Nos inquiétudes




Bon, je crois qu'on mélange 2 pbs.

Le projet en lui-même, important, qui demande un gros effort dans la durée, pour lequel tu t'es proposé ce qui m'a fait un immense plaisir car qui mieux que toi pouvait s'y atteler ? et l'occasion d'être en contact chaque jour, en prime. La difficulté se portant sur ton choix pour m'aider et nous aider d'une personne à distance et même à longue, très longue distance, et qui soit équipée et maîtrise Indisign... D'où, le temps passé... Je n'y suis pour rien. Je ne peux pas réduire mon propre travail pour accélérer le vôtre.

Je sais, c'est seulement à cause de la question financière du truc que tu veux réduire le temps en nombre d'heures. Car tu as découvert au fil des tomes que c'était beaucoup plus long que prévu. Perso, aucune surprise. Même sans la question des consignes à distance à traduire et transmettre, à mon 13ème livre je ne vois pas de différence niveau temps, fatigue, renoncements-découragements, entre ceux-ci et les 12 autres... Même chez Gallimard, il y en a eu des pbs, et crois-moi, pas des moindres... C'est pas parce que c'est une grosse boîte qui a l'habitude des auteurs et même de ceux les plus chiants, et qui ne paye bien que les grands noms qui rapportent, que pour les autres on ne met pas aussi des embûches sous leur pas sans arrêt... Il faut tenir. Et faire ce que l'on sait qu'il est bien de faire, pas pour les autres ni même pour soi, mais pour le Livre... Donc oui, ça me fait chier de sans cesse relire les mêmes phrases, les améliorer, les dactylographier encore et encore, j'ai mal aux épaules aujourd'hui, hier à la tête car c'était de la concentration pendant des heures et des petites choses à améliorer en profondeur, pas seulement de savoir si on met ou non un point ou pas après une date (ton pb du jour) ce que je ne conteste pas comme recherche bien au contraire, mais quand on fait un truc à plusieurs chacun apporte sa pierre, ses pierres même, par kilos, et il faut savoir où les poser ensuite... 
Quand je suis toute seule à écrire dans mon lit pendant 18 mois, y a personne pour te dire fais vite, dépêche, tu peux alors te perdre dans des ouvrages que tu relis pour y dénicher des choses, dans tes rêves ou tes pensées vagabondes, mais quand quelqu'un te dit Je prends, fais-moi qq ch de bien de tout ça..., alors finie la promenade solitaire, soit tu refuses, soit tu te laisses tenter, et alors là tu sais que tu es parti pour des heures sympas, des moments pourris, des angoisses de nuit, des réveils de gueule de bois... Pour chacun de mes livres ça a été comme ça. Toujours pour des raisons différentes, mais ce qui est identique c'est qu'il faut passer du rêve mou et riche d'imaginaire, à la réalité dure et prosaïque du texte. Je sais même pas comment j'ai pu en produire et faire imprimer 13... Sans doute je sais qu'à un moment on en sort... Et aussi pour chacun d'eux je me suis pris la tête avec quelqu'un. C'est la réalité du travail à plusieurs. Enfin je ne t'apprends rien, bien sûr. Mais c'était pour détacher un pb de l'autre.

L'autre, c'est celui du coût. Il existe, est bien réel, et je sais que ça t'inquiète plus que le travail sur le texte ne te fait peur. En plus, tu as quelqu'un comme on dit "en bout de chaîne"... Donc, je comprends. Je te l'ai dit ce matin dans un SMS mais par ce mode on ne peut guère développer sans devenir assez vite incompréhensible... et cela crée des sortes de malentendus. Donc, je ne sais pas si tu te souviens, mais je me suis engagée à acheter une vingtaine d'exemplaires (on m'a même dit "10, plutôt que 20, sinon, tu vas en avoir partout...") de chaque Tome, ceci pour donner confiance et encourager l'éditeur à persévérer dans le projet de publication de tout le Cycle, qui peut prendre une année voire plus... Faut pas faiblir, c'est ça qui rend les choses tendues, pour moi et pour tous ceux engagés dans le process. Celui qui le conduit est d'accord pour que cet achat-auteur soit réparti sur une période assez longue, il a même haussé les épaules quand je lui en ai reparlé. "On verra ça... ", il a dit. Oui, on verra, mais j'y pense sans arrêt. 10 ex. de chacun des 5 livres à 25€... j'aime mieux ne pas compter... Alors que dire pour ce qui te tracasse, à juste titre, pour moi et mon compte bancaire?
Le tome 1 nous a réservé des surprises. Je n'ai pas discuté le prix (compté en heures, au lieu d'un forfait comme prévu au départ, et même si je n'ai pas compris pourquoi je devais être moi pénalisée par la difficulté de "communiquer les modifs".) Pour moi, c'était un prototype. Et le travail est excellent. On en a bavé mais nous y sommes arrivés.
Pour le tome 2, il s'est avéré qu'il est plus long, oui, mais on devrait pouvoir aller plus vite aussi.
Ce que l'on fait tous les trois est de grande qualité, je ne trouverai pas meilleure, je le sais. Le résultat final n'aurait rien à voir. C'est évident. Et ça n'empêche pas, que tu payes ou non quelqu'un pour le faire chez l'éditeur, que ce soient des professionnels avec tout le matos et logiciel requis, que tu as toujours de ces prises de tête mémorables à te cogner, en même temps que des dizaines et des dizaines de relectures sur pdf et modifs à taper et retaper sur Word et envoyer au préparateur ou à la préparatrice, et, au final, après avoir vérifié et revérifié dix fois que la personne a bien tout "rentrer" avant de signer le Bon à Tirer, il y ait encore des trucs qui t'ont échappé... Et qu'à l'arrivée, quand tu tiens le bouquin entre tes mains il y ait plein de choses qui clochent. Joie et déception. Vont toujours ensemble. Donc voilà, vois avec elle si elle veut continuer, et vois surtout avec toi, car je sais que celui qui fait le plus de travail et gratuitement, pour l'amour du texte et de la littérature et par amitié, c'est toi.
Pour cette série-là d'ouvrages, je serai, nous serons, encore longtemps et souvent bousculés - mis au pied du mur.
À un moment, c'est toujours ce qui arrive. Il faut franchir cette étape. Puis une autre.




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