la minceur des résultats


Comment s'éloigner peu à peu de ce moi qui a toujours craint que la passion se termine, qui redoute le moment où le repas, le feu, la journée et le plaisir ne viennent à finir, et qui essaie de l'éviter?
Si l'on se place sous l'angle de l'alternance, alors on peut dire que la croissance suit la déflation et que la pénurie succède à l'abondance. Alors, attendre. La minceur des résultats n'est pas un problème, pas plus qu'une production généreuse n'est la promesse de quoi que ce soit à venir. Le besoin d'"avoir tout, tout de suite" se change en un art plus subtil. On en vient à l'envie de découvrir toutes les facettes d'une relation, de mieux connaître la vie - il s'agit de la vie tout court et non de celle qu'on s'est faite. Bien sûr qu'il existe un temps où l'on fait sa vie, et tout ce qui suit va dépendre de là. On se trouve au commencement, sur le seuil. Et c'est affreusement difficile. Oh! sans doute y a-t-il des gens qui - par harmonie avec eux-mêmes ou simplicité de nature - portent depuis la naissance leur harmonie intérieure. Il leur suffit de suivre le cours de leur existence et ceux-là sont hors de mon propos. Mais pour les autres, déchirés, désordonnés jusqu'à la moelle, ils ont à choisir tôt. Et si par manque de vision claire ou par trop d'hésitations venant les troubler ils sont incapables de déceler, parmi les désirs qui les encombrent et les divisent intérieurement, le besoin majeur - capital - qu'ils portent en eux, alors ils s'engagent à faux dans la vie. Et viennent peu à peu s'installer une insatisfaction perpétuelle, une douceur amère, la lassitude qui l'accompagne, et surtout le vide et conjointement à lui toute la liste des artifices qu'on se crée pour s'en défendre.

5- Par quels moyens écarter de soi définitivement les apparences? Comment apprendre cette chose-là? En engageant le dialogue direct avec la nature sans nous laisser induire en erreur par la petite voix moqueuse qui règne en nous et susurre : "arrête, c'est stupide ce que tu fais là, tu es en train de te raconter des histoires...", et en allant vers d'autres questionnements. À quelle vie ai-je peur de donner naissance? Et si ce n'est pas pour aujourd'hui, pour quand est-ce?
Un temps pour  toute chose et chaque chose en son temps. Avoir enfin conscience de ce que nous sommes en train de faire, et non pas ce que nous voudrions croire être en train de faire. Aller au-delà de son désir de fuite et de son besoin de sécurité. De tranquillité, aussi.
Je suis, comme tous les auteurs, simple pourvoyeur de consommations et de loisirs orientés dans un système clos sur lui-même. Suis-je plus riche après avoir publié une quinzaine de bouquins? Sans doute, mais alors si l'on considère la richesse réelle dans l'énorme disproportion entre le temps passé au travail et son produit...
J'ai été (selon Marx, dans ses Grundisse...) le temps de la composition de ces livres, à la fois la force de travail et celle-là même qui la commandait : j'étais une praxis-sujet... Je me saisissais moi-même en tant que créatrice praticienne quand je produisais, à travers ma prise sur la matière, des richesses ayant une valeur, alors que pour l'entreprise de la fabrique d'ouvrages je générais seulement de la plus-value en produisant "n'importe quoi"...
Je vais m'exercer - même si ça ne dépend pas de mon seul vouloir - à continuer en rêves de (re)vivre à l'intérieur de cette énergie qui me pousse à rendre agréable l'écriture des souvenirs d'antan (aujourd'hui, il faut reconnaître, n'est pas très intéressant) veillant à éviter autant que faire se peut la plupart des malheurs pour moi et pour les autres, car cela emploie une force en moi que je dirais tellurique (le terme peut faire peur) qui maintenant ne me sert plus à rien, même si je la sens toujours exister.
Je ne veux pas à présent être de ceux (ils sont nombreux) qui ont tendance à se noyer dans un verre d'eau, ce qui risquerait, si je n'y prends garde et avec le temps, un jour de m'arriver.
Cette nuit j'ai rêvé qu'en famille au bord de la mer, dans les différents lieux que nous occupions, des êtres indésirables et aux exigences sans limite cherchaient à s'imposer et c'était à moi de les repousser - ou bien de les satisfaire. Je devais m'en charger. Des animaux nuisibles aussi et imprévisibles s'introduisaient dans la maison surgissant de nulle part ; des perturbations météorologiques risquaient de faire des ravages et les enfants n'étaient pas en sécurité : mais personne à part moi n'avait l'air de s'en apercevoir. 
Alors nous allions par le chemin habituel,


à Longeville, par les dunes de sable et il y avait qui bruissaient de partout des "scarabées volants" et des onis, sorte de démons rouges qui, dans la mythologie japonaise protègent les habitants et les habitations de l'île...



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