faut pouvoir s’en remettre. Parfois, ça ne passe pas. On se retrouve alors plus seule qu’on ne l’était auparavant. On ne trouve, pas plus qu’au moment de la décision à prendre, aide, compréhension, ou soutien particulier… Il n’y a personne. On se sent rejetée. Ce n’est pas de conseils bien intentionnés dont on aurait eu besoin mais d’une présence, celle des rares individus sur terre – presque introuvables – qui, au lieu de vous regarder comme quelqu’un qui a fait un faux pas, une erreur de parcours ou un acte grave qu’il sera "compliqué d’oublier", vous prend par la main en souriant et vous emmène boire un verre et danser… Quelqu’un qui ne soit pas timide du cœur ou coincé lui-même… Quelqu’un de léger.
La légèreté, comme la liberté, ça s’apprend.

J’ai toujours été, ne l’étant pas, légère, tout à fait moi-même (j’aurais voulu !), à la recherche des êtres qui le sont, mais ils sont exception. La plupart du temps, c’est tout le contraire sur quoi on tombe. En plus de ça chacun, en son for intérieur, se réjouit plus ou moins de voir l’autre s’enfoncer ou traverser une sale période, pour la seule raison que c’est là l’occasion rêvée pour lui de pouvoir se rendre "utile" en prodiguant des conseils qui ne coûtent rien, et aussi de pouvoir éprouver soi-même qu’il est sans doute possible, si c’est « à l’autre » et pas à soi que la chose est arrivée, d’imaginer qu’on est provisoirement à l’abri de la menace qui règne sur tout le monde… Soi-même, on aurait fait plus attention

Le danger passé ou éloigné, pour un certain temps, du moins, on trouve toujours une personne s’autorisant à vous percevoir et vous qualifier à l’aide de termes appartenant  à ce "mauvais moment", à présent pourtant derrière soi ou qui s’efface peu à peu, comme si l’on avait l’intention d’éternellement vous y replonger… C’est un piège qu’il faut à tout prix apprendre à éviter. Il peut engendrer en nous un état d’esprit craintif et limité et il est mauvais de baser son existence – grâce à ceux qui croient toujours bien faire – sur des faits, défaites et même petites victoires ou succès remportés, quand ceux-ci sont liés aux mauvais jours de sa jeune existence… De là naît la dépendance aux crises traversées et à ceux qui nous les rappellent. Être libre, ou le devenir, sans culpabilité, cela aussi s’apprend... Mais ce n’est pas ce qui est attendu de vous : on veut plutôt vous enjoindre à y "voir plus clair".

Je ne veux pas voir plus clair. J’aime bien la pénombre douce et sécurisante. Je ne tiens pas à avoir survécu dans le seul but de m’endurcir et d’être capable de ne pas toujours reproduire les mêmes erreurs. Les erreurs, nous en faisons plein dans une existence – cela peut d’ailleurs être à chaque fois les mêmes, mais pour la majorité d’entre elles nous n’avons pas pu les prévoir ni les anticiper, et nous n’avons pas non plus été seule à les faire, parfois nous avons été aidée, avec une certaine conviction… Il est compliqué de passer des années auprès de ceux qui ne peuvent rien faire pour vous permettre de vous épanouir quand eux-mêmes ont tout verrouillé autour d’eux, fermant l’une après l’autre les portes. Avec nous à l’intérieur.

Et pourtant, finit par arriver un jour – plutôt qu’un jour un moment qui peut durer longtemps, même s’il vaut mieux qu’il ne s’éternise, où la menace, le traumatisme, la vision constante du danger appartiennent au passé. Alors il est temps de franchir l’étape faisant suite à la survie : celle où l’on guérit et où l’on prend vigueur. Survivre et tenir, c’est très bien, mais à la longue cela finit par inhiber toute possibilité d’évolution. Si l'on se trouve dans l’incapacité par soi-même de dépasser l’étape de la reconstruction à petits pas mesurés, nous nous limitons en continu et pour toujours, et notre fierté d’être encore là et « en pas si mauvais état » peut constituer un véritable obstacle à notre développement créatif, car nous nous contentons, dans la suffisance, de ce statut de « survivante » et celui-ci devient comme notre marque distinctive. Elle revient de loin… Heureusement que je me trouvais là pour la sauver…, sentons-nous, autour de nous, que l’on cherche à dire...

Mieux vaut nous donner nous-mêmes des noms qui vont contribuer à nous faire pousser des ailes afin de voler en créature libre. C’est très important les noms que nous-mêmes nous nous attribuons. Nous seuls en connaissons véritablement le sens. Ils ne sont pas "identité" et vont servir à tisser le fil rouge, c’est-à-dire la passion, de la vie d’une femme. La famille ne nous y aide pas et ne pourra rien faire de particulier pour nous en ce sens. Elle ne veut qu’une chose et est incapable de savoir quoi précisément, et si elle le savait cela la plongerait dans un puits profond de perplexité… Ce que l’on veut de vous, ce que l’on attend de vous, c’est non seulement une certaine cohérence qui est là pour rassurer tout le monde, mais surtout que vous soyez demain à l’égal d’hier, et ainsi que vous serez aujourd’hui, vous le serez les jours suivants… Ça ne va pas chercher loin.

