Sujet du livre 1

 


Concrètement

On s'en fiche, n'est-ce pas, du temps qu'il faut à un écrivain pour faire une phrase. Du reste, ce sont des choses qui ne regardent pas le lecteur ; elles lui brouilleraient même plutôt le jugement, et d'ailleurs il n’en a rien à faire.

 

Concrètement, j'ai "écrit" mon dernier livre en deux mois, je m'en étonne moi-même, d'habitude, c'est plutôt dix-huit... mais il y a derrière plusieurs années de lectures en lesquelles il me semblait peu à peu pouvoir tirer un fil. La lecture à outrance, pas celle faite de manière appliquée et studieuse mais en scrutant et dévorant pas à pas chaque page, chaque chapitre de ceux des grands maîtres dont j’étais sûre d’avoir à rapporter quelque chose de ma quête (est-ce qu’on est neutre, lorsqu’on lit ?), ceux et celles qui m’ont accompagnée ces dix dernières années : c’est-à-dire, outre les auteurs que j’ai cités en fin du livre sur la notion du Consentir entrevue à travers quelques grands textes de la littérature, ouvrage que j’avais entrepris sans trop savoir où j’allais ni vers quoi je me dirigeais : Balzac, Zola, Blum et d’autres moins célèbres dont les romans, à différents titres et différentes époques, se rapprochaient de l’entreprise, mais également Kafka, son journal intime, Flaubert, sa Correspondance, Stendhal, son Journal, et la fabuleuse nouvelle d’Herman Melville, source d’inspiration pour tout écrivain, qu’est Bartleby, the Scrivener  Ainsi, et en accord complet avec Georges Perec qui considère que l’on peut définir toute écriture, pour un romancier, comme une sorte de parcours – pas le genre de parcours où l’on se rend d’un point à un autre, du chapitre Un au chapitre Dix ou Douze – non, non… mais au sens où l’entend Michaux : « J’écris pour me parcourir. ».

Il s’agit de se lancer sur un chemin, d’avancer en tâtonnant mais aussi en étant à la recherche de quelque chose qu’on ne connaît pas encore, de prendre une direction puis une autre en suivant un itinéraire à partir d’une idée plutôt vague mais qui nous travaille depuis un certain temps et que l’on va tâcher de développer en passant en revue quelques sentiments que l’on traîne, une irritation qui revient en permanence, un refus, une exaltation, et cela en se servant non pas de ce que l’on croise ou en écoutant sur le sujet tout ce qu’il se dit, mais en s’attachant à développer cette idée à facettes multiples, explorer l’idée de départ, rectifier le tir au fur et à mesure, avancer, reculer, effacer, remettre, mais différemment et sous une autre forme… Ce travail là prend beaucoup de temps et il ne peut s’effectuer que par le prisme, le biais, le canal de tout un acquis culturel qui existe déjà.  Qui plus est – désolée, là on redescend sur terre – pour le livre qu’on vient de produire, après la rédaction proprement dite, il faut en passer par tout un tas de séances d'aménagement pas prises en compte dans le stade de l’écriture, des heures et des heures de trouvailles de dernière minute à insérer dans le texte au bon endroit, de chapitres à remanier, rénover ou éclaircir, de retouches fines à faire dessus et de relectures nombreuses pour s'assurer qu'avant la publication définitive à laquelle tu ne pourras plus rien changer, il ne manque rien, et que tu en sois à peu près contente.

Donc les "deux mois" sont en vérité – allez, "six", surtout si je n'inclus pas dans cette demi-année le travail préparatoire, qui s'est lui effectué "dans ma tête".

 

J'ai signé contrat hier.

C'est tout frais.

 

                                                                      

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