Homard entre amis...

... ou Quand la richesse rend pauvre.


Par les temps qui courent en cet été 2019 où l'on n'a pas grand-chose à se mettre sous la dent, si je puis dire, un peu de la lecture d'André Gorz  alias Michel Bosquet, ne fait pas de mal... (tiré de André Gorz Une vie par Willy Gianinazzi)

"La recherche du profit a pour contre-effet d'induire l'insatisfaction vis-à-vis de la saturation des biens possédés et la frustration vis-à-vis de ceux sans cesse désirés. [Ivan] Illitch parle à ce propos de la "modernisation de la pauvreté" puisque l'offre démesurée et continûment renouvelée des biens suscite le sentiment de la pauvreté relative à cette opulence ambiante.
[Etant posé que l'état de pauvreté n'est jamais absolu mais relatif à un état de richesse et qu'il atteste de l'inégalité sociale d'une société] la persistance de la pauvreté dans les pays riches doit être attribuée à un système social qui produit des pénuries en même temps que des richesses croissantes : la pauvreté est produite et reproduite à mesure que le niveau de consommation s'élève. [...] Recréant sans cesse la rareté pour recréer l'inégalité et la hiérarchie, la société engendre plus de besoins insatisfaits qu'elle n'en comble. (Ecologie et politique)
Dès qu'un produit devient accessible à tous, l'inégalité est reproduite par l'offre d'un produit "meilleur" accessible aux privilégiés seulement. La reproduction de l'inégalité de la pauvreté et du privilège - à des niveaux toujours plus élevés - est une condition nécessaire de la croissance indéfinie de la demande." (Les Chemins du paradis. L'agonie du capital, 1983)

Si la pauvreté en tant que manque, fait fonctionner le système, elle dépend aussi de l'impossibilité de généraliser l'accès à des biens rares non extensibles ou qui n'ont de valeur que par leur rareté (maisons-"palais", tourisme d'élite, voyages en avion privé, produits de luxe, etc...). Il faudrait parvenir à inhiber l'incitation obsessionnelle, frustrante et écologiquement dévastatrice à consommer toujours plus, de même qu'à trouver comment rompre l'équation ravageuse entre le "plus" et le "mieux"...

"Mieux peut être obtenu avec moins, indiquait l'auteur d'Ecologie et liberté dès 1977. On peut vivre mieux en travaillant et consommant moins, à condition de produire des choses plus durables qui n'engendrent ni nuisances ni raretés insurmontables dès lors que tous y accèdent. [...] Pourquoi n'obtiendrait-on pas une amélioration des conditions et du niveau de vie en tirant un meilleur parti des ressources disponibles ; en produisant autre chose, autrement ; en supprimant les gaspillages ; en veillant à ne point produire socialement des choses si dispendieuses que jamais elles ne seront accessibles à tous ; ni des choses si encombrantes et polluantes que leurs nuisances l'emporteront sur leurs avantages dès le moment où la majorité s'en servira ?"

 





Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

L'appel du 7 mai

ciseaux de la critique

Ecrire à deux