Il ne faut pas compter sur eux. Tout ce que vous voulez, c’est trouver votre chemin. Tout ce qu’ils veulent, c’est avoir la paix.
En général, les membres de sa propre famille ne sont pas à l’aise avec l’inconscient, il remue trop de choses – les trouble. Ils ne comprennent et ne voient plus rien "clairement", à cause de lui. Je ne vois qu’une chose, moi : la légèreté est le seul soulagement conséquent et durable à la douleur.


C’est par (et non pas à la suite de) ce drame d'un avortement qui aurait pu tourner pour moi en véritable catastrophe, que j’ai commencé de tenir mon corps pour un réseau d’informations stable et fiable, de la même manière qu’avant je pensais que l’était mon esprit seulement.
Il est alors devenu un messager comportant un nombre presque infini de systèmes de communication qu’auparavant je semblais plus ou moins ignorer. Un incroyable véhicule qu’il n’est pas question de priver du carburant de l’esprit. Il faut penser à lui. Il communique, pour autant qu’on s’applique à le déchiffrer, un enregistrement de la vie donnée, de la vie ôtée, de la vie attendue-espérée, de la vie guérie, de la vie que l’on perdra un jour… Il a aussi capacité d’enregistrer et "traiter" nos réactions immédiates et de nous les faire ressentir au niveau le plus profond ainsi que celle de nous aider à sentir en anticipation.
Il parle et s’exprime à différents niveaux. Par sa couleur, sa température, le rouge aux joues qui nous vient brusquement, il nous informe d’une émotion particulière qui nous arrive, est en train d’arriver, nous prévient d’une gêne ressentie et, dans le halo de l’amour, il nous peint tout entière délicatement en rose. Il prend la couleur cendres dans la douleur, et celle du rouge vermillon dans la chaleur de l’excitation, qui peut immédiatement être suivie de la pâleur due à la froideur de la déception, quand le cœur se glace, ou bien par manque de conviction… Et le corps, de tout se souvient puisqu’il remarque tout. Partout où on le presse, l’essore, l’étripe, le serre et l’entrave ou même effleure doucement sa peau, un souvenir peut en jaillir.

Qui confinerait la beauté seulement à l’intérieur de la valeur du corps le forcerait à vivre sans l’esprit et sans la vitalité qui lui sont propres. Il perdrait sa forme et l’exultation auxquelles il a droit.

Les femmes ont de bonnes raisons de réfuter toute forme de critères physiques car c’est attenter encore une fois – une fois de plus – à leur vie naturelle qui appartient à la nature sauvage qui nous est propre.   

Alors, les femmes… Alors la femme. La femme d’hier, et encore certaines qui sont du temps actuel. Elles seules ont le droit de se dire Une, et uniquement si elles le souhaitent. À chaque fois que leur existence a cherché à s’épanouir il s’est trouvé quelqu’un pour répandre du sel sur le sol afin de le rendre stérile. Si elles voulaient devenir mères, on les prévenait amicalement qu’elles avaient alors intérêt à se couler directement dans le moule ; si elles voulaient faire autre chose de leur vie, on leur disait de se contenter d’avoir une vie simple, de ne pas chercher plus loin, d’aimer ses enfants et son mari et s’en occuper, ce n’est pas bien difficile tout de même, et pour le reste, il y a « quelqu’un » qui s’en charge, c’est prévu ; et si elles se mettaient en tête de créer, sauf exception pour certaines au talent fou qui n’en démordaient pas, on leur faisait comprendre (leur propre mère !) qu’on n’en a jamais fini – vois-tu, chérie – avec les tâches ménagères, et que celles-ci peuvent aussi bien vous apporter une certaine paix… (je caricature, mais à peine, en espérant que ce n’est plus vrai)
Et l’on se met très rapidement – ça coule de source – à consacrer 90% de son temps à des tâches qui tuent dans l’œuf toute créativité. Jour après jour. Une nuit s’enchaînant derrière une autre nuit… Et la vie passe.

Il ne faut pas avoir peur. Oui, c’est un fait, les relations humaines sont quelque chose d’éminemment complexe. Et pourtant n’est-il pas vrai que toute la vie, toute la psychologie et même toute la philosophie sont basées sur la relation de l’homme, en tant qu’animal humain, avec lui-même, avec tous les autres et avec la Nature, animaux et tout ce qui pousse y compris ?...
Chacun le sait, chacun le pense au fond de lui, mais dans nos existences on l’oublie, ou n’avons pas l’occasion de nous y arrêter. Il faudrait, pourtant… plutôt que d’avoir en nous, en général et pour tout, une grande peur qui nous retient de se lancer en avant vers quoi que ce soit.

L’oiseau a-t-il peur du bruit à son envol que font ses propres ailes ?
Tout comme les animaux, nous sommes. N’allons pas chercher une autre vérité. Celle-ci suffit amplement. Mais déplions-la.           

